C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Forces de vie et de mort

Dans la Nature les forces de vie et de mort sont inséparables. Les rêves, semblables en cela à l’alchimie, vont de l’harmonie à la destruction.

 

Enregistrement par la conscience et fixation alchimique

Nous avons dit, dans le texte précédent, que les rêves avaient besoin de passer par le décodage du conscient pour être compris.

Ceci nous ramène vers l’alchimie et la comparaison effectuée par Jung entre le discours onirique et les processus alchimiques. L’enregistrement par la conscience offre, en effet, des points de similitude avec ce que les alchimistes appellent la fixation, c’est à dire l’opération par laquelle on rend fixe le volatil. Cette fixation intervenait au moment où le feu philosophal avait conduit la matière jusqu’au stade du rouge. Il était alors nécessaire de l’empêcher de se volatiliser.

On peut comparer ce processus avec le désir de la Rêveuse, au moment du rêve 141 quand, se trouvant dans une station orbitale, elle souhaite redescendre vers la terre, se fixer. Ce songe est révélateur du projet de l’inconscient que soit enregistré -fixé- par le conscient le message onirique diffusé à partir du noyau central.

Rêve no 141 : l'afficher

Si on regarde notre schéma des faisceaux cette diffusion se situe sur les rayons 3 et 4.

Voir le schéma des rayons de signification des rêves

Ils diffusent, sans frontière,  les manifestations de l’Å’uvre de la Nature. Ils empruntent d’un côté des thèmes alchimiques et de l’autre les représentations géométriques ou numériques de l’édification des formes.

 La Rêveuse n’est pas un cas isolé

Une convergence, déjà décrite par les alchimistes, existe entre les phénomènes naturels et les processus de l’Å’uvre  tels qu’ils sont rapportés dans leurs traités. Nous en avons observé, pendant l’étude de la première partie de la série, des manifestations pré-conscientes accédant à un certain degré de visibilité par l’intermédiaire du symbole vivant.

Ce phénomène perdure, après l’intervention de l’analyste, pour aboutir à la représentation très alchimique de la vision 150.

Vision no 150 : l'afficher

Les possibilités de comparaisons ou d’explications à partir de représentations iconographiques illustrant les ouvrages hermétiques sont riches d’enseignement au niveau de cette deuxième partie. Il faut, cependant, ne pas perdre de vue une différence essentielle entre les deux parties : la Rêveuse étant une personne cultivée et, à cette période de sa vie, en recherche de significations et de cohérence, il est évident que, dans ce contexte, les apports du conscient influent sur les manifestations oniriques.

La Rêveuse n’est pas un cas isolé. Le souvenir très ancien de l’Œuvre de la Nature et le besoin de la réintégrer au niveau conscient existait, aussi, dans la suite de rêves présentée par Jung dans Psychologie et Alchimie.  On y parlait de la nécessité de reconstruire le gibbon (rêve 16), de la naissance d’une tête humaine hors d’une masse animale ou vivante encore informe (rêve 18),  des douleurs dans l’utérus de la femme inconnue (rêve 32). On y observait aussi la présence de nombreux animaux.

Voir les rêves de la série du rêveur

Grossesses, naissances et morts

Dans l’univers onirique de la Rêveuse, ce qui concerne les manifestations de la vie en ses stades d’édification, de conservation, et de destruction est représenté.  On y trouve, entre autres, de fréquentes allusions aux grossesses, aux supplices mortels, à la nourriture, à des phénomènes naturels tels que la tempête. Comme chez le Rêveur de Jung, le bestiaire est très varié. Nous y voyons des ressemblances avec les processus et phases de l’Œuvre alchimique.

Si dans la Nature la naissance et la mort sont inséparables il en est de même pour l’Œuvre.

Chaque réussite d’une phase de l’Œuvre est suivie d’une retombée au stade de l’œuvre au noir. Cette retombée est représentée par une mise au tombeau, ou bien une putréfaction des chairs.  On assiste, ensuite, à une nouvelle naissance à l’origine du parallèle entre les opérations alchimiques et la grossesse.

Le symbolisme de l’union du soleil et de son ombre découle de ces oscillations entre les forces de vie et les forces de mort.

Un bel exemple est donné par l’illustration de notre texte extraite de la préface de Medicina catolica de Robert Fludd. Elle représente l’extraction de l’ombre du rayon révélant l’unité ultime de la vie et de la mort. Johanes Fabricus dans son Alchimie fait (p.195) un intéressant commentaire qui insiste sur la partie haute de cette illustration :

“Si l’ombre du soleil désigne l’expérience que fait l’alchimiste de sa propre mort, inséparable de sa naissance, ce même motif est aussi la version cosmique de ladite expérience, où la mort est vécue comme le Vide, l’univers sous sa forme non manifestée. Incarné dans le corps de lumière, l’alchimiste lors de la projection se trouve accordé au processus de création lui-même. Le lien entre l’être et le non-être, la naissance de la lumière hors des ténèbres, la conversion du vide en espace, en énergie et en matière, toutes ces choses lui apparaissent.”

Mouvements de construction et de destruction

On observe ce phénomène de mort et de renaissance pendant une grande partie des songes de la Rêveuse.

Chaque fois que se produit un mouvement vers la conjonction des contraires, c’est à dire une réunion du masculin et du féminin, ce mouvement est plus ou moins rapidement suivi d’une destruction. Cette destruction du positif se présente sous la forme d’une mort, d’un supplice, ou d’une scène très négative préfigurant une possibilité de mort psychique.

Donnons quelques exemples.

Au rêve 86 il est dit à plusieurs reprises, au sujet d’un homme et d’une femme, qu’ils ont l’air ensemble.

Rêve no 86 : l'afficher

Or, que se passe t-il au rêve 88 ? L‘affreux supplice du grand chien, un animal qui est un des symboles de l’alchimie.

Rêve no 88 : l'afficher

Le rêve 105 avait, dans ses débuts, toutes les qualités d’un rêve d’aboutissement. La Rêveuse vit un merveilleux moment d’androgynie, un thème très alchimique, en ressentant, au sein d’un corps unique, la merveilleuse sensation d’un homme et d’une femme qui font l’amour en se fondant complètement l’un dans l’autre.

Rêve no 105 : l'afficher

Cette scène, décrite comme lui procurant une impression d’harmonie inoubliable est cependant, au cours du même rêve, aussitôt cassée, détruite, par le retour de l’homme qui revient accompagné d’une autre femme.

Vers la fin de la série, les conjonctions et les manifestations de la Vie semblent de plus en plus réussies dans le monde des songes de la Rêveuse. Cependant, il faut quand même que disparaissent le père, qui lui laisse la direction de son groupe de musiciens, et la mère qu’elle envoie joyeusement à une mort certaine au gouffre de l’enfer. Ces disparitions sont nécessaires pour qu’apparaissent de véritables rêves de conjonctions.

On peut dire que, jusqu’au Grand Rêve d’aboutissement final (152),malgré le mouvement impulsé par le discours du rêve, mouvement conduisant la Rêveuse vers la Vie et l’acceptation de l’Autre, la force de mort demeure très présente. Avant le grand apaisement qui se fait elle a l’impression d’un terrible danger qui plane si elle n’obéis pas à l’ordre de la Grande Voix .

Rêve no 152 : l'afficher

Acceptation des forces de vie de la Nature

Les forces de Vie se manifestent sous la forme d’arrivée à leur terme des grossesses déjà présentes au cours de la première partie.  Nous avions déjà vu une naissance, celle de la petite Aurore, naissance que la Rêveuse regardait de l’extérieur du lieu où se situait l’action.

Au cours de la seconde partie, les accouchements semblent être une acceptation de la Nature en son côté le plus primitif englobant l’ensemble du monde, de l’animal à l’humain, dans les mêmes processus.

Il ne s’agit plus ici de la petite Aurore et de son beau sourire. Dès les débuts de cette partie, au rêve 79, se produit la brutale expulsion, à partir d’une entrée de grotte qui se révèle être l’entrée d’un utérus dilaté, de quatre petits chats encore enveloppés dans leur placenta.

Rêve no 79 : l'afficher

La vision 149, aboutissement biologique de cette ligne de manifestation de l’Œuvre de la Nature, est un prolongement très réaliste de ce premier rêve : la vulve de femme , le sang, les liquides collés. Il n’y-a pas, là, grande différence avec l’expulsion des petits chats.

Vision no 149 : l'afficher

Cependant, une évolution significative s’est produite, à la suite de tout un travail de la conscience.

Cette naissance, dont la Rêveuse se rend compte qu’il s’agit de la sienne, est, à ce moment proche de la fin de la série, reçue comme un instant de beauté et d’amour.

C’est avec un immense bonheur qu’elle trouve belle l’Œuvre de la Nature se produisant dans un corps, enfin reconnu et accepté en ce qu’il a justement de plus naturel.

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Publié initialement dans le cadre d’une thèse cette page a été adaptée par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.