C.G. JUNG

RĂȘve, Alchimie, HomĂ©opathie, PoĂ©sie

Cuivre et remĂšde – Cuprum metallicum

Le métal cuivre

Le cuivre est un mĂ©tal commun, le plus ancien utilisĂ© par l’homme.

Ce mĂ©tal est mallĂ©able ductile et d’une couleur rouge caractĂ©ristique. Il prĂ©sente une grande conductibilitĂ© calorique et Ă©lectrique. C’est un Ă©lĂ©ment chimique de symbole Cu et de numĂ©ro atomique 29.

Naturellement présent dans la croûte terrestre, le cuivre est essentiel au développement de toute forme de vie.

À la tempĂ©rature ordinaire, le cuivre s’attaque Ă  l’air humide, mais seulement en prĂ©sence d’acide carbonique ; il se recouvre alors d’une couche verte d’hydrocarbonate appelĂ©e vert-de-gris.

Le nom du cuivre vient du latin cuprum. Les Romains l’appelĂšrent aes cyprium (littĂ©ralement « mĂ©tal de Chypre »), issu du grec ancien kÏÏ€ÏÎżÏ‚ dĂ©signant l’Ăźle elle-mĂȘme. Le terme s’est transformĂ© au fil du temps pour devenir cuivre .

Cuprum imaginaire

On peut considĂ©rer le cuivre hors de la reprĂ©sentation chimique et physique, ce qui permet d’étoffer la vision de la substance par un imaginaire qui prend racine dans notre inconscient.

Le cuivre était associé à la déesse Vénus et à la planÚte Vénus, appelée aussi «étoile du berger».

VĂ©nus est une planĂšte qui ressemble Ă  la Terre : elle a une atmosphĂšre et sa taille est comparable Ă  celle de la terre. Son atmosphĂšre est composĂ©e essentiellement de gaz carbonique et contient de l’acide sulfurique. C’est la deuxiĂšme planĂšte la plus proche du soleil et la plus chaude du systĂšme solaire. C’est l’astre le plus brillant aprĂšs le soleil et la lune.

Son nom lui vient de la dĂ©esse romaine VĂ©nus (la dĂ©esse de l’amour, de la sĂ©duction et de la beautĂ©), probablement parce que c’est la planĂšte la plus brillante. Elle est l’Ă©quivalent de la dĂ©esse grecque Aphrodite.

DĂ©esse de l’amour chez les Latins, VĂ©nus Ă©tait primitivement une des divinitĂ©s symbolisant la fĂ©conditĂ© de la nature. VĂ©nus a eu le sens de l’ardeur amoureuse dans des expressions comme «plaisirs de VĂ©nus», «sacrifier Ă  vĂ©nus», ou de façon plus Ă©loignĂ©e «mont de VĂ©nus» «mal de VĂ©nus».

Venus est un mot latin de la mĂȘme famille que venustus, gracieux, de mĂȘme racine, croit-on, que le mot sanskr. vana, aimable. Le mot «vĂ©nuste» signifie «qui excite l’amour», «charmant, sĂ©duisant».

On peut rapprocher cette nature séduisante et féconde de la grande conductivité du métal cuivre.

Le nom d’Aphrodite , d’aprĂšs Porphyre, signifierait «celle qui sort de l’Ă©cume de la mer» (de Aphros, Ă©cume). Elle montre ses seins et son sexe.

La vision alchimique du cuivre

La vision alchimique, ou issue de la démarche alchimique, précise la constitution présumée du cuivre :

  • Thomas d’Aquin prĂ©tend que le cuivre est formĂ© d’un soufre puissant et d’un mercure assez grossier. 1
  • Geber confirme :« Quand le soufre est impur, grossier, rouge, livide, que sa plus grande partie est fixe, et la moindre non fixe, et qu’il se mĂȘle avec un argent-vif grossier et impur, de telle sorte qu’il n’y ait guĂšre plus ni guĂšre moins de l’un que de l’autre ; de ce mĂ©lange il s’en forme du cuivre . » 2
  • Nicolas Lefevre dit :

    « que le cuivre est composĂ© d’un soufre pourprĂ©, d’un sel rouge et d’un mercure jaune et qu’on l’appelle VĂ©nus entre les Chimistes, Ă  cause qu’il reçoit les influences de cet astre, et qu’il a de la relation avec les parties qui sont destinĂ©es Ă  la gĂ©nĂ©ration. Les vertus gĂ©nĂ©rales du cuivre, sont de fortifier les parties spermatiques et gĂ©nĂ©ratives, tant au mĂąle qu’à la femelle . » 3

Il y aurait donc dans le cuivre autant de principe-soufre que de principe-mercure. Lorsque le mĂ©lange est Ă©quilibrĂ©, on a une belle harmonie dans le couple masculin-fĂ©minin, on voit mĂȘme surgir chez ce mĂ©tal vĂ©nusien des forces gĂ©nĂ©ratives puissantes. Lorsque l’union est bancale on voit apparaĂźtre des symptĂŽmes d’inhibition ou hystĂ©riques et convulsifs, tĂ©moin d’un combat entre deux mondes qui s’affrontent.

Quant Ă  sa couleur verte, elle est en relation avec VĂ©nus. 4 Le vert n’est-il pas le signe de la vĂ©gĂ©tation, de vitalitĂ© et de jeunesse ?

 

Cuprum metallicum homéopathique

 

On trouve cuprum metallicum dans les « Maladies chroniques » de Hahnemann.

La problématique de cuprum metallicum

Le cuivre est conducteur et le remÚde cuprum metallicum est un remÚde de relations. Le sujet voudrait ne pas déplaire, ne pas déranger.

En fait, on peut rĂ©sumer la mentalitĂ© de cuprum metallicum par un symptĂŽme de la matiĂšre mĂ©dicale dĂ©clenchĂ© lors d’une pathogĂ©nĂ©sie : le sujet ressentait une sorte de crainte. Il lui semblait qu’il devait marcher d’un pas lĂ©ger, pour Ă©viter de se faire mal ou de dĂ©ranger ses compagnons dans la piĂšce. Ce symptĂŽme semble se situer au cƓur de la problĂ©matique cuprum.

Il est vrai que l’on trouve souvent ce symptĂŽme chez les sujets cuprum : ce sont des personnes qui n’osent pas dĂ©ranger, ceci non pas par altruisme, mais vraisemblablement par peur de dĂ©plaire ou du moins de faire mauvaise figure, de ne pas paraĂźtre Ă  la hauteur et d’ĂȘtre jugĂ©.

Cuprum a peur de gĂȘner les voisins, de paraĂźtre indigne ou bien mĂȘme il peut avoir la hantise d’assister Ă  un spectacle oĂč le protagoniste pourrait ĂȘtre ridiculisĂ©, ce qu’il ressentirait avec effroi ; le sujet cuprum s’identifie alors Ă  celui qui pourrait ĂȘtre jugĂ© et ridiculisĂ©.

La peur d’ĂȘtre humiliĂ© et le dĂ©sir de plaire

Finalement cuprum prĂ©fĂšre se cacher, plutĂŽt que de risquer d’ĂȘtre humiliĂ© car il rĂȘve d’ĂȘtre apprĂ©ciĂ©. Évidemment ce symptĂŽme peut s’inverser par compensation et dans ce cas on est en prĂ©sence d’une personne trĂšs dĂ©sireuse de se faire remarquer, de plaire Ă  tout prix.

Cuprum prĂ©fĂšre s’effacer plutĂŽt que de paraĂźtre Ă  son dĂ©savantage. Il se retire alors et en souffre. Finalement cuprum doit s’extĂ©rioriser et plaire.

Au niveau physique on trouve la mĂȘme problĂ©matique. La suppression est une Ă©preuve pour cuprum qui est un remĂšde que l’on peut parfois prescrire Ă  la suite d’éruptions refoulĂ©es ou rentrĂ©es qui ont provoquĂ© des diarrhĂ©es et parfois des convulsions. Ainsi dans un cas de rougeole ou de scarlatine dont l’exanthĂšme a Ă©tĂ© supprimĂ© par un refroidissement ou une exposition au vent, des convulsions peuvent apparaĂźtre. Lors d’une rougeole, cuprum fait sortir l’Ă©ruption en amĂ©liorant rapidement la toux.

L’hystĂ©rie

La disposition Ă  vouloir plaire de cuprum nous conduit Ă  envisager un tempĂ©rament hystĂ©rique, avec la volontĂ© d’ĂȘtre toujours dĂ©sirĂ© par l’autre.

Le terme hystĂ©rie vient du grec ystera (matrice). En effet, on a rapportĂ© pendant longtemps Ă  l’utĂ©rus les manifestations morbides qui caractĂ©risent la crise hystĂ©rique. On peut les rĂ©sumer ainsi : par son dĂ©placement, l’utĂ©rus provoque toutes les maladies des femmes.

Pour Hippocrate (« Des lieux dans l’homme ») et les anciens en gĂ©nĂ©ral, l’utĂ©rus est un organe bicorne pouvant se dĂ©placer Ă  l’intĂ©rieur du corps. C’est sur cette conception que reposent les idĂ©es Ă©mises sur la maladie dans les divers livres de la Collection hippocratique.

Classiquement on considĂ©rait que cette affection survenait en particulier chez les vieilles filles et les jeunes veuves. Le meilleur remĂšde Ă©tait le mariage ! L’opinion fort rĂ©pandue, selon laquelle les hystĂ©riques seraient des femmes aux besoins sexuels inassouvis, remonte Ă  cette source. 5

Charcot a beaucoup Ă©tudiĂ© l’hystĂ©rie et les hystĂ©riques. Les tableaux cliniques sont variĂ©s. Les deux formes symptomatiques les mieux isolĂ©es sont l’hystĂ©rie de conversion, oĂč le conflit psychique vient se symboliser dans les symptĂŽmes corporels les plus divers, paroxystiques (exemple : crise Ă©motionnelle avec thĂ©Ăątralisme) ou plus durables (exemple : anesthĂ©sies, paralysies hystĂ©riques, sensation de «boule» pharyngienne, etc.) et l’hystĂ©rie d’angoisse oĂč l’angoisse est fixĂ©e de façon plus ou moins stable Ă  tel ou tel objet extĂ©rieur (phobies).

L’hystĂ©rie est majoritairement fĂ©minine, mais elle existe aussi chez l’homme. Dans ce cas, il ne peut Ă©videmment pas s’agir d’une migration utĂ©rine, mais plutĂŽt d’un problĂšme avec la fĂ©minitĂ©, avec l’anima, avec le «mercure» du cuivre selon la vision ancienne. Cette facette fĂ©minine chez l’homme peut effectivement s’exprimer de diffĂ©rentes façons en particulier par les voies de la sĂ©duction. L’homme est alors un Don Juan condescendant. C’est l’amant impossible.

ÉmotivitĂ© et sensibilitĂ© Ă  l’esthĂ©tique

Indiscutablement, les cas cuprum se rencontrent plutĂŽt chez des sujets sensibles Ă  l’esthĂ©tique.

Cuprum peut ĂȘtre un peu thĂ©Ăątral, nerveux, avec un rire immodĂ©rĂ©, spasmodique. Il peut se montrer trĂšs gai. Le sujet peut ĂȘtre esthĂšte, sensible Ă  la beautĂ©, Ă  l’art, un peu un type phosphorus, mais on peut le confondre parfois avec natrum muriaticum s’il est dĂ©compensĂ©.

Cuprum est Ă©motif et la beautĂ© le touche ; elle est une composante importante de son dĂ©sir d’ĂȘtre apprĂ©ciĂ©.

Il a tendance Ă  avoir un langage un peu dĂ©sordonnĂ©, parfois incohĂ©rent sur toutes sortes de sujets. Il peut dĂ©lirer avec des discours qui vont jusqu’à l’incohĂ©rence.

Mais ce dĂ©sir de plaire est contrariĂ© par la peur de dĂ©plaire, ce qui provoque chez cuprum une sorte de timiditĂ© qui peut aller jusqu’au repli sur soi. Il devient timide face Ă  tout le monde, il a peur et s’enfuit de tous ceux qui l’approchent, il n’aime pas qu’on le regarde. Il peut ĂȘtre carrĂ©ment taciturne, mĂ©lancolique, craignant la vue des gens, recherchant la solitude.

Son Ă©tat, d’abord naturellement agrĂ©able et tournĂ© vers la communication peut, du fait de la crainte ou de la frustration, se transformer en apathie et inertie. Il ne fait plus rien, devenu insensible, il lui semble ĂȘtre dans un demi-rĂȘve.

RemĂšde de crampes et de convulsions

Cuprum est par excellence un remĂšde de spasmes et de convulsions. La tendance convulsive s’associe Ă  presque tous les maux que cuprum produit et guĂ©rit. Il a des mouvements convulsifs, des tressaillements, des tremblements, et il a aussi des contractions toniques qui maintiennent les poings violemment serrĂ©s. Dans ce cas-lĂ  les pouces sont les premiers touchĂ©s : ils sont repliĂ©s dans les paumes et ensuite les autres doigts se referment sur eux avec beaucoup de force.

Cuprum est un remĂšde souverain pour les crampes, oĂč qu’elles se situent. C’est Ă©galement un traitement de la toux spasmodique, surtout lorsqu’elle est amĂ©liorĂ©e par une gorgĂ©e d’eau froide, c’est un remĂšde d’asthme. Il peut Ă©galement ĂȘtre indiquĂ© dans les cas de spasme du pylore.

Génération, grossesse et accouchement

Cuprum n’a pas forcĂ©ment une libido trĂšs importante.

C’est un grand remĂšde de la femme, mais aussi une remĂšde masculin chez des hommes jeunes qui sont vieux prĂ©maturĂ©ment et qui ont des crampes des jambes et des pieds en essayant d’avoir des rapports sexuels.

C’est un remùde des contractions pendant la grossesse. C’est un remùde d’accouchement. Il provoque d’ailleurs la main d’accoucheur.

La jeune femme ressent des crampes violentes et pĂ©nibles dans la rĂ©gion utĂ©rine, au creux de l’estomac, dans les doigts et les orteils, ou des spasmes gĂ©nĂ©raux violents pendant la grossesse, des spasmes pendant l’accouchement, avec vomissements violents, voire mĂȘme un opisthotonos.

La sympathie pour la fertilitĂ©, la naissance est telle que cuprum peut pleurer comme le coassement des grenouilles (sachant que la grenouille est un ĂȘtre issu de l’ocĂ©an primordial) et aussi beugler comme un veau (le petit de l’animal le plus maternel qui soit).

Irritabilité et agressivité

On a vu le retrait possible de cuprum et son inhibition secondaire à une crainte de déplaire.

Il peut exister aussi chez cuprum une sensation d’irritabilitĂ© gĂ©nĂ©rale. Il prĂ©sente alors un caractĂšre irritable et changeant, parfois doux et sensible, mais parfois trĂšs retors.

Selon Kent, cuprum affecte trĂšs fortement tout le domaine de la volontĂ©, les dĂ©sirs et les aversions. Il convient Ă  ces jeunes filles qui ont toujours fait ce qu’elles ont voulu, qui n’ont jamais Ă©tĂ© contrecarrĂ©es Ă©tant enfants ; quand elles grandissent, qu’elles atteignent la pubertĂ© et doivent se soumettre Ă  une discipline ou une autre, elles font des crises de folie ou elles font des crampes.

Le sujet cuprum devient autoritaire, hautain et orgueilleux. Il se prend pour quelqu’un d’important, un grand personnage. Il va rĂ©sonner fort, avoir le verbe haut, comme l’ont les cuivres de l’orchestre.

Enfin il fait montre d’agressivitĂ© avec tendance Ă  mordre, Ă  taper et Ă  dĂ©chirer les choses en piĂšces. Ceci peut aller jusqu’à la folie furieuse avec des gestes pour imiter et des mimiques. C’est ainsi qu’il peut imaginer ĂȘtre un officier militaire ou avoir l’impression de vendre des lĂ©gumes verts (encore la couleur verte), de rĂ©parer des chaises vieilles, chanter de façon gaie et mĂȘme cracher au visage de ceux qui l’accompagnent.

Conclusion

Cuprum metallicum est un remĂšde plaisant et brillant qui prĂ©fĂšre paraĂźtre en retrait plutĂŽt que d’ĂȘtre ignorĂ© ou rejetĂ©. RemĂšde dorĂ© qui se protĂšge sous une couche vert-de-gris discrĂšte et Ă©lĂ©gante.

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. Saint Thomas d’Aquin – TraitĂ© de la pierre philosophale. ArchĂš ; 1979. p. 61.
  2. Geber II – chapitre VIII – De la Nature de VĂ©nus ou du Cuivre. Geber – La somme de la perfection – BibiothĂšque des Philosophes Chimiques. Jean Mangin de Richebourg – Paris : Beya ; 2003.
  3. Lefevre N – Cours de chymie pour servir d’introduction Ă  cette science ; tome troisiĂšme – Paris : chez J. N. Leloup ; 1751. p 44.
  4. PhilalĂšthe – EntrĂ©e ouverte au palais fermĂ© du Roi. Paris : Bibliotheca Hermetica ; 1970.
  5. Keach R. – in : L’hystĂ©rie, Revue CIBA, 82, BĂąle, oct. 1951.