C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Parole et Ă©criture du rĂŞve

La très ancienne Parole que transmet l’inconscient s’exprime fortement dans les sĂ©ries mais elle doit aussi ĂŞtre Ă©crite par les rĂŞveurs.

 

La source d’Ă©mission de la Parole

Sur la ligne 2 expression consciente de nôtre schéma de diffusion des rêves la parole est un élément essentiel, en particulier dans la seconde partie de la série de la Rêveuse.

Voir le schéma des rayons de signification des rêves

Il est d’abord suggéré, puis dit de plus en plus fort, qu’il faut non seulement dire, mais aussi écrire, cette Parole qui, avec une force comparable à celle de la parole divine biblique, vibre à tous les niveaux pour harmoniser la mélodie propre à la Rêveuse avec l’ensemble du grand orchestre de la Totalité.

La Parole ne se trouve pas transportée dans les bagages, grosses valises et sacs divers, probablement remplis de livres, que la Rêveuse trimballe des débuts de la série jusqu’au moment où ils deviendront prétexte à un amusement érotique dans le rêve d’aboutissement no 151.

RĂŞve no 151 : l'afficher

Dans ces divers contenants, on trouve des mots, une culture, des symboles mais cette Parole est beaucoup plus ancienne que le bagage intellectuel de la RĂŞveuse. Le lieu d’Ă©mission semble indiquĂ© par une première intervention de la Grande Voix vers la fin de la première partie de la SĂ©rie. Le rĂŞve (65) est très bref :

“UNE VOIX dit Ă  la RĂŞveuse : il y avait la source”

Un programme de travail analytique

Une indication d’itinĂ©raire a Ă©tĂ© donnĂ©e sur le sentier chaotique tracĂ© par la Nature dans la partie des rĂŞves oĂą la RĂŞveuse Ă©tait seule face aux productions de l’inconscient. Elle est dorĂ©navant aidĂ©e par l’analyste.

Il va falloir, dans ce nouveau contexte, se remettre Ă  la tâche. En effet, dans le dernier rĂŞve avant la rencontre avec l’analyste (RĂŞve no 74) la RĂŞveuse contemple avec satisfaction du linge bien propre et repassĂ©.

Le premier rêve après ce contact (Rêve no 75) est le suivant :

“On dit, plusieurs fois, avec insistance, Ă  la RĂŞveuse que ” il ne s’agit pas de repasser mais de retâcher”.

C’est tout un programme de travail analytique !

Voir les rêves de la série de la rêveuse

Le cheminement vers la Parole

Le fait de repartir pour un voyage vers la Parole est annoncé par le rêve no 84 où il est dit à la Rêveuse :

“On va te faire une chanson paroles et musique”.

RĂŞve no 84 : l'afficher

Nous reviendrons sur l’importance de la musique. Notons, pour le moment, que les forces de l’inconscient, dirigées par le Soi, sont mobilisées dans le but de favoriser l’émergence d’une Parole qui est vitale pour l’équilibre de la psyché de la Rêveuse.

La Rêveuse est appelée à dire pour exprimer clairement son désir très profond, désir qui fait peur au Moi, de révéler ce qui est vraiment.

La coopération avec l’inconscient est assurée à la fin du rêve no 95. En effet, elle va, pleine de respect, demander à une très vieille femme, image de la Nature ou du Soi selon les lignes de signification considérées, d’interpréter son rêve.

RĂŞve no 95 : l'afficher

Au rêve no 99, la Rêveuse manifeste, par l’intermédiaire de son songe, un besoin d’expression consciente quand elle dit : C’est mieux de donner un nom. Cependant, ses efforts, probablement trop intellectuels, conséquence d’une unilatéralité déjà observée chez le Rêveur, semblent ne pas satisfaire le Soi organisateur.

RĂŞve no 99 : l'afficher

Au rêve no 130, différentes composantes de la psyché tiennent conseil. Elles sont occupées à déterminer un degré de maturité concernant des fruits, dont on peut penser qu’ils sont très représentatifs des dons de la Nature.

RĂŞve no 130 : l'afficher

C’est alors que l’inconscient, lassĂ© de toutes ces arguties, emploie la Grande Voix :

“… une voix forte couvre les discussions et dit: Çà n’est pas compliquĂ©, on le sait.

Il est tout à fait vrai qu’elle le sait, et cela depuis toujours. L’homme, symbole du Soi, qu’elle avait rencontré au rêve no 50 de la première partie lui avait rappelé, au sujet d’une poissonnerie dont elle avait oublié l’existence :”Mais elle a toujours été là”.

RĂŞve no 50 : l'afficher

Ceci est en concordance avec les nymphes, elles aussi reliées à une symbolique de la Nature dans son expression antique, que le Rêveur semblait découvrir. Elles aussi disaient : “Nous avons toujours été là”.

Impatience de l’inconscient, rĂ©sistance du conscient

L’aveuglement de la RĂŞveuse provoque une rĂ©action de l’inconscient. Il faut aboutir maintenant que, avec l’aide de l’analyste, la fonction transcendante peut agir. Le rĂ©sultat est une très vive impatience se manifestant par une voix qui rĂ©veille la RĂŞveuse en criant :  Il faut dire fort ! (RĂŞve no 138)

Un certain nombre de mouvements oscillatoires se produisent alors. Ils sont le reflet d’une résistance du conscient. Cette résistance, en partie justifiée, a pour origine la crainte du Moi d’être envahi par des forces trop puissante.

Cependant, le discours du Rêve qui a considérablement enrichi le conscient, en diffusant les contenus de l’inconscient sur l’ensemble des rayons issus du noyau central de signification, exige non seulement la Parole mais aussi l’Écriture, dont on sait l’importance pour la Tradition.

L’animus positif de la Rêveuse, représenté par l’enfant présent dans toute la série, est vivement sollicité. L’ensemble des forces psychiques lui répète avec insistance : Tu dois écrire, tu dois écrire. (Rêve no 148)

RĂŞve no 148 : l'afficher

Après la belle vision no 150, qui, pour nous, correspond à la vision de l’Horloge du Monde du Rêveur, on pourrait croire à un moment de réalisation complète de la coopération entre le conscient et l’inconscient.

Vision no 150 : l'afficher

Or, il s’agit uniquement d’une ligne de diffusion, sur laquelle nous reviendrons, concernant le processus alchimique. Ce processus se poursuivra plus nettement, et surtout d’une manière plus efficace, dans la seconde partie de la série.

Dramatique affrontement entre la RĂŞveuse et la Grande Voix

C’est au moment du rêve no 152, le second mandala, que se situe, dans une ambiance dramatique, un affrontement dont les héros sont la Rêveuse elle-même et la Grande Voix.

RĂŞve no 152 : l'afficher

Elle est arrachée à sa contemplation fascinée d’une vision grandiose et esthétique par la voix forte qui tonne : écris le, écris le ! Ces mots sont répétés plusieurs fois par une voix grondante. Quelque chose en elle est alors paralysé comme ce serait le cas pour une personne ayant le vertige et devant accepter de plonger dans le noir sans savoir où se situe le fond.

Le Moi, Ă  l’Ă©tat de veille, est prĂ©parĂ© Ă  cette idĂ©e mais il est aussi conscient du danger d’aspiration que reprĂ©sente une ouverture complète Ă  l’inconscient. Cependant, dans le monde onirique, la RĂŞveuse doit accepter une action qui correspond Ă  une nĂ©cessitĂ© vitale.

Cette action  est nécessaire pour que se produise le mouvement de retour vers le centre des forces conscientes alimentant l’inconscient collectif. Cette nécessité d’ouverture sera confirmée par la dernière injonction de la série  au rêve 153 : ouvre toi .

Ce sont toutes ses forces psychiques et corporelles qu’elle doit concentrer pour écrire la Parole.

Le conscient a besoin de l’Ă©criture

Cette action ne peut se faire que grâce à l’expression consciente se manifestant au niveau le plus élaboré : l’écriture.

Le rayon expression consciente est, comme tous les autres, en connexion avec l’ensemble des lignes de signification mais il ne prend, cependant, tout son sens et ne peut avoir une possibilité d’intégration dans la vie pratique, que si certaines conditions sont réunies.

Le conscient a besoin d’entendre une parole ou de voir un texte écrit. Ceci explique, d’ailleurs, la nécessité de la présence de scénarios proposés par les rêves.

Au niveau que l’on peut considérer comme le plus superficiel, et en même temps le plus efficace, des manifestations de l’inconscient, la série de rêves doit raconter une histoire. C’est seulement ainsi, même si le récit est quelque peu burlesque et décousu, que le conscient peut prêter attention au discours de l’inconscient.

Le rĂŞveur ne comprend que ce qui se rattache Ă  du connu

Le questionnement sur le sens des formes ou des symboles viendra après l’intérêt accordé à un rêve qui doit, avant tout, intéresser le rêveur et, surtout, lui parler de ses problèmes personnels.

L’expression symbolique dépasse pourtant, de beaucoup, les allusions aux problèmes personnels des rêveurs. Elle véhicule des éléments empruntés à un inconscient collectif bien plus vaste que ce que peut contenir le conscient. Elle transpose, en utilisant des objets ou des situations de la vie quotidienne, des symboles vivants, au sens où l’entend Jung . Ces symboles sont issus d’une très ancienne relation à la Nature, de mythes, de religions, ou encore, de contenus hermétiques.

Les Re-présentations du contenu de l’inconscient collectif qui se présentent dans les rêves n’auraient aucun sens si elles n’étaient pas enregistrées par le conscient et ramenées au domaine du reconnaissable parce que connu.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.