C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

RĂŞves et illustrations alchimiques

Inspiré par le travail symbolique de C.G. Jung ce texte compare rêves et illustrations alchimiques.

Un choix d’illustrations alchimiques

Le Rêveur de Jung a reçu des représentations oniriques qui présentent de troublantes ressemblances avec l’iconographie des traités des anciens alchimistes chrétiens.

Nous avons choisi pour exemple cinq illustrations qui sont caractéristiques de ces convergences entre la série du Rêveur, et nous verrons aussi de la Rêveuse, et la symbolique alchimique.

La première illustration, nous ramène Ă  la quadrature du cercle que nous avons prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©e. Il s’agit de l’”Emblème XXI”, extrait de l’Atalante fugitive. 1 La lĂ©gende dit :

“Du mâle et de la femelle fais un cercle, puis de lĂ  un carrĂ© et ensuite un triangle. Fais un cercle et tu auras la pierre des philosophes.”

L’homme qui tient dans ses mains droite et gauche deux règles formant un compas, règles qui lui ont servi à dessiner les figures géométriques, montre, en même temps, le centre où se tiennent un homme et une femme nus.

Il s’agit, pensons-nous, du Sage, richement vêtu pour symboliser qu’il a réussi l’œuvre . Ce même Sage qui désignait au Rêveur, au cours de songes antérieurs, (rêves 42 et 47) la tache éclairée en rouge sur le sol représentant l’endroit marqué sur la terre d’une façon particulière où il devait se tenir pour réaliser son Soi.

Voir les rêves de la série du rêveur

Remarquons que la règle, tenue dans la main droite, dessine le petit cercle et celle tenue par la main gauche le grand cercle, symbolisant ainsi le microcosme et le macrocosme.

L’unité originelle est figurée par le cercle, les quatre éléments nécessaires à l’actualisation le sont par le carré. L’unité dans le monde terrestre est représentée par le couple. Jung écrit sous cette illustration :

“La quadrature du cercle faisant des deux sexes une totalitĂ©”.

De notre point de vue, l’intérêt de cette représentation réside dans le fait qu’elle figure le programme du discours du rêve. En effet, rappelons nous, au rêve 25, toutes les préoccupations du Rêveur au sujet de la symétrie et son désir de déterminer l’importance réciproque de la droite et de la gauche.  Ajoutons-y la nécessité, réclamée par l’anima, de s’occuper de la part féminine de la psyché.

On parvient alors à cette sorte de figuration de la quadrature du cercle que constitue le mandala final. Il contient, en effet, des éléments inconciliables au début de la série, réunis harmonieusement pendant l’instant de la vision.

Les visions  prĂ©cĂ©dant celle de l’Horloge du Monde

La vision de l’Horloge du Monde, qui s’est construite tout au long de la série, est précédée de deux impressions visuelles, annonciatrices d’une nécessité de libération des forces de la totalité nécessaires pour entreprendre le grand voyage vers l’individuation.

Les deux impressions visuelles réunies (visions 57 et 58), plus proches du niveau conscient que les rêves, montrent une scène assez cinématographique : on zoome sur la bague sombre, portée par quatre enfants au rêve précédent et, en se rapprochant, on voit, au milieu de la bague, un œuf. C’est à partir de cet œuf que se passe l’action :

Un aigle noir sort de l’œuf et, du bec, se saisit de la bague qui s’est maintenant changée en or. Ensuite le rêveur est sur un bateau et l’oiseau vole devant.

A la lumière de deux autres illustrations, l’interprétation à un niveau symbolique se trouve facilitée.

Nous proposons d’abord comme repère iconographique l’Emblème VIII de l’Atalante fugitive (en tête de cette page), une sorte d’introduction à l’illustration suivante, plus ancienne et plus compliquée.

Le recours fréquent aux images présentées par Michel Maïer, que ce soit pour Jung ou dans les ouvrages que Etienne Perrot consacre à la symbolique alchimique s’explique par le fait que cet auteur du XVII° siècle propose une sorte de quintessence de l’acquis, reçu de la part de ses prédécesseurs et, surtout, n’hésite pas à se montrer moins obscur.

Il faut percer la coquille de l’œuf de l’inconscient

Le fait que le Rêveur attende l’ultime moment avant le mandala final pour avoir des visions représentant l’œuf et l’oiseau, nous semble très significatif.

Il lui a fallu intégrer les images, surprenantes, de l’ensemble de la série, avant d’accepter de laisser monter à sa conscience des représentations qui auraient leur place dans des traités d’alchimie médiévale.

Par un mouvement d’aller retour, on pourrait donner à des illustrations telles que celle de l’Emblème VIII une interprétation s’appliquant à l’évolution psychologique du Rêveur.

L’intitulĂ© de l’Emblème est : “Prends l’œuf et frappe-le avec le glaive de feu.” La lĂ©gende 2 dit  :

“Le ciel compte un oiseau, de tous le plus hardi,
Dont tu chercheras l’œuf, n’ayant pas d’autre soin.
Le mol blanc entoure le jaune. Avec prudence
Touche-le d’une épée de flamme (c’est l’usage).
Mars doit venir en aide à Vulcain ; il va naître
Un oiselet vainqueur et du fer et du feu.”

Il y a, en cet emblème, l’idée à la fois ancienne et très jungienne, qu’il faut percer la paroi, la coquille, qui nous sépare de l’inconscient. Cet inconscient apparaît comme un lieu devant rester clos car il contient un Autre qui voudrait s’unir à nous.

Le Moi, non sans quelques raisons, refuse avec vigueur cette union contraire à tous les efforts qu’il effectue pour préserver sa force et sa cohérence. Et pourtant, pour le sujet qui a mesuré les dangers et fortifié son Moi, il est un moment où, avec prudence, il faut percer l’œuf en utilisant le glaive de feu et laisser le contenu accéder à la conscience. Le cheminement vers la totalité ne peut se faire que par cette voie.

Si on regarde l’emblème VIII avec attention, on y voit la réunion, au cours de la même scène, d’un certain nombre d’opposés tels que les cercles et les carrés, symbolisant ainsi la totalité.

Encore plus significatif, le fait que s’ouvre, au fond à gauche, un couloir donnant sur le monde extérieur. Cela veut dire que l’Oeuvre, qui doit s’effectuer au sein de l’athanor intérieur, est destinée à transformer l’entièreté de la vie, et qu’elle doit se traduire par des actions ici et maintenant, se situant sur le monde terrestre, selon l’enseignement du vieux sage du rêve 47.

L’œuf philosophique

Ceci est confirmé par le dessin suivant, datant du XV° siècle. 3
.Il représente, commente Jung,

“l’œuf philosophique dont sort l’aigle double portant les couronnes spirituelle et temporelle”.

On observe que l’œuf, symbolisant le vase de cuisson rond, a Ă©tĂ© ouvert avec l’épĂ©e. A l’intĂ©rieur, “les semences du mâle et de la femelle sont unies ensemble sous une seule enveloppe ou coquille”. Dans cet Ĺ“uf, Ă©tait prisonnière la prima materia indiffĂ©renciĂ©e, au sein de laquelle l’âme du monde est captive.

On voit sortir l’aigle double, portant les couronnes spirituelles et temporelles, devant les quatre philosophes, représentant la pensée capable d’émettre des jugements et comparaisons.

L’âme, prisonnière de la Physis (Nature) est figurée, libérée, par l’oiseau qui s’envole au dessus de l’aigle bicéphale. Le soleil et la lune, omniprésents dans l’iconographie alchimique du Moyen Age, personnifient, eux aussi, les opposés.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.

Notes :

  1. Oeuvre d’un médecin et alchimiste du début du XVII° siècle dont le titre complet en latin est Atalanta fugiens, hoc est, emblema nova de secretis naturae chymica. Oppeinheim 1617.
  2. Traduction d’Etienne Perrot, p. 102 de l’Atalante fugitive. C’est nous qui soulignons.
  3. Tirée du Codex Palatinum Latinus 413 “Speculum humanae saluacionis”, reproduit in Psychologie et alchimie, p. 263.