C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Le charbon de bois : carbo vegetabilis

La substance : l’humble charbon de bois

Le charbon de bois est une forme de carbone noir, cassant et poreux. GĂ©nĂ©ralement le rĂ©sidu de bois partiellement brĂ»lĂ© s’obtient traditionnellement en faisant calciner du bois dans des vases couverts jusqu’Ă  ce qu’ils ne dĂ©gagent plus de fumĂ©e.

Le charbon de bois est issu des bois de saule, de bouleau, de peuplier et surtout de hĂŞtre. Les charbonniers recouvrent la pyramide de bois qu’ils vont faire calciner par une Ă©paisse couche de terre gazonnĂ©e. Autant dire qu’on Ă©touffe le bois.

Dans les temps anciens on faisait brûler le bois lentement pendant plusieurs jours avec juste l’air nécessaire à la combustion des gaz et on obtenait ainsi une forme de carbone relativement pur. Cette façon de faire nécessitait beaucoup de temps et de surveillance. Le charbon de bois était un combustible très apprécié.

La matière vivante est essentiellement organique, donc dĂ©pend de la chimie du carbone. Le charbon vĂ©gĂ©tal est en rĂ©alitĂ© un carbone impur qui contient certains sels minĂ©raux, en particulier du carbonate de potassium. Il est douĂ© d’une porositĂ© considĂ©rable et possède pour les gaz un pouvoir d’absorption considĂ©rable. L’affinitĂ© du carbone pour l’oxygène est considĂ©rable. 1

Un symbole de l’œuvre au noir

Carbo vegetabilis représente un aspect de l’œuvre au noir  (abordée dans l’étude d’arsenicum album).

Le stade carbo vegetabilis est un stade infiniment pĂ©nible et douloureux oĂą les choses semblent bloquĂ©es, dĂ©sespĂ©rĂ©es.  Cependant, ce n’est peut-ĂŞtre qu’une Ă©tape nĂ©cessaire de repli sur soi-mĂŞme, de rĂ©flexion et de purification. Le bois perd son eau, se ressert, devient noir.  Il ne reste qu’une structure solide et poreuse dont une Ă©nergie nouvelle pourra Ă©merger.

Cette nouvelle substance avide d’air (qui fait suite Ă  une combustion en vase clos) va permettre un Ă©lan neuf après l’étouffement.  Elle va servir Ă  un nouvel embrasement, Ă  une nouvelle Ă©nergie, avant les cendres, avant la grande lessive.

Le bois est enfermĂ© dans une sorte d’athanor, comme le fĹ“tus in utero. La dissolution signifie sa mort et l’utĂ©rus – l’athanor – devient sa tombe. 2

Le sujet carbo vegetabilis vit un bardo.

L’emblème XXVIII de l’Atalante fugitive

On est tenté de voir dans l’emblème XXVIII de l’Atalante fugitive du bain laconien 3 une correspondance avec carbo vegetabilis.

On y trouve l’épigramme suivante : on y voit le Roi Duenech couronné et nu, enfermé dans une sorte d’étuve, où brûle une lampe à huile et où montent des vapeurs. L’atmosphère semble étouffante. Le texte parle d’évacuation de la bile.

Nous sommes là devant un régime du feu dans un vase clos, où le roi se présente comme dans un cabinet de réflexion ou, selon certains rites, la chambre de réflexion ou encore le  cabinet de méditation.

Le sujet va purger ses humeurs peccantes et toutes les scories qui l’accablent. C’est le début d’une mort à son être ancien, objectivé dans la substance charbonneuse noire, début d’une nigredo. Il va y avoir déshydratation et une calcination va suivre.

Le roi va étouffer et mourir, il fera le sacrifice de sa vie, de ses imperfections, pour tomber enfin en cendres après avoir vécu l’embrasement du feu vital, comme celui de la braise du charbon de bois auquel on boute le feu.

La carbonisation

Le stade ultime du charbon de bois sera, après combustion complète, celui des cendres, la substance du deuil, du lessivage qui blanchit l’horrible stade de la putréfaction arsenicum album.

Il s’agit d’un processus de carbonisation. La carbonisation, aussi appelĂ©e carbonification est la transformation plus ou moins rapide d’une substance organique en charbon, gaz et goudrons, sous l’effet de la chaleur (Ă  diffĂ©rencier de la calcination qui est plus en rapport avec le calcaire).

S’agit-il d’une sorte de mort à l’actuel état vital, étape dramatiquement ressentie, dénouement possible d’une destinée nouvelle sur le chemin douloureux des transformations et de l’individuation ?

Il est difficile de répondre à cette question et celui qui vit cette étape n’aurait certainement pas envie la plupart du temps d’y voir une lueur d’espoir. Cependant, il faut encore une fois remarquer que le charbon végétal pourra servir de combustible avant de terminer en poussière, ultime transformation capable de blanchir et de lessiver.

 

 Carbo vegetabilis homéopathique

 

L’air manque Ă  carbo vegetabilis

On trouve chez Hahnemann la pathogénésie de carbo vegetabilis (issu du bouleau) dans la Reine Arzneimittellehre en 1827 et dans les Chronischen Krankheiten de 1837.

Le problème essentiel de carbo vegetabilis est un problème pneumatique. Il manque d’air, d’oxygène, de prana, de souffle de vie. L’encombrement par le CO² se rĂ©percute sur la respiration et la circulation, avec un effet sur le centre bulbaire de la respiration. Il y a refroidissement, asphyxie, congestion, inflammation, cyanose, flatulence et putrĂ©faction. On l’Ă©touffe.

Une patiente me disait qu’on lui avait mis un Ă©touffoir sur la tĂŞte, une autre que les problèmes l’Ă©touffaient, que les gens l’Ă©touffaient. Il y a chez carbo vegetabilis un dĂ©sir d’air, d’espace ouvert et libre. Il a l’impression d’ĂŞtre enfermĂ©, Ă  l’Ă©troit, dans un endroit confinĂ© qui l’oppresse. Cette sensation correspond Ă©trangement au mode de prĂ©paration de la substance que l’on Ă©touffe pour obtenir une combustion incomplète.

Le monde semble bloqué, il y a apparemment obstacle à l’individuation, mais peut-être est-ce simplement une étape provisoire de transformation, celle qui mène du bois au charbon, cheminement qui pourrait aboutir à une issue nouvelle.

On peut trouver le remède Ă  la suite d’un confinement dans un milieu Ă©touffant, ou Ă  la suite d’une asphyxie, d’une asphyxie Ă  l’oxyde de carbone, Ă  la suite d’un manque d’oxygène sanguin, lorsque le patient ne s’en remet pas, Ă  la suite d’une maladie, d’une blessure qui affaiblit l’organisme.

Comme Kent le précise, carbo vegetabilis est un remède merveilleux dans les états septiques, dans les empoisonnements du sang, spécialement après les opérations chirurgicales et après les chocs, après une maladie grave et dans toute maladie qui prend une forme torpide, avec aspect pourpré et marbré de la peau. Il est aggravé par les pertes de liquides vitaux (hémorragies, sueurs, diarrhées, etc.).

Finalement le malheureux sujet carbo vegetabilis est sous cloche, bloqué dans son élan vital, à bout de souffle.

Un remède d’agonie

Carbo vegetabilis est ralenti, refroidi, cyanosé, à l’agonie.
Le sujet carbo vegetabilis est ralenti, il présente une diminution de sa force vitale. Ses idées émergent lentement, il manque de mémoire.

Carbo vegetabilis respire mal. Il prĂ©sente un catarrhe nasal, avec mal Ă  la gorge, un enrouement, a vif, surtout le soir, une aphonie le matin. Il n’est pas bien par temps humide, frais et surtout par temps chaud et humide. Il se sent mal après avoir parlĂ© et particulièrement après avoir eu trop chaud dans une pièce, comme le bois du charbonnier.

Il a une toux spasmodique, creuse, par Ă -coups brefs et durs, toux continue, dure et sèche, provoquĂ©e par une sensation de vapeur de soufre. C’est un remède d’asthme des gens affaiblis et des constitutions mauvaises et Ă©puisĂ©es.

Carbo vegetabilis se ralentit, se refroidit. Ses membres sont froids, en particulier ses genoux . Son visage est froid, il a des sueurs froides au front. Il ressent aussi des brûlures aux mains, avec un froid de glace.

Ultimement carbo vegetabilis est un remède de collapsus, d’agonie.

Le sujet a un faciès hippocratique, sa langue devient noire et froide, son souffle est froid. Le sujet carbo vegetabilis est plongĂ© dans un univers infernal et, lorsqu’il fait sombre dans sa chambre, des formes effrayantes apparaissent devant ses yeux. Il a peur des fantĂ´mes la nuit. Il pense entendre quelqu’un s’approcher de son lit. Il a l’impression que les murs de la pièce s’effondrent, que les objets deviennent Ă  son cĂ´tĂ© plus rapprochĂ©s et plus petits.

Il chemine vers les bardos. Il perçoit des sons de cloche, des crissements dans les oreilles, comme de la paille. Il prĂ©sente un Ă©coulement par l’oreille de liquide Ă©pais, couleur chair, de mauvaise odeur. Ses selles sont brĂ»lantes, claires, fĂ©tides, aqueuses, sanglantes, avec tĂ©nesme, couvertes de mucus jaune filamenteux, d’odeur putride et cadavĂ©rique, involontaires. C’est vĂ©ritablement un remède d’agonie, de perte vitale, agonie Ă  un monde ancien, avant, peut-ĂŞtre, une transformation.

 Carbo vegetabilis et le pneuma

Carbo vegetabilis a un dĂ©règlement de la circulation pneumatique. Il a besoin d’air. Un des symptĂ´mes clefs du remède est le dĂ©sir d’ĂŞtre Ă©ventĂ©. Le sujet a besoin d’air frais. Il a beaucoup de difficultĂ©s respiratoires, il s’assoit près d’une fenĂŞtre ouverte. Il tousse, et c’est une excellent remède de coqueluche dĂ©butante, avec le visage qui se congestionne pendant les quintes.

Le remède a un dĂ©règlement gĂ©nĂ©ral de son Ă©conomie pneumatique corporelle et souvent il a de l’air en excès. Il accumule les gaz, dans l’estomac, dans les intestins, il flatule. Il est très amĂ©liorĂ© en Ă©ructant parfois bruyamment. Il lâche parfois des vents putrides. Il a une digestion souvent difficile, en particulier après avoir mangĂ© gras, de la pâtisserie ou bu du lait, du vin.

Cette agitation pneumatique se ressent Ă©galement au niveau de son psychisme. Il est oppressĂ© et anxieux. L’air n’est-il pas parmi les humeurs antiques l’Ă©lĂ©ment qui agite l’esprit ? Il a tendance Ă  soupirer et Ă  prendre une inspiration profonde. Carbo vegetabilis est congestionnĂ© – il ressent la brĂ»lure

Carbo vegetabilis est en surchauffe

Le déficit respiratoire de carbo vegetabilis entraine une congestion générale, en particulier après avoir été surchauffé, après avoir mangé certains aliments et après avoir bu du vin. Il a eu trop chaud, il rêve de feu. Il a une anxiété avec chaleur du visage, des brûlures dans la tête, les mains chaudes. Il passe du froid au chaud. Ses veines se dilatent.

Partout chez ce remède on trouve de la brĂ»lure. Il ne supporte pas le soleil. Sa congestion est telle qu’il se cyanose car son sang stagne dans les capillaires. On voit un rĂ©seau capillaire, comme marbrĂ©. Partout la congestion a lieu. Son visage est rouge, aubergine, il a des hĂ©morroĂŻdes qui sortent, bleues, avec des brĂ»lures. Carbo vegetabilis prĂ©sente des hĂ©morragies, par le nez, aux gencives, des hĂ©matĂ©mèses, des troubles des règles. Il transpire.

Carbo vegetabilis est indifférent

Carbo vegetabilis se retire et est indécis.
Il est peut être affectueux mais devient timide, il a peur des étrangers, craint d’apparaître en public, manque de confiance en lui.

Son Ă©tat mental peut Ă©galement se teinter d’irritabilitĂ©, d’humeur chagrine, colĂ©rique, avec parfois une tendance Ă  pleurer, voir un Ă©tat profondĂ©ment dĂ©pressif, voir suicidaire. Il se sent abandonnĂ©.

Kent affirme que chez carbo vegetabilis l’indiffĂ©rence est un symptĂ´me très prononcĂ©. Il prĂ©tend qu’il a une incapacitĂ© de percevoir ou de sentir les impressions que les circonstances devraient Ă©veiller. Ses affections sont pratiquement effacĂ©es, au point que rien de ce qu’on lui dit ne semble l’exciter ni le troubler.  Des Ă©vĂ©nements horribles n’ont pas l’air de le toucher beaucoup, des choses agrĂ©ables ne lui font pas plaisir. Il ne sait pas trop s’il aime sa femme et ses enfants ou non… Cet Ă©tat d’indiffĂ©rence est certes dĂ» Ă  sa congestion et Ă  sa mauvaise oxygĂ©nation. Il n’en peut plus, il est Ă  bout…

Conclusion :

Voilà la triste et lamentable description d’un remède en difficulté, un remède gonflé qui manque d’air, un remède en vase clos, bloqué et étouffé qui semble répéter :

oh! laissez-moi donc respirer.

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. Hodiamont. HomĂ©opathie et physiologie. p. 93…
  2. Jung C. G. – Mysterium conjonctionis. tome II – Paris : Albin Michel ; 1980, p. 78.
  3. Le terme “bain laconien” fait rĂ©fĂ©rence Ă  des ablutions et purges qui se pratiquaient dans la Grèce antique en Laconie, c’est Ă  dire dans le sud du PĂ©loponnèse.