C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

C.G. Jung et les séries de rêves

Comment Jung expliquait l’intĂ©rĂŞt et la manière d’interprĂ©ter les sĂ©ries de rĂŞves.

Les règles du dialogue conscient inconscient

Les manifestations de l’inconscient ne peuvent se passer du conscient pour ĂŞtre comprĂ©hensibles. Jung en Ă©tait persuadĂ© et il Ă©crit  dans Psychologie de l’inconscient (p.206) :

“La direction des opĂ©rations revient Ă  l’inconscient du sujet, tandis qu’Ă  son conscient incomberont la critique, le choix et les dĂ©cisions.”

Cela apparaît très nettement quand il s’agit de séries de rêves.  Si les décisions sont bonnes, les rêves le feront savoir.  Sinon l’inconscient demandera des modifications et, d’ajustements en corrections, s’instaurera le continuel mouvement de balancier du dialogue avec l’inconscient.

La connaissance des règles de ce dialogue permettra de savoir si l’interprétation est fausse, ou insuffisante. En effet, le rêve suivant le fera remarquer en reprenant le thème mal compris d’une manière plus claire, ou bien en paraphrasant ironiquement l’interprétation, ou encore en manifestant une directe et violente opposition.

Si l’incompréhension demeure, il y aura une stagnation dans le processus d’évolution.  En effet, la Dialectique du Moi et de l’inconscient, qui est le sujet d’une des œuvres les plus importantes de Jung, ne pourra pas exercer son jeu dynamique.

Voir les rêves de la série du rêveur

Le rĂ©alisme de l’interprĂ©tation des rĂŞves

Dans l’esprit de Jung, interpréter un rêve, et surtout une série de rêves, n’est pas une expérience froide et arbitraire, c’est un moment formidable fait d’actions et de réactions, d’oppositions et de coopération, un petit drame d’un réalisme inimaginable. Toujours dans Psychologie de l’inconscient (p.215), il écrit :

“Vivre un rĂŞve et son interprĂ©tation est quelque chose de profondĂ©ment diffĂ©rent de tout rĂ©cit qu’on en peut faire, qui a comme un goĂ»t de rĂ©chauffĂ© et qui est la seule chose que le lecteur puisse trouver sur le papier imprimĂ©. Toute cette psychologie est au fond expĂ©rience vĂ©cue.”

Pour vivre cette expérience, la participation du rêveur est indispensable, puisqu’il est nécessaire d’apprécier sa situation consciente et de recueillir ses associations. On se trouve alors dans un système d’interactions entre le rêve, l’analysant et l’analyste.

Le rĂŞve, l’analysant et l’analyste

Pour Jung, celui qui est analysé n’est pas un patient, un être passif, mais une personne active, un analysant qui se trouve dans une attitude d’accueil et de dialogue vis-à-vis du discours émanant de ses rêves. L’attitude d’accueil de celui qui, solitairement, porte attention à ses rêves n’est qu’une simple disponibilité qui ne saurait jamais aboutir à une action efficace. Il existe une très forte tendance du Moi à persévérer dans une unilatéralité dont les efforts pour émerger de l’inconscience l’ont conduit au stade d’évolution où cette unilatéralité lui semble nécessaire à sa survie.

Même celui qui rêve peu ou pas du tout, quand il se met sérieusement à réfléchir au sujet de ses rêves commence  à en avoir de plus en plus et, ainsi, à produire des séries.

Pour casser, parfois douloureusement, son unilatéralité, l’analysant a besoin de l’élément de fracture que représente l’analyste. C’est à partir de leurs échanges, doublement connectés avec l’inconscient, que s’introduisent des éléments nouveaux qui vont augmenter les possibilités cognitives du Moi et lui donner une plasticité lui permettant, avec le concours de l’analyste, de perdre une partie de sa rigidité.

Les obligations de l’analyste

Pour que l’interaction entre l’analyste et l’analysant soit constructive, il est essentiel que l’analyste n’impose pas son propre inconscient au rĂŞveur.  D’oĂą l’importance du fait  que l’analyste ait, personnellement, reconnu et intĂ©grĂ© les manifestations de son inconscient et de son ombre, et qu’il n’ait aucun dĂ©sir d’imposer une relation de pouvoir Ă  l’analysant.

Cependant, même si l’analyste ne doit pas imposer son inconscient au rêveur, même si sa parole ne peut être qu’une suggestion, il ne peut l’aider qu’en s’appuyant lui-même sur son propre inconscient, sur le Soi, à la fois centre personnel à chacun et centre transpersonnel de l’inconscient collectif.

C’est à partir de sa propre relation au Soi qu’il va trouver des entrées à l’intérieur de lui-même pour proposer au rêveur une compréhension des symboles qui émergent dans ses rêves.

L’interaction entre l’analyste et le rêveur est donc plus fondée sur le Soi que sur le Moi. Elle forme une boucle d’échanges nourris par les apports du Soi et de l’inconscient collectif.

L’analyste jungien est Ă  l’intĂ©rieur du processus analytique

La relation entre analysant et analysé est, pour le jungien, fondamentalement différente de celle du freudien. Ce dernier veut garder une distance vis-à-vis de son patient pour ne pas influencer la libre expression des refoulements remontant à la conscience. Le jungien, lui, s’implique beaucoup plus dans une relation où, au lieu de rester assis invisible derrière un patient allongé, il se place en face de lui comme dans une rencontre ordinaire.

L”analyste jungien se positionne à l’intérieur de la situation analytique. L’analyste et l’analysant sont liés à la manière de deux substances chimiques. Attirés l’un vers l’autre par une sorte d’affinité, ils produisent ensemble un changement issu de leur interaction. Au sens alchimique, si important pour Jung, ils sont les partenaires d’une véritable conjunctio.

Cette triple relation comporte évidemment des dangers, des risques d’altérations, de crises, de projections, de transferts, et même de perte d’identité. C’est une quête héroïque à la recherche d’une plus grande connaissance mais, comme le dit une voix dans un songe de la Rêveuse : Il faut briser le cercle. (Rêve 90).

RĂŞve no 90 : l'afficher

Les séries de rêves comme objet de réflexion

Il est une circonstance, que nous pourrions qualifier d’expĂ©rimentale, oĂą l’interprète se retrouve seul, sans contexte, devant les rĂŞves d’une personne. Ce fut le cas de Jung.

Les songes sont alors regardés d’une manière plus phénoménologique qui considère le rêve comme un objet de réflexion sur l’évolution des formes et de la vie symbolique, quasi indépendamment des réactions et de la vie personnelle du sujet de l’étude.

Ce travail ne peut se faire sur un rĂŞve isolĂ©. Il exige la continuitĂ© d’une sĂ©rie. Jung prĂ©fĂ©rait gĂ©nĂ©ralement cette continuitĂ© Ă  l’étude du rĂŞve isolĂ©, car elle lui semblait plus rĂ©vĂ©latrice du travail de l’inconscient. On peut ainsi aborder des gĂ©nĂ©ralitĂ©s au sujet des symboles alchimiques et de la construction d’une forme telle que les mandalas.

Les séries progressent vers une structure et un sens

Quand Jung dans Psychologie et alchimie, commente une sĂ©rie de rĂŞves dans le but de montrer leur fonction tĂ©lĂ©ologique, c’est Ă  dire reposant sur l’idĂ©e de finalitĂ©, et les Ă©lĂ©ments historiques qu’ils contiennent, il choisit dĂ©libĂ©rĂ©ment d’ignorer leur contexte, tout en avertissant le lecteur que sa mĂ©thode d’analyse est contraire Ă  ce qu’il enseigne au sujet de l’interprĂ©tation des rĂŞves.

Il justifie ce qui serait une grossière erreur technique ( cf. Psychologie et alchimie, p. 60 à 65) s’il s’agissait de rêves isolés par le fait qu’il se fait fort de nous prouver que ces rêves ont un lien et progressent vers une structure et un sens qui vont se dévoiler, petit à petit, car c’est seulement ainsi que peuvent les appréhender nos possibilités cognitives.

C’est aussi ce que nous avons voulu montrer avec la sĂ©rie de rĂŞves que nous prĂ©sentons mais nous avons, plus que Jung, insistĂ© sur le vĂ©ritable scĂ©nario proposĂ© par cette suite de songes.

Sur chaque rêve pris individuellement on ne peut, au début, émettre que des hypothèses mais, au fur et à mesure que la série se développe, il est possible de corriger si nécessaire. En attendant, il appartient à Jung de proposer une interprétation en utilisant ses propres connaissances. Ce procédé va lui permettre de mettre en évidence les mouvements d’organisation induits par l’inconscient tels que l’élaboration du mandala et le discours téléologique du Soi. La série lui donnera aussi l’opportunité d’étudier la vie du symbole d’une manière plus exhaustive.

Pour Jung la série fournit le contexte

Nous avons travaillé sur la série que nous proposons en ayant comme inspiration cette citation de Jung (Psychologie et alchimie, p.65) :

La sĂ©rie constitue en effet le contexte fourni par le rĂŞveur lui mĂŞme. Tout se passe comme si nous ne disposions pas d’un mais de nombreux  textes Ă©clairant les termes inconnus de tous cĂ´tĂ©s, de sorte que la lecture de tous les textes suffit en elle mĂŞme Ă  Ă©lucider les difficultĂ©s de sens inhĂ©rentes Ă  chacun d’entre eux.”

 

En savoir plus

PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.