C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

NĂ©cessitĂ© d’une transformation de la personnalitĂ©

Le matĂ©riau onirique de la première partie de la sĂ©rie de rĂŞves demande Ă  ĂŞtre transmutĂ©. L’analyste va avoir un rĂ´le important dans ce travail.

Évolution du travail

Dans la dernière partie de ces écrits, à partir des songes qui suivirent la rencontre de la Rêveuse avec l’analyste, nous allons maintenant, tout en continuant à observer l’épanouissement des thèmes alchimiques, tenter de donner une idée plus générale de la diffraction des lignes de force du discours du rêve. Nous essaierons, aussi, de mettre en évidence leur rôle dans l’édification d’une certaine forme de RE-présentation de la totalité.

Le cheminement vers la totalité nécessite une ouverture de la frontière conscient-inconscient et cette ouverture n’est pas sans dangers. Elle engendre fréquemment des désordres dus à la situation d’unilatéralité provoquée par la prédominance de l’une des polarités. Les plus graves conséquences surviennent si le potentiel énergétique de l’inconscient est trop puissant. Il est, en effet, essentiel que les forces de cohésion, qui structurent et garantissent la stabilité de l’organisation du Moi conscient, demeurent intactes.

L’interprétation alchimique d'une série de rêves
Elle fait l’objet des textes “RĂŞves et alchimie” dont nous vous recommandons la lecture.

C.G.Jung et la fonction transcendante

Jung a dĂ©terminĂ© une fonction susceptible de maintenir l’équilibre et d’aider Ă  la progression de la coopĂ©ration entre les pĂ´les opposĂ©s. Il a donnĂ© le nom de fonction transcendante Ă  ce système d’interaction conscient-inconscient, dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans une page intitulĂ©e : Le dialogue avec l’inconscient.

Rappelons les termes employés par Jung dans L’Âme et le soi :

”La tendance de l’inconscient et celle du conscient sont en fait les deux facteurs qui constituent la fonction transcendante. On l’appelle transcendante parce qu’elle permet le passage organique d’une attitude à une autre, c’est à dire sans perte de l’inconscient.” (p.157)

On doit se souvenir que cette fonction, qui va être le moteur de l’évolution de la Rêveuse au cours de la seconde partie de la série, sous-entend une forme d’acceptation consciente des contenus de l’inconscient. Cette acceptation est à l’origine de modifications réciproques induites par la relation conscient-inconscient.

La fonction transcendante permet un passage constructif d’une attitude de méfiance à la reconnaissance du côté compensateur et enrichissant des apports oniriques de l’inconscient. Une confrontation des points de vue, et l’accord sur ce que Jung appelle une base moyenne, rendent possible une progression animée par une tension énergétique. Au cours de cette progression, chacun des points de vue, souvent opposés, de l’inconscient et du conscient, peuvent se conjuguer tout en conservant leur valeur propre.

Le rĂ´le de l’analyste

L’analyste mĂ©diatise la fonction transcendante du rĂŞveur en l’aidant Ă  interprĂ©ter l’expression symbolique du discours du rĂŞve. Il l’accompagne dans son cheminement vers une rĂ©union du conscient et de l’inconscient qui est gĂ©nĂ©ratrice d’une nouvelle attitude, Ă  la fois sur le plan psychique et sur le plan de la rĂ©alisation pratique.

L’autonomie et l’organisation du Moi, centre de la conscience, doivent être protégés alors que la persona, son habillement extérieur, peut subir sans trop de dommages de profondes transformations.

La matière première qui se présentait, dans la première partie, d’une manière chaotique entraînant la confusion et des risques de dissociation, demande à être transformée.

Pour cela, la Rêveuse va devoir repasser par les différentes phases de l’opus alchimique et lier ensemble l’Œuvre de la Nature et l’Œuvre de la Pensée. Elles ont été dissociées par un Moi conscient ayant refoulé vers l’inconscient ce qui concernait son enracinement premier dans la Nature. C’est seulement ainsi que la Rêveuse pourra entamer le processus de réappropriation de son être total et s’ouvrir à toutes les dimensions, y compris celle de la divinité.

Transmutation de la personnalité

Il s’agit, au cours du travail que la Rêveuse doit effectuer sur elle-même à partir des données fournies par l’inconscient, d’opérer une véritable transmutation, une métamorphose de la personnalité.

Cette élaboration explique que la série, si on la regarde sous un certain angle, ressemble à une gestation, apportant chez la femme des transformations biologiques aboutissant à la naissance d’un enfant. Naissance qui va se produire chez la Rêveuse, une première fois d’une manière que l’on pourrait qualifier d’obstétrique, et une seconde fois sous une forme symbolique.

Cette transmutation offre de troublantes ressemblances avec le processus alchimique tel qu’il est exposé par les Philosophes de la Nature. Les traités décrivent des phases de mort et de renaissance, liées à des moments de conjonction. Ces phases présentent des similitudes avec l’exercice de la fonction transcendante. En effet, l’abandon de la suprématie de l’un ou l’autre terme, au profit d’un nouveau point de vue où les contraires copulent, est une mort provisoire à l’origine d’une renaissance.

Rappelons que le terme copulation selon Pernety dans son Dictionnaire Mytho-hermétique (p. 89) signifie :

“mélange du fixe et du volatil que les Adeptes appellent mâle et femelle.”

La copulation, puis la renaissance, sont généralement suivies par un autre cycle de putréfaction et de mort d’où sortira un nouvel enfant philosophique.

C.G. Jung et les mouvements spiraliques

Ces mouvements, que Jung qualifie de spiraliques, sont comparables à l’évolution de la structure psychique se produisant au cours du processus d’individuation ou, pour être plus précis, au cours d’une phase de ce processus.

Il apparaît, en effet, qu’une première phase progressive, concerne la construction de la conscience du Moi. La phase qui nous intéresse ici, peut être qualifiée de “régressive”, car elle opère un mouvement de retour vers l’ensemble de l’arrière plan inconscient, jusqu’aux racines biologiques, et consiste en l’intégration, par le Moi, de ces fondements inconscients.

Ce travail demande une coopération, entre le Moi et l’inconscient.  Cette coopération présente des concordances avec le dialogue de l’Artiste et de la Nature, titre du chapitre V de l’ouvrage de Françoise Bonardel : Philosopher par le Feu .

Les alchimistes et la Nature

Cette Nature à laquelle se référent si souvent les traités hermétiques interroge le philosophe qui va nous demander : de quelle Nature parlez-vous, quel est votre concept de la Nature ? Interrogation fondée, pour nous, mais qui n’avait pas de raison d’être pour les alchimistes. Comme l’écrit Françoise Bonardel  à la p.38 de Philosopher par le feu :

“Au philosophe constatant fort légitimement que les alchimistes ne se soucièrent pas véritablement d’argumenter, il faudrait rappeler que l’existence même de la Nature n’avait à leurs yeux nullement besoin d’être démontrée, mais semblait plutôt appeler certaine monstration de ses opérations secrètes et beautés, dont l’Œuvre philosophal tenta justement d’orchestrer l’étrange théâtralité.”

De plus, pour les Philosophes de la Nature, la réalité était une.

Ils se représentaient une sorte d’absolu divin dont les manifestations descendaient, progressivement, jusqu’à la matière. Le microcosme et le macrocosme comportaient les mêmes éléments, à la fois matériels et spirituels, le tout étant une question de dosage. Esprit et matière se trouvaient ainsi intimement liés. Mais la densité du matériau de l’Œuvre était telle que la tâche de l’alchimiste très chrétien consistait, en quelque sorte, par d’incessantes purifications et distillations, à libérer l’âme divine, prisonnière des éléments matériels.

Le but ultime, sans cesse visible à l’horizon et jamais atteint, n’était pas l’élimination de la matière, mais le retour à un mélange parfait, nous dirions à la Totalité. En langage psychologique, Jung appelle cette démarche le processus d’individuation.

Vers la réalisation de son Soi

Le processus d’individuation fait d’un individu donné :

“l’’être que, une fois pour toutes, et en lui-mĂŞme il doit ĂŞtre” (Dictionnaire Mytho-hermĂ©tique, p. 117.)

Il permet à cet individu d’atteindre son unicité par un mouvement de centroversion vers un lieu où se concentrent, en un mélange comparable au mélange parfait des alchimistes, la totalité des contenus du conscient et de l’inconscient. Jung donne cette définition de la voie de l’individuation  à la p.115 de Dialectique du moi et de l’inconscient :

“La voie de l’individuation signifie : tendre Ă  devenir un ĂŞtre rĂ©ellement individuel, dans la mesure ou nous entendons par individualitĂ© la forme de notre unicitĂ© la plus intime, notre unicitĂ© dernière et irrĂ©vocable, il s’agit de la rĂ©alisation de son Soi, dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle Ă  toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’”individuation”par “rĂ©alisation de soi-mĂŞme”, “rĂ©alisation de son Soi”.”

Atteindre l’individuation serait, ainsi, rentrer en possession de sa propre totalité unifiée, là où se résorbe l’antagonisme entre le conscient et l’inconscient.

Notons que Jung parle d’une voie, de tendre vers. C’est le cheminement qui est important. Le but, la totalité, est au-delà de toute possibilité de représentation. En effet, sa RE- présentation à la conscience ferait, aussitôt, éclater la totalité en dualité.

Il s’agit là d’une voie difficile, tout aussi problématique que la dernière phase du Grand Œuvre des alchimistes.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.