C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

C.G. Jung, mandalas et symboles

Selon Jung, le mandala décrit et symbolise la totalité psychique. La fonction transcendante a pour moteur le symbole vivant et pour véhicule le rêve.

 Mandala

Pour Jung, le mandala participe de deux sortes de représentations :

  • le mandala qui rĂ©pète et imite, avec un soin parfois religieux.
  • le mandala production de l’inconscient.

C’est surtout l’inconscient qui intĂ©resse Jung et il Ă©crit dans sa Correspondance ( IV, p. 26.) :

“L’ inconscient rĂ©agit instinctivement et l’instinct n’imite jamais ; Il reproduit sans modèle conscient ; il suit son “behaviour pattern biologique”.

L’inconscient a son projet crĂ©ateur et rĂ©siste aux efforts du conscient pour imposer son unilatĂ©ralitĂ© au sujet de ce qui est considĂ©rĂ© comme le bon modèle par l’esthĂ©tique de l’époque. Il n’y a pas de modes pour l”inconscient. Ă€ ce sujet on peut lire ce texte de Bernard Long.

L’importance du centre des mandalas

Jung ne néglige pas le côté historique et symbolique des mandalas.

Les mandalas représentation sont très anciens. Le terme signifie à l’origine cercle, et surtout cercle magique. Sous forme de dessins on le trouve en Orient, en particulier dans le bouddhisme tibétain. La tradition tibétaine fait remonter l’origine du mandala au Bouddha, Shakyamuni, qui aurait lui-même réalisé le Mandala de Kalachakra peu après son éveil.

Les mandalas tibétains sont parfois très compliqués. Jung attribue à leur confection un effet apaisant pour l’âme. Leur contemplation apaise les tensions et procure le sentiment d’un ordre et d’un sens de la vie. Les mandalas sont aussi des instruments d’évolution.

“Ce sont des yantras ou des instruments rituels destinés à la contemplation, et à la transformation finale de la conscience personnelle du yogin en conscience divine universelle.” (Psychologie et religion, p.138)

On trouve aussi des mandalas “ornés”, qui ont un sens rituel ou religieux, dans les œuvres médiévales. Les mandalas chrétiens de cette époque représentent souvent un Rex Gloriae, Roi de gloire, avec les quatre évangélistes. Dans tous ces types de mandalas l’accent est mis sur le centre :

“… toujours l’harmonisation des lignes se fait autour d’un centre idéel ou représente celui-ci d’une façon directe (symbolique). Par exemple la riche ornementation qui accompagne la représentation de la croix. “ ( Correspondance, T. IV, p.224.)

Les mandalas dans les rĂŞves

En dépit de leur valeur esthétique ou spirituelle, ce ne sont pas ces types de mandalas qui incitent Jung à la réflexion.

Son intérêt va vers ceux qui apparaissent dans les rêves et les dessins d’hommes modernes n’ayant aucune connaissance des traditions ou de l’art religieux et aucun don artistique. Quand ses patients, à la suite de rêves, dessinaient des mandalas pour matérialiser leurs réactions, il n’attachait aucune valeur à leur exécution plus ou moins réussie. La fonction du mandala est, pour lui, d’être un représentant :

“l’inconscient produit un symbole naturel, que j’ai dĂ©signĂ© techniquement  sous le nom de mandala, auquel s’attache la signification fonctionnelle d’une rĂ©conciliation des contraires, donc d’une mĂ©diation.” (Psychologie et religion, p.179.)

Nous avons dans ce texte tous les éléments sur ce que Jung entend par mandalas, dans le cas où ils sont des expressions oniriques.

Mandala est un terme que choisit Jung pour désigner le résultat d’une élaboration effectuée grâce à la coopération entre un inconscient, dont nous avons dit qu’il était pure nature, et le conscient, qui semble rechercher une forme perdue comblant ses aspirations à la totalité. Il écrit dans sa Correspondance :

“Lorsqu’on réalise un mandala, se met en oeuvre tout ce que l’homme sait du cercle et du carré. Mais le coup d’envoi d’une telle représentation, c’est l’archétype en lui-même inconscient qui le donne.( T. V,p. 247)

La forme recherchée est proposée par le Soi organisateur, qui fait ici fonction de médiateur entre les tréfonds de l’inconscient collectif et la conscience.

Le mandala comme compensation de l’angoisse

La configuration en forme de mandala apparaît souvent dans des situations de trouble, de désorientation et de perplexité :

“L’archétype que cette situation, par compensation, constelle, représente, un schéma ordonnateur qui vient en quelque sorte se poser sur le chaos psychique, un peu comme le réticule d’une lunette de visée, comme un cercle divisé en quatre parties égales, ce qui aide chaque contenu à trouver sa place et contribue à maintenir dans leur cohésion, grâce au cercle qui délimite et protège, les éléments d’une totalité en danger de se perdre dans un vague indéterminé.” (Un mythe moderne, p. 269.)

C’est pour se protéger de ce danger, que les mandalas du bouddhisme Mahâyana sont des images de l’ordre cosmique temporel, ce dernier pouvant être considéré comme une représentation de l’ordre psychologique.

Notre époque est caractérisée par l’angoisse, la désorientation, la perplexité. Cet état est susceptible de dépotentialiser le Moi et il est normal que ces types de structures apparaissent dans les rêves des Occidentaux comme phénomène de compensation.

Le mandala Ă©merge Ă  nouveau, sans tradition extĂ©rieure, comme un symbole moderne ordonnant et englobant la totalitĂ© psychique et il apparaĂ®t de plus en plus comme un “symbole psychologique de la totalité”. Ceci est confirmĂ© par Jung dans une phrase d’un ouvrage de la fin de sa vie, Un mythe moderne, qui rĂ©sume l’importance et la fonction du mandala :

“Comme le mandala décrit et symbolise la totalité psychique, la protège et la défend contre l’extérieur et cherche à concilier les oppositions intérieures, il constitue un véritable symbole de l’individuation; et comme tel il était déjà connu chez nous dans l’alchimie médiévale.” (p. 55.)

 Symbole

L’inconscient produit des symboles, nous dit Jung, mais quels sont le sens et la limite du domaine symbolique ?

Une rĂ©ponse prĂ©cise se trouve dans la dĂ©finition donnĂ©e dans la dĂ©finition 55 de Types psychologiques. (p. 468 Ă  476.) Il s’agit d’un texte incontournable si on veut avoir une idĂ©e de ce que Jung appelle un symbole vivant, seul type de symbole prĂ©sentant un vĂ©ritable intĂ©rĂŞt dans le cadre de la relation entre l’inconscient et la conscience. Les autres renseignements sont saupoudrĂ©s Ă  travers toute l’œuvre, souvent avec moins de clartĂ©.

Signe, symbole et allégorie

Jung commence par différencier signe, symbole et allégorie.

Pour le signe, il donne l’exemple de la roue ailée d’un employé de gare suisse. Cette roue ne symbolise pas le chemin de fer, elle n’est que le signe d’appartenance à cet organisme. De plus, il s’agit d’un fait connu ne laissant aucune place à d’autres significations.

Voir dans une analogie, ou une désignation abrégée d’un fait connu, une expression symbolique, c’est, pour Jung, de la sémiologie. Si on transforme en métaphore ce fait connu, c’est de l’allégorie.

Pour qu’on puisse considérer qu’il s’agit d’un symbole cela suppose, écrit-il, que :

“L’expression choisie désigne ou formule le plus parfaitement possible certains faits relativement inconnus mais dont l’existence est établie ou paraît nécessaire.” (p. 469)

Ainsi, il doit subsister au niveau du symbole une fenêtre ouverte sur l’imaginaire, un potentiel de pluralité significative. C’est l’importance de cette ouverture qui va faire la différence entre le symbole “vivant” et le symbole “mort”.

Symbole vivant et symbole mort

Tant qu’un symbole est vivant il est la meilleure expression possible d’un fait. Pour le rester, il doit ĂŞtre Ă  la fois “gros de signification” et “expression suprĂŞme de ce qui est pressenti mais non encore reconnu.”

Toute thĂ©orie scientifique, tout phĂ©nomène psychologique peuvent ĂŞtre des symboles vivants, Ă  condition qu’ils Ă©noncent “quelque chose de plus” qui Ă©chappe Ă  la connaissance du moment.

Nous proposons d’appeler le symbole vivant un symbole ouvert.

Jung ajoute :

“Il dépend en premier lieu de l’attitude de la conscience qui observe que quelque chose soit un symbole ou non un symbole ; c’est l’entendement, par exemple, qui voit dans les faits donnés non seulement ce qu’ils sont, mais aussi l’expression d’un inconnu. Il est donc parfaitement possible d’établir un fait qui ne paraît pas symbolique à son auteur, bien qu’il le soit pour une autre conscience, et vice versa.” (p.470)

C’est pourquoi Jung appelle symbolique, l’attitude qui interprète un phénomène donné comme un symbole.

Que le sens devienne parfaitement clair et que l’on ait trouvĂ© la formulation qui rend le mieux compte de la chose cherchĂ©e, attendue, ou pressentie, nous avons alors affaire Ă  un symbole mort, que nous appellerons symbole fermĂ©, qui n’a plus qu’une valeur historique. Jung veut bien le considĂ©rer encore comme un symbole, et on en rencontre frĂ©quemment dans les rĂŞves, mais Ă  condition qu’il soit remis dans le contexte oĂą il vivait avant d’avoir “engendrĂ© de lui-mĂŞme une expression meilleure”.

Pour rĂ©sumer la pensĂ©e de Jung : Pour qu’un symbole reste vivant, l’intellect critique ne doit pas en venir Ă  bout, sinon il est rĂ©duit au rĂ´le de signe conventionnel.

La vitalité du symbole

Le symbole vivant s’enracine, à la fois, dans ce qu’il y a de plus différencié au niveau de la conscience et dans des représentations tellement primitives et collectives que leur universalité ne peut être mise en doute. C’est ce qui fait sa puissance. Ceci est valable aussi bien pour les symboles individuels que pour ceux des groupes sociaux mais seuls ceux qui tendent à la réalisation de l’inconnu sont de véritables symboles.

Le fait qu’il y ait des controverses sur ce que signifie ou ne signifie pas une expression symbolique témoigne de sa vitalité.

Les symboles possédant une nature infiniment complexe, et cette complexité étant discriminée par le Moi conscient, il est normal qu’ils empruntent des données à toutes les fonctions psychiques. Le symbole, écrit Jung, n’est :

“… ni rationnel ni irrationnel. D’une part accessible à la raison, il lui échappe d’autre part, puisqu’il est composé, à côté des données rationnelles, de celles, irrationnelles, qui viennent de la pure perception interne et externe. Par son côté divinatoire, par sa signification cachée, le symbole fait vibrer la pensée autant que le sentiment; sa singulière plasticité le revêt de formes sensoriellement perceptibles qui excitent la sensation autant que l’intuition. Le symbole vivant ne peut apparaître dans un esprit obtus et peu développé, car celui-ci se contentera du symbole déjà existant, tel que le lui offre le traditionnel.” (p.473)

Le symbole et la fonction transcendante

Des tendances très contrastées, allant des fonctions spirituelles les plus différenciées aux instincts les plus primitifs, se manifestent par l’intermédiaire des symboles, en particulier dans les rêves. Il est alors normal, nous dit Jung, que s’installe :

“… un état de très violente désunion avec soi-même, selon que thèse et antithèse se nient mutuellement et que le Moi est forcé de reconnaître sa participation inconditionnée à chacune d’elles. Mais que l’une prévale, le symbole sera principalement son produit; il est alors moins symbole que symptôme d’une antithèse opprimée”. (p.473)

Le symbole en tant que symptôme, même si le conscient ne s’en rend pas compte, n’est plus alors qu’une revendication du droit à l’existence de toutes les parties de la psyché.

L’égalité entre la thèse et l’antithèse ne sont pas plus libératrices. Il s’installe un état stationnaire dû au fait que se trouvent face à face des forces contraires, d’intensité égale, provoquant une stagnation de la volonté.

C’est une situation que la vie, qu’elle soit consciente ou inconsciente, ne tolère pas. La tension des antagonistes va donner naissance Ă  une nouvelle fonction de liaison dont le symbole vivant est le moteur, et le rĂŞve un vĂ©hicule privilĂ©giĂ© : la “fonction transcendante”.

En savoir plus

PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.