C.G. JUNG

RĂȘve, Alchimie, HomĂ©opathie, PoĂ©sie

Vision alchimique et mandala final

Comment trouver, en suivant l’enseignement des rĂȘves, l’Ă©nergie nĂ©cessaire pour, au cours du processus d’individuation et le cheminement vers la TotalitĂ©, retrouver ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  mais que nous avions perdu.

Forte prĂ©sence de thĂšmes alchimiques dans la vision de la RĂȘveuse

L’harmonie dĂ©coulant de la RE-prĂ©sentation d’une conjonction rĂ©ussie est prĂ©sente au moment de la vision 150 qui nous apparaĂźt comme une concentration, agrĂ©able pour la conscience, de tout le discours alchimique de la sĂ©rie de la RĂȘveuse.

Vision no 150 : l'afficher

Rappelons qu’une vision se situe dans un Ă©tat intermĂ©diaire entre la veille et le sommeil. C’est un vĂ©ritable aboutissement dans une sĂ©rie de rĂȘves car, situĂ©e Ă  la frontiĂšre entre le conscient et l’inconscient, elle est plus structurĂ©e et comprĂ©hensible qu’un rĂȘve. Certaines visions sont aussi nettes et dĂ©taillĂ©es qu’un plan dans un film.

Nous pensons que l’Adepte du Moyen-Age aurait attribuĂ© une source divine Ă  la vision 150 qui montre une telle accumulation de thĂšmes de la symbolique alchimique.

On y voit, pour ne parler que des plus Ă©vidents, l’arbre philosophal qui apparaĂźt frĂ©quemment dans les textes hermĂ©tiques sous une forme mĂ©tallique, la fontaine mercurielle du jardin des philosophes, la forme sphĂ©rique parfaite de l’Anima mundi, un couple qui se tient les mains en signe de conjonction. On pourrait contempler cette image, encore et encore, en y trouvant, Ă  chaque fois, des concordances avec la symbolique alchimique.

Sur le plan iconographique,  l’illustration de la conjonction, proposĂ©e dans un prĂ©cĂ©dent texte, contient une bonne partie des Ă©lĂ©ments de la vision : la fontaine, le serpent, qui est  ici un dragon, l’oiseau et, Ă©lĂ©ment essentiel, le couple qui se tient les mains.

Une vision imparfaite

Tout ceci nous semble trĂšs prĂšs de la conscience de la RĂȘveuse.

Nous pensons qu’elle a dĂ» chercher, consciemment, Ă  mettre un peu d’ordre dans la profusion d’allusions alchimiques vĂ©hiculĂ©es par l’ensemble de sa sĂ©rie de rĂȘves. L’inconscient profond n’est certainement pas satisfait par cette reprĂ©sentation immobile qui se voudrait une RE-prĂ©sentation de la totalitĂ©, mais Ă  laquelle manque le ternaire.

La perfection de la vision est, d’ailleurs, entamĂ©e par quelques anomalies annonciatrices d’une suite plus conforme au projet du Soi.

Le chat n’a pas vraiment sa place sur le devant de la scĂšne et, si notre interprĂ©tation a attribuĂ© au grand mĂąt une reprĂ©sentation de l’arbre des philosophes, elle est discutable. En effet, on peut aussi penser que l’arbre de la vision est un arbre chamanique se rattachant Ă  l’avant dernier rĂȘve de la sĂ©rie prĂ©-consciente. Pendant ce rĂȘve, le 73, des femmes chamanes, dans un triangle sans la base, prĂ©sidaient Ă  la naissance de la petite Aurore.

RĂȘve no 73 : l'afficher

La libido se concentre dans le mandala final de la RĂȘveuse

Nous allons, au rĂȘve 152, un rĂȘve d’aboutissement, ou mandala pour employer le terme jungien, retrouver un triangle qui est, cette fois, pourvu d’une base.

RĂȘve no 152 : l'afficher

Ce rĂȘve nous apparaĂźt comme le lieu oĂč se produit un vĂ©ritable moment d’harmonie. Cette harmonie, mĂȘme si la RE-prĂ©sentation est trĂšs diffĂ©rente, est comparable Ă  celle ressentie par le RĂȘveur au moment de sa vision de la Grande Horloge du Monde.

ÉnormĂ©ment d’énergie, Jung dirait de libido, se concentre dans le mandala final de la RĂȘveuse. Cette Ă©nergie impulse l’actualisation d’un potentiel initial qui va se manifester par une action rĂ©vĂ©latrice de la puissance de la Nature. Elle est aussi le vecteur de la nĂ©cessitĂ© d’exprimer une Parole que nous considĂ©rons comme Ă©tant le noyau central Ă  partir duquel diffusent les lignes de force les plus significatives parcourant cette suite de rĂȘves.

Voir le schĂ©ma des rayons de signification des rĂȘves

L’action, si vigoureusement rĂ©clamĂ©e par l’inconscient, consiste, pour la RĂȘveuse, Ă  produire, poussĂ©e par la nĂ©cessitĂ©, un rayon de lumiĂšre destinĂ© Ă  Ă©crire les mots dictĂ©s par la voix impĂ©rative.

Cette action possĂšde probablement un sens profond et ancien. En effet, elle est reprĂ©sentĂ©e par une iconographie alchimique, dont nous avons pu constater l’enracinement dans la Nature. TĂ©moin nos illustrations qui contiennent toutes deux des femmes Ă  partir de la poitrine desquelles part un rayon lacté  lumineux.

Illustrations alchimiques

L’illustration ci-dessous est extraite de Utriusque cosmi de Robert Fludd (I, p., 4, 5). Elle reprĂ©sente l’ñme du monde, mĂ©diatrice entre le corps et l’esprit, ainsi que le fils des philosophes, figurĂ© par un singe, assis sur le globe terrestre et prĂȘt Ă  recevoir la lumiĂšre de la Nature.

L’illustration en tĂȘte de notre texte est extraite du Janitor pansophus -date inconnue- et publiĂ©e dans le Museum hermeticum en 1678. On y voit le corbeau, le lion, des arbres, des sphĂšres prĂ©sents dans la sĂ©rie mais elle comprend surtout deux Ă©lĂ©ments essentiels du mandala 152.

Tout d’abord, on trouve, tout au centre du cercle cosmique, un triangle, la base vers le bas, contenant le signe du Mercure philosophal qui symbolise aussi la Pierre. Ce triangle est au centre, le lieu oĂč se concentrent les contraires.

C’est en un lieu central identique que la RĂȘveuse va devoir inscrire la Parole qui reprĂ©sente la Pierre, une  Pierre qu’elle “ savait ” et portait en elle depuis le dĂ©but. Elle donne ainsi vie Ă  cette citation de l’un des plus anciens textes alchimiques Ă©crits en arabe, le Rosinus ad Sarratantam qui se trouve dans Artis auriferae.

“ Cette pierre est quelque chose qui est davantage fixĂ©e en toi qu’ailleurs, crĂ©e par Dieu, et toi, tu es son centre mĂȘme et elle est extraite extraite de toi et quoi que tu sois, elle demeure insĂ©parable de toi (…)

Et de mĂȘme que l’homme est fait des quatre Ă©lĂ©ments, de mĂȘme la pierre, qui est elle aussi exhumĂ©e de l’homme par le travail. Elle est extraite de toi par division. Et elle demeure insĂ©parable de toi par la connaissance. (Autrement dit), elle est fixĂ©e en toi : dans le Mercure du sage, tu es sa veine mĂȘme, c’est Ă  dire qu’elle est enfermĂ©e en toi et que tu la gardes secrĂštement. Et elle est extraite de toi lorsqu’elle est rĂ©duite (Ă  son essence) et dissoute par toi. Car sans toi elle ne peut se rĂ©aliser et sans elle tu ne peux vivre, si bien que la fin et le commencement se font face mutuellement.”

Tout le but du processus d’individuation est rĂ©sumĂ© dans cette citation : retrouver ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ , mais que nous avions perdu.

LumiÚre de la Nature et voie lactée.

Autre Ă©lĂ©ment trĂšs important : Pour que soit possible l’acte de projection qui suit la fixation, pour employer des termes alchimiques, une Ă©nergie est nĂ©cessaire. Elle est reprĂ©sentĂ©e sur une autre partie de l’illustration, en bas Ă  droite.  Il y a, lĂ  aussi, des ressemblances avec le mandala  de la RĂȘveuse.

On voit jaillir l’Ă©nergie de la poitrine de la femme nue tenant une grappe de raisins dans la main. Il faut y ajouter l’homme nu de l’autre cĂŽtĂ©, ces deux Ă©lĂ©ments rĂ©unis symbolisant la Nature. Le rayon lumineux est une allusion Ă  la LumiĂšre de la Nature se diffusant sous la forme de la voie lactĂ©e. Dans lactĂ© il y a le lait comme c’est aussi le cas dans l’illustration ci contre.

Pour que l’action dĂ©cisive puisse ĂȘtre effectuĂ©e par la RĂȘveuse, malgrĂ© l’angoisse que provoque chez elle la voix grondante de l’inconscient, et que se produise cette projection, tout Ă  fait comparable Ă  la projection alchimique, il faut qu‘advienne un moment parfait d’acceptation issu de la coopĂ©ration de l’ĂȘtre conscient et de l’inconscient.

La conjonction aura lieu, puisque le résultat de la projection lui procurera un grand apaisement.

Ce moment d’harmonie n’a pas pour origine un acte dĂ©libĂ©rĂ© issu de la volontĂ©. Il s’agit plutĂŽt d’un phĂ©nomĂšne spontanĂ© de lĂącher prise, permettant le dĂ©nouement d’une situation de crise de la conscience qui paraissait impossible Ă  rĂ©soudre parce qu’issue de rĂ©gions de la psychĂ© Ă©chappant Ă  la cognition. Le mandala possĂšde, ainsi, une double fonction : entrouvrir une porte sur l’inconnu et montrer la force de la facultĂ© crĂ©atrice de la psychĂ©.

Il faut ajouter que ce mouvement de projection vers le centre, oĂč se situe le mot AMOUR sur notre croquis, est aussi un mouvement de retour vers la Source, Ă©voquĂ©e au rĂȘve 65. C’est ce que Jung appelle une Ă©nantiodromie.

RĂȘve no 65 : l'afficher

Un dĂ©nouement heureux mais ….

Le rĂȘve mandala final 152 (voir ci-dessus) se prĂ©sente donc comme le lieu d’un dĂ©nouement heureux et d’une harmonie retrouvĂ©e.

On y voit la RĂȘveuse rĂ©conciliĂ©e avec une Nature s’exprimant par l’intermĂ©diaire de ce corps, de cette incarnation, si longtemps mĂ©prisĂ©e. C’est, en effet, du centre de sa poitrine qu’elle projette la lumiĂšre.

Elle est, au mĂȘme moment, rĂ©conciliĂ©e avec un ternaire masculin si fortement symbolisĂ© par le triangle, qu’il faut absolument y ajouter le quatriĂšme Ă©lĂ©ment central, Ă©lĂ©ment nĂ©cessaire Ă  la RE-prĂ©sentation de la conjonction entre le masculin et le fĂ©minin.

On assiste aussi Ă  une matĂ©rialisation, sur le plan onirique, de la rĂ©ussite de l’effort de coopĂ©ration entre la conscience et l’inconscient : par l’intermĂ©diaire de l’écriture, le contenu du noyau central de signification advient Ă  la visibilitĂ© de la RE-prĂ©sentation.

De plus, il ne faut pas oublier que le mandala a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© par la concentration harmonieuse, dans l’image de la vision 150, et dans le mandala final lui-mĂȘme, de l’essentiel des Ă©mergences de la symbolique alchimique. Enfin, n’oublions pas que la joyeuse fĂȘte des corps est,  enfin, cĂ©lĂ©brĂ©e par la RĂȘveuse et son mari au rĂȘve 151.

RĂȘve no 151 : l'afficher

Tous les Ă©lĂ©ments importants de la sĂ©rie semblent donc concourir Ă  une sorte d’aboutissement harmonieux du travail effectuĂ© par le quatuor Conscient-Inconscient, RĂȘveuse-Analyste.

On pourrait alors s’attendre Ă  ce que l’inconscient soit satisfait et considĂšre que son discours onirique a Ă©tĂ© bien compris.

Ce serait oublier que les moments de spontanĂ©itĂ© subjuguante qui fulgurent dans les grands rĂȘves sont Ă©phĂ©mĂšres.

Ce serait aussi perdre de vue l’existence d’une autre dimension : la dimension spirituelle que la RĂȘveuse a quelque peu nĂ©gligĂ©e en se contentant d’un dieu quotidien sans aucune dimension cosmique. Ce dieu n’est pas celui de l’inconscient collectif qui, tout en apprĂ©ciant le Oui Ă  la vie de la RĂȘveuse, va rĂ©clamer un nouveau geste significatif.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thĂšse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.