C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Le grand orchestre de la Totalité

Il est nécessaire de retrouver la note si particulière que nous jouons dans le grand orchestre de la Totalité. Les séries de rêves sont un moyen de la diffuser vers la conscience.

La perte de la relation Ă  la Nature

Que s’est-il donc passĂ© ? Nous avions, Ă  l’époque des Alchimistes Philosophes, l’idĂ©e d’une Nature Ă  la fois omniprĂ©sente, animĂ©e par la divinitĂ© et susceptible de voir ses qualitĂ©s augmentĂ©es par l’Art.

Pourquoi est-elle  devenue une Autre du Moi ?

Pourquoi a-t-elle été contrainte de se réfugier souterrainement jusqu’à l’inconscient le plus profond pour n’émerger qu’au moment où la conscience abaisse ses défenses, le domaine onirique étant un lieu privilégié de cette émergence ?

Une partie de la rĂ©ponse nous est donnĂ©e par l’article “Repenser la Nature” dans les Études PhĂ©nomĂ©nologiques (N° 23, 24, p. 179) que Franck Tinland consacre Ă  la possibilitĂ© d’un renouveau de l’idĂ©e de Nature.

Après avoir montré comment, dans l’espace ouvert par le rasoir de l’idée claire et distincte  cartésienne, s’est installé l’oubli confortable d’une philosophie de la Nature, remplacée par une philosophie conduisant à une dénégation de la vie, il procède à la reconnaissance d’une spécificité locale de ce qui peut être considéré comme Nature :

“Celle-ci est signifiĂ©e par l’usage du mot “nature” lorsque par lui nous dĂ©signons ce en quoi nous naissons, croissons, vivons et mourons, et qu’en mĂŞme temps nous hĂ©ritons…”

 Cette dĂ©finition et celle qui suit ont Ă©tĂ© pour nous une source d’inspiration :

“Au sein de L’Univers tel que nous le connaissons, la Nature se présente donc comme une singularité régionale, locale, caractérisée par des modalités spatio-temporelles de différenciation et de constitution de “noyaux” complexes. Ceux-ci intègrent dans un ordre qui leur est propre un grand nombre de constituants et, simultanément, se présentent comme des foyers unitaires de relations et d’échanges réglés avec ce qui les entoure, reproduisant à tout instant leur différence, et donc leur identité, par rapport avec ce qui les entoure.”

Noyaux et archétypes

Dans une perspective jungienne, on ne peut s’empêcher de trouver une résonance entre les archétypes de l’inconscient collectif et les noyaux centraux de signification des séries oniriques développant des réseaux d’interaction multiformes qui ne sont pas une simple juxtaposition mais une participation entre le dedans et le dehors .

Le dehors est tout ce qui est autour, c’est à dire la Nature en ses multiples différenciations en êtres naturels tels que pierres, plantes, animaux écosystèmes … Là aussi, comment éviter d’envisager, dans la perspective qui est la nôtre, une prolongation de cette pensée du dedans et du dehors jusqu’à la relation entre un Moi, ou dedans, baignant dans le flux d’un inconscient collectif, ou dehors.

L’Homme ne peut ressentir la totalité de ces interflux entre intérieur-extérieur, conscient-inconscient. Il souffre d’un phénomène d’opacité de la pensée, qui rend impossible la représentation unitaire de deux phylogenèses aux racines communes : celle de la matière et celle de la psyché. On se retrouve, comme l’écrit Franck Tinland, devant :

“l’énigme impensable entre deux régimes d’existence sans médiation intelligible”.

Nous espĂ©rons apporter un dĂ©but d’issue Ă  cette aporie, en Ă©voquant la possibilitĂ© que la “suture impensable” puisse devenir pensable, Ă  la faveur d’une Ă©coute consciente du discours de l’inconscient, s’exprimant, en particulier, dans les rĂŞves. En effet, ce discours ignore la nĂ©cessaire diffĂ©renciation qui s’est opĂ©rĂ©e entre Nature et PensĂ©e.

L’interprĂ©tation des productions de l’inconscient, avec l’aide de l’Art, comme le prĂ©conisaient les alchimistes philosophes, nous apparaĂ®t, ainsi que l’a enseignĂ© Jung, la seule voie de redĂ©couverte du fonds commun oĂą s’enracinent nos existences. Ce travail, cette Ĺ’uvre est le difficile cheminement de ceux  qui ressentent cette perte du lien avec la Nature et une nostalgie de la TotalitĂ©.

Noyaux et rapports entre inconscient et conscient

Nous nous inspirons à la fois du noyau central de signification de Jung et des noyaux complexes, en tant que foyers unitaires de relations et d’échanges, de Franck Tinland pour tenter de transposer ces conceptions de la nucléation aux rapports entre inconscient et conscient.

Il semble qu’une morphogenèse, on pourrait même dire une puissance de mise en forme, chacun ayant la liberté de choisir ce que sous-entend le terme puissance, engendre des formes vivantes. Nous espérons montrer que ce processus, sans qu’il y ait de césure, se continue sur le plan de la conscience et de l’imaginaire.

En effet, sur le chemin qui va de l’amour comme “dynamisme biologique pourvu de profondes racines” (cf.H.R.Maturana,F.J.Varela : L’arbre de la connaissance , p. 243) jusqu’à l’idĂ©e de Dieu, telle qu’elle Ă©merge de l’inconscient collectif Ă  la conscience en images et symboles, nous ne voyons pas oĂą se situe une frontière.

Il en est de même pour l’élaboration des formes produites par la Nature et celles que l’on voit s’édifier au long des séries de rêves.

On nous objectera qu’un cristal est du domaine du visible et la psyché du domaine de l’invisible. Nous répondrons, en paraphrasant Jung, que personne n’a jamais vu un neutron ou un quark et pourtant des théories très élaborées, considérées comme vraies par nombres de scientifiques, sont fondées sur leur existence.

Nature et psyché jouent dans le même orchestre

La Nature et la psyché ne sont pas des opposés.

L’âme, quel que soit le sens que l’on donne à ce mot, n’est pas prisonnière d’un corps qui lui serait absolument étranger. Au contraire, matière et psyché sont les instruments d’un même orchestre. Ils sont différents mais jouent ensemble la même symphonie, selon des règles communes.

Chaque membre de l’orchestre a sa tonalité. Le musicien joue sa note dès le moment de son premier souffle, qui est aussi son premier chant, avec une vibration qui n’appartient qu’à lui. 

Voir les rêves de la série de la rêveuse

Une perspective métaphysique conduirait à envisager la possibilité d’un noyau de signification qui serait unique mais s’exprimerait d’une manière différente selon les individus. Notre propos est plus démonstratif. Nous essayons de montrer, à partir de l’exemple d’une série de rêves, qu’un noyau central engendre d’une manière radiale divers axes de signification. Il s’agirait d’une sorte de pulsation, à l’origine d’un réseau pluridimensionnel, dont la totalité correspondrait à la forme-note propre au rêveur.

Pendant la première partie de la série, cette forme-note oubliée, complètement immergée au sein de l’inconscient collectif, perdue dans l’orchestre, se cognait au mur d’une conscience qui refusait de la RE-entendre. Les circonstances étant différentes, nous allons assister à une évolution dans la seconde partie.

C’est le travail d’ouverture de la frontière conscient-inconscient qui va favoriser la diffusion vers la conscience du contenu du noyau central de signification.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.