C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Parole du dieu des profondeurs

L’inconscient profond, enracinĂ© dans la Nature, demande la mort du dieu personnel.

Une parole d’exigence et de questionnement

La Parole qui termine cette série et inaugure certainement une nouvelle vague de productions de l’inconscient est une Parole d’exigence et de questionnement. Elle rappelle celle des prophètes et nous conduit à donner une interprétation quelque peu mythique, si ce n’est mystique, des derniers rêves de notre série de la Rêveuse.

Ce dernier rĂŞve de la sĂ©rie qui est une vĂ©ritable interpellation d’un inconscient très profond est le suivant :

“La RĂŞveuse est rĂ©veillĂ©e par une voix forte qui dit : “Si oui, transcende ton Dieu et ouvre-toi”. Cette voix sera prĂ©sente toute la journĂ©e suivante.”

Nous pensons que ce fut, non seulement la journĂ©e suivante mais pendant longtemps après qu’elle fut interpellĂ©e par cette parole.

Il s’agit de l’exigence, exprimée par la Grande Voix, que soit effectué un constat au sujet de la réponse donnée au Oui inconditionnel à la totalité que demande le processus d’individuation.

Les rayons de significations issus du mot AMOUR ont-ils été tous reçus et intégrés par la Rêveuse au niveau conscient ? La question est posée puisque le préalable à l’ouverture est un Oui précédé d’un “Si” interrogateur.

Voir le schéma des rayons de signification des rêves

Le soleil alchimique et son ombre

La Rêveuse a-t-elle laissé la Nature oubliée s’exprimer à nouveau par une entière acceptation de son incarnation ? A-t-elle compris que seule la coopération avec un autre permet de progresser sur le chemin ? A-t-elle supporté d’amener à sa conscience toute la part d’ombre sans laquelle l’Œuvre ne peut s’accomplir, comme le supposaient intuitivement les alchimistes quand ils disaient :

“ Le soleil et son ombre achèvent l’œuvre. “

Ces mots sont le titre de l’illustration de notre page. Il s’agit de l’emblème XLVde l’Atalante fugitive de Michel Mayer. La traduction de l’épigramme est la suivante :

”Le soleil, clair flambeau du pôle, ne peut vaincre

La densité des corps : une ombre à l’opposé

demeure. Elle est la plus vile des choses

Et pourtant l’astronome en tire maint profit.

Mais le Soleil avec son ombre fait aux Sages

Un don meilleur : il achève l’œuvre de l’or.”

La RĂŞveuse doit prendre des risques mortels

La Rêveuse a-t-elle pris des risques, entre autres le risque de tout perdre, y compris son identité, pour laisser l’Amour s’exprimer en elle ? Et surtout, son Oui à Dieu a-t-il été un Oui à une Totalité transcendante, dépassant la cadre de la représentation ? On peut se poser la question et elle est posée.

Elle est invitée, par cette voix forte, à cheminer vers une nouvelle élaboration d’un cadre satisfaisant, cadre destiné à accueillir la RE-présentation d’une autre dimension de la totalité incluant une divinité plus vaste que l’image issue de la culture et de la conscience familiale ou collective.

Il s’agit d’un but inatteignable si ce n’est peut-être, comme le pensait Jung, par l’ultime conjonction que représente la mort. Semblable en cela au moment où commence une nouvelle phase du processus alchimique, cette voie demande une consumation de l’être ancien et un dépassement des valeurs acquises équivalents à une mort, au sens que lui donnait Nietzsche  dans Ainsi parlait Zarathoustra  (Des voies du créateur, p.149,151)

“Il te faudra te consumer Ă  ta propre flamme ; comment naĂ®trais-tu Ă  nouveau si tu ne t’étais d’abord consumĂ© ?” (…)
“J’aime l’homme qui veut crĂ©er ce qui le dĂ©passe, et qui en pĂ©rit.“

La mort du dieu personnel

C’est, en effet, une mort, que demande l’inconscient après s’être interrogé sur la validité du Oui de la Rêveuse.

Il lui demande la mort de son dieu, ce qui représente une sorte de calcination spirituelle.

Il va lui falloir se transformer en un désert aride. Ce sera nécessaire pour que les forces de la Nature animées par ce que, faute de mots adéquats, nous appellerons un Esprit Cosmique, versent dans cette ouverture, ce vase qu’elle est invitée à devenir, l’eau de la Source de Vie.

C’est là, au sein de ce Cratère, que devrait s’accomplir le processus d’individuation intégral, le mélange de tous les éléments de la Totalité, et le retour à une unité,  sans nom et sans visage,  à laquelle elle pourrait s’intégrer en toute conscience. Mais ceci ne pourrait advenir que par une forme d’”Amour” que même Jung n’osait penser et que seule l’imagination onirique pouvait proposer, prenant ainsi une dimension mythique.

Comme Jung nous pensons que l’on ne peut parler de l’inconnaissable, seulement le pressentir.

Jung pense qu’on ne peut Ă©chapper Ă  l’image de Dieu

”L’Œuvre consciente” que la Rêveuse a accomplie, en collaboration avec l’inconscient, nous a permis de cheminer en leur compagnie en direction de l’autre côté de la psyché humaine. Ce cheminement appelle une réflexion et un bilan au sujet de ce que l’on pourrait qualifier de pédagogie de l’inconscient.

Il nous faut d’abord revenir Ă  Jung qui se voulait pragmatique et pensait que l’important est ce qui se passe dans la vie de celui qui reçoit les rĂŞves. Il considĂ©rait comme un problème essentiel et incontournable de l’homme la relation personnelle Ă  un divin dont il pensait qu’il Ă©tait une très puissante reprĂ©sentation archĂ©typique.

Il avait fait inscrire au-dessus de la porte de sa maison : “ Vocatus atque non vocatus deus aderit “, ce qui signifie : appelé ou non appelé, le dieu sera là. Cela signifiait, dans son esprit, qu’il est impossible d’échapper à l’image de Dieu et que, même si elle est oubliée ou refusée au niveau conscient, elle va ressurgir dans les rêves, les visions et les imaginations.

Il ne s’agit pas, en cela nous suivons toujours la dĂ©marche jungienne, de s’interroger sur l’existence ou la non-existence d’un Dieu sur laquelle on ne peut scientifiquement rien dire. On peut seulement constater que l’on se trouve en prĂ©sence d’une idĂ©e reposant, comme il l’Ă©crit dans sa Correspondance sur :

“des données archétypiques préexistantes qui, par nature, correspondent à l’instinct” (IV,p.204).

Ces données archétypiques sont à l’origine d’une attitude psychique et de l’élaboration d’une pensée symbolique.

Si on franchit la frontière de la rationalité, on tombe alors dans les domaines, invérifiables, de la foi et de l’expérience religieuse. Ces domaines qui, pour Jung que nous suivons volontiers sur cette voie, relèvent de la vie de l’âme et sont un immense trésor pour ceux qui les possèdent et engendrent, aussi, un sentiment d’incomplétude chez ceux qui en sont privés.

Acquisition de la conscience et idée de Dieu

Nous pensons que, même si l’idée de Dieu relève de comportements archétypiques instinctuels très anciens, il s’agit surtout d’un concept directement lié au fonctionnement mental et à l’acquisition de la conscience. Sur un fonds immémorial se sont édifiés des formules, des signes et des symboles qui ont résisté à l’épreuve du temps tout en se diversifiant.

Comme pour la coopération amoureuse, l’Homme, animé à la fois par la crainte et l’amour, aspire à une relation.

Il s’agit, à ce niveau du désir, de communiquer avec une puissance lointaine et invisible à laquelle il adresse des demandes. Progressivement, grâce aux expériences accumulées de l’humanité, il a reçu des réponses, par l’intermédiaire de mythes permettant une représentation vivante de l’image de Dieu. Tellement vivante, qu’elle est indispensable à la totalité psychique et que, pas plus qu’on ne peut prouver sa réalité, on ne peut démontrer sa non existence.

Jung, dans Ma vie (p.386,387) nous fournit, grâce au texte suivant, un solide appui :

“On a satisfait au besoin de l’expression mythique quand on possède une reprĂ©sentation qui explique suffisamment le sens de l’existence humaine dans le cosmos, reprĂ©sentation qui parvient de la totalitĂ© de l’âme, autrement dit de la coopĂ©ration du conscient et de l’inconscient.”(…)

Aucune science ne remplacera jamais le mythe, jamais un mythe ne pourra naître d’aucune science. Ce n’est pas “Dieu” qui est un mythe, mais le mythe qui est la révélation d’une vie divine dans l’homme. Ce n’est pas nous qui inventons le mythe, c’est lui qui nous parle comme “verbe” de Dieu”.

“Le “Verbe de Dieu vient à nous et nous n’avons aucun moyen de distinguer si et comment il est différent de Dieu. De ce Verbe il n’est rien qui ne nous soit connu et ne soit humain, sauf la circonstance qu’il surgit spontanément devant nous et qu’il nous prend sous sa domination.”

NĂ©cessitĂ© de l’incarnation de l’archĂ©type divin

La puissance de l’archétype divin exige une représentation archétypique, dont l’image est tellement prégnante dans la conscience collective qu’à certains moments arrive un être remarquable qui l’incarne.

Ce fut le cas pour le Christ qui, même de son vivant, fut ressenti, par le cercle de ses proches, comme un Homme-Dieu. Il devint ensuite un archétype vivant, porteur chez les hommes des visions du Soi, et chez les femmes de celles de l’animus positif. Le lien relationnel, à cette époque, était fondé sur des récits considérés comme authentifiés. On pouvait trouver quelqu’un qui avait un ancêtre dont on disait qu’il avait rencontré le Christ, ou un de ses apôtres.

Le symbole vivant a ensuite perdu de son éclat, de sa qualité émotionnelle, et c’est ainsi que, siècle après siècle, “Dieu est mort”, comme le disait Nietzsche. Il est, alors, progressivement, revenu à sa forme archétypique inconsciente.

Cependant, au moment où se produit un obscurcissement de la conscience, et où l’ illustration vieillie du dieu demande à être renouvelée, en particulier quand le dogme se fait trop pesant, il réapparaît dans les rêves. Il se RE présente sous la forme d’images d’enfance oubliées, de préoccupations religieuses, de personnages divins, de représentations du Soi.

Il s’agit là de représentations propres à satisfaire un Moi conscient qui ne s’intéresse qu’à son histoire personnelle. Cependant, la psyché objective qui ne se préoccupe pas des anecdotes et dont la dynamique s’enracine dans la Nature, poursuit son projet comme cette même Nature poursuit le sien.

Pour nous, l’enseignement de l’inconscient, tel qu’il se manifeste dans cette série de rêves, faite de gestations et d’accouchements, aboutissants à un ultime appel d’ouverture de la matrice à une autre dimension, est un ré-apprentissage de l’Amour en ses multiples manifestations.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.