C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

La coopération amoureuse

Les relations Ă©rotiques dans les rĂŞves, les copulations dans les textes alchimiques, manifestent la nĂ©cessitĂ© d’une coopĂ©ration amoureuse dont les fondations reposent sur le biologique.

Les fondations biologiques

Dans les sĂ©ries de rĂŞves il semble que se construit progressivement, mĂŞme si ce n’est pas d’une manière linĂ©aire, un cadre rassurant. Ce cadre accueille les grands rĂŞves que Jung appelle des rĂŞves de mandalas.

Ce qui est moins rassurant, pour certains rêveurs, et nos deux sujets en sont la preuve, ce sont les manifestations de l’inconscient destinées à rappeler la très ancienne Nature oubliée.

Ces manifestations de la vitalité des lois d’une Nature refoulée par un conscient ayant donné une valeur exagérée à l’intellect, se situent sur la ligne 5 de notre schéma. Ce faisceau diffuse ce qui concerne la nécessité d’une coopération amoureuse dont les fondations reposent sur le biologique.

Voir le schéma des rayons de signification des rêves

La ligne coopĂ©ration amoureuse se prolonge en la ligne 6, l’idĂ©e de Dieu. Elle concerne la nostalgie d’une autre sorte d’amour, occultĂ© par la perte du sentiment religieux. Il s’agit de l’amour que l’homme porte Ă  un dieu considĂ©rĂ© comme l’objet d’exigence d’une forme de coopĂ©ration amoureuse faite de dĂ©sir, de crainte, et pour certains mystiques de recherche d’une fusion. Ce sera l’objet du texte suivant.

L’arbre de la connaissance

Le fait d’avoir choisi les termes coopération amoureuse pour caractériser un de nos rayons de significations est une conséquence directe de la lecture de l’ouvrage L’Arbre de la Connaissance de Maturana et Varela, évoqué à plusieurs reprises au cours de notre travail.

Ce livre conforte l’idée que la Nature, s’exprimant en un corps humain impliqué dans une dynamique de la totalité, ne peut manquer de s’exprimer, aussi, au niveau d’un inconscient dont les racines profondes participent de cette même Nature.

De plus, si l’être humain a acquis une conscience de soi, des capacités réflexives, des règles de vie en société, ce ne fut possible que parce que à côté du Moi il y avait le miroir du Toi.

Cet écrit des dernières pages de L’Arbre de la connaissance (p.242) est particulièrement inspirant :

“Quoi que nous fassions dans n’importe quel domaine, que ce soit concret (marcher) ou abstrait (réflexion philosophique), nous implique totalement dans le corps, puisque cela prend place à travers notre dynamique et nos interactions structurales. Tout ce que nous faisons est une danse structurale dans la chorégraphie de la coexistence. C’est pourquoi tout ce que nous avons dit dans ce livre n’est pas seulement une source d’exploration scientifique mais aussi une source de compréhension de notre humanité. Nous avons étudié la dynamique sociale, ce qui nous a amené à mettre en évidence un caractère ontologique fondamental de notre condition humaine, qui constitue plus qu’une simple hypothèse, le fait que nous avons pour seul monde celui que nous faisons émerger avec d’autres, et que seul l’amour nous y aide .”

Ces lignes sont essentielles, en particulier les deux dernières, et nous y reviendrons. Mais notre propos, pour l’instant, est de continuer à investir les différents niveaux de manifestation du processus onirique, s’exprimant dans la série de la Rêveuse.

La coopération amoureuse dans les rêves

 La RĂŞveuse, au rĂŞve 151, accomplira l’acte amoureux en se rĂ©jouissant enfin avec l’Autre que reprĂ©sente pour elle le masculin.

RĂŞve no 151 : l'afficher

On assistera pour cela à la transformation en objet d’amusement du sac contenant l’inconscient familial, l’accumulation des connaissances abstraites, la religiosité infantile, tout ce qui occulte l’ouverture vers la Nature oubliée.

Cet Autre était déjà là dès le premier rêve de l’ensemble de la série. Il s’agit du mari qui, assez présent au cours de la première partie, se voit ensuite souvent remplacé par le Compagnon ou un homme inconnu. Cependant, quand surviennent des songes participant à la progression vers une acceptation de la Nature, de la chair, de la conjonction entre le féminin et le masculin, il fait, alors, partie du scénario.

Voir les rêves de la série de la rêveuse

Un seul exemple suffira : au rêve 113, arrive un être féminin incertain moitié humain, moitié chat. Cet être a faim et soif et surtout besoin d’amour ….

RĂŞve no 113 : l'afficher

C’est ensemble que la Rêveuse et son mari vont combler ses désirs, jusqu’à ce que l’être incertain devienne un grand beau chat, mettant fin à l’ambiguïté et manifestant alors l’acceptation de sa condition animale.

Continuer le chemin en compagnie d’un Toi

Cela signifie que, dans un premier stade, la Rêveuse doit retrouver en elle cette Nature oubliée qui veut être aimée. Il lui faudra, ensuite, continuer le chemin en compagnie d’un Toi avec lequel devra se produire la relation la plus naturelle et la plus ancienne.

Cela est confirmé par le rêve 116 où un couple fait l’amour et où il est question du chant de la Nature.

RĂŞve no 116 : l'afficher

Pour que la relation, sans laquelle aucun amour n’est possible, s’établisse d’une manière acceptable à la fois par l’inconscient et le conscient, elle doit avoir un prolongement. Il lui faut  un sens au niveau de la vie réelle de la Rêveuse. La conséquence est une perte de terrain de l’inconscient et une sortie de l’anonymat des personnages clés de la série.

Une évolution vers un juste dosage entre les forces conscientes et inconscientes, à laquelle s’ajoute la nécessité de l’insertion dans la vie quotidienne, commence au rêve 123.

RĂŞve no 123: l'afficher

Dans ce rêve, le couple qui traverse le fil tendu entre deux rives  doit impérativement rester au dessus du lac, ne pas tomber dans l’eau, c’est à dire dans l’inconscient.  À ce stade, la Rêveuse ne fait que regarder.

Au rêve 137, elle est plus impliquée. C’est elle-même qui s’enfonce sur un énorme phallus, mais cela se passe sans plaisir ni souffrance. Le phallus appartient à un homme non identifié, preuve que la relation avec l’Autre est absente.

RĂŞve no 137 : l'afficher

Au rêve 145, quand elle éprouve un état de béatitude contre un inconnu, nous sommes encore loin de la copulation forte et joyeuse du rêve 151. En effet, elle le compare à un édredon moelleux !

RĂŞve no 145 : l'afficher

Finalement, c’est avec un proche bien identifié dans la vie consciente, le mari, que la fête des corps va s’effectuer et que les paroles avec joie seront prononcées.

Les copulations alchimiques

Le thème de la coopération amoureuse, en particulier pendant la deuxième partie, est le plus suivi de la série. Il est, en outre, relié à l’alchimie dont il ne faut pas oublier les nombreuses copulations. Selon les Philosophes alchimistes, ces copulations sont symboliques mais représentées, comme on le voit sur les illustrations de notre texte, sous une forme qui témoigne qu’ils n’avaient pas oublié les racines profondes de la relation amoureuse.

Ces deux illustrations sont extraites du Rosarium, 68 (a), 1550, et reproduites par Jung dans Psychologie et Alchimie, p. 423 et 600.

Le texte de la figure du haut dit :

“O Luna, par mon étreinte, ô ma bien-aimée, tu deviens aussi belle, forte et puissante que moi. / O Sol, tu es plus brillant que la plus brillante des lumières, et cependant tu as besoin de moi, comme le coq a besoin de la poule.”

Sous la figure du bas il est Ă©crit :

“Mais Sol est ici bien enfermé / et arrosé du Mercurius des philosophes”

MĂŞme si on observe ces deux reprĂ©sentations avec le regard de celui qui ignore tout de leurs implications alchimiques, elles restent significatives…

On voit, en haut, le coït, en bas, l’ouverture vers une dimension spirituelle symbolisée par les ailes du couple. Cette ouverture  résulte d’une rencontre entre un Moi et un Toi qui, à partir d’une exaltation du corps, peut devenir une forme sacrée de méditation et un moyen de communier avec la totalité, ainsi qu’il est dit (p.105) dans Mystique juive et psychologie moderne d’Edward Hoffman citant le Zohar :

“Et quand un homme est-il dit “un” ? Quand il est mâle avec femelle, sanctifié d’une haute sainteté et enclin à la sanctification ; alors seulement est-il dit un sans souillure. Un homme devrait donc se réjouir avec sa femme à l’heure de la lier avec lui dans l’affection et tous deux devraient avoir le même but. Lorsqu’ils sont ainsi unis, ils forment une seule âme et un seul corps.”

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.