C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

De la Nature Ă  l’expression consciente des rĂŞves

Les rĂŞves expriment quelque chose de pas tout Ă  fait humain mais nous devons Ĺ“uvrer pour ne pas les oublier et tenter de les comprendre.

Le premier faisceau de diffusion des rĂŞves

Au cours de la première partie de la série de rêves de la Rêveuse, nous avons observé une sorte de poussée d’une très ancienne Nature dont les traces sont inscrites à la fois dans le corps et dans l’esprit. Cette Nature, refoulée au cours de l’effort incessant de l’espèce humaine vers l’accession à un plus grand degré de conscience, resurgissait d’une manière très chaotique.

Un peu d’ordre s’instaure pendant le déroulement de la deuxième partie.

Il demeure, cependant, qu’un rayon du noyau central de diffusion des rĂŞves ne cesse, et ne cessera jamais, d’exprimer la Nature instinctive originelle non maĂ®trisĂ©e et, Ă  ce niveau, non maĂ®trisable. Il s’agit du faisceau de diffusion que nous avons intitulĂ© expression de la Nature.

Voir le schéma des rayons de signification des rêves

Cette ligne produit, comme l’Ă©crit Jung dans Dialectique du Moi et de l’inconscient (p.34), une auto-description du processus psychique vital. Elle reflète la trame instinctive, le cĂ´tĂ© biologique et archĂ©typique, du quelque chose pas tout Ă  fait humain, perdurant derrière les manifestations, et s’efforçant de parvenir Ă  la conscience.

Ce rayon, qui est le soubassement, la ligne originelle des rĂŞves, va diffuser Ă  la racine de toutes les autres lignes, tĂ©moin ce qu’Ă©crit Jung dans Psychologie et Alchimie ((p.159) :

“La source vient d’en bas et c’est pourquoi le chemin mène dans les profondeurs. Ce n’est que là que l’on peut trouver la source ardente de la vie. Cet “en bas” constitue l’histoire naturelle de l’homme, son lien causal avec le monde des instincts. Si ce lien n’existe pas, ou plus, il ne peut y avoir ni lapis, ni soi.”

L’expression de la Nature est tout à fait étrangère à la volonté et aux projets du Moi . Ainsi, peut-on lire dans Sur l’interprétation des rêves ( p. 14.)

“Le rêve, à l’instar de tout événement naturel, est un événement non justifié.”

NĂ©cessitĂ© d’une traduction du langage du rĂŞve

Toute la difficulté, pour la conscience, va être de parvenir à conceptualiser cet événement naturel. En effet, comme nous avons essayé de le montrer dès les débuts de ce travail, les règles et la logique sont différentes. Temporalité, causalité, n’existent pas dans le discours onirique originel.

Le langage de l’inconscient est instinctif, condensé, et surtout tente de représenter un contenu mal différencié. Ceci explique les incohérences, les situations insensées, les paroles incompréhensibles.

Le passage, par le traducteur que représente la conscience, ne s’est pas correctement effectué sur le rayon de l’expression consciente. Et pourtant, même à ce niveau impossible à décrypter, en vertu de l’affirmation de J. Varela déjà évoquée : toute chose est dite par quelqu’un, une voix forte s’exprime.

Il s’agit de la voix de la Nature, celle-là même qui, souvent habillée par la conscience d’un costume religieux, est à l’origine des “Grandes Voix” des séries de Rêves. Jung la considère comme la Grande Voix du Soi.

Souvenons-nous, aussi, que le Rêveur, en dépit de son impressionnant bagage scientifique, considérait qu’elle exprimait une vérité indubitable.

C’est à ce niveau que coule le courant souterrain alimentant les fantasmes des alchimistes. Ils sont tellement fascinés par la force primordiale qui les déborde, qu’ils en arrivent à une accumulation des attributs pour tenter d’exprimer l’indicible d’une Nature habitée par une puissance spirituelle, enfouie au sein de la matière.

L’expression consciente du rĂŞve

Sans l’expression consciente, notre deuxième rayon issu du noyau central de signification, nous ne saurions rien des contenus de l’inconscient.

Les rêves n’ont de sens que parce qu’on peut les dire, ne serait-ce qu’à soi-même, et les écrire.

Il est très important de se souvenir de ses rêves, de leur donner forme, et d’y réfléchir. Dans son livre Mystique juive et psychologie moderne, (p.165) Edward Hoffman écrit que Le Zohar souligne avec vigueur :

”Un rêve dont on ne se souvient pas pourrait aussi bien ne pas avoir été rêvé, par conséquent un rêve oublié et sorti de l’esprit ne trouve jamais son accomplissement. L’écho de cet enseignement résonne dans toute la Cabale ; nous devons prêter davantage attention aux messages de nos rêves”.

La nécessité de l’expression consciente s’enracine très loin dans la ligne Expression de la Nature.

En effet, nous suivons en cela la position de Maturana et Varela dans  Racines biologiques de la comprĂ©hension humaine, sous titre de l’ouvrage L’Arbre de la connaissance. Ils pensent que  le langage est constitutif de l’être humain :

“Nous autres êtres humains ne sommes des êtres humains que par le langage. Parce que nous avons le langage, il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons décrire, imaginer, et raconter. Ainsi, le langage imprègne toute notre ontogenèse d’individus : depuis la marche jusqu’à nos positions politiques” (p.206).

Aux, positions politiques, nous ajouterions volontiers l’imprégnation religieuse. Pensons au récit de la Genèse biblique (Genèse,I,26), au moment où le monde est créé par la parole divine. Élohim dit quand il sépare la lumière des ténèbres et il dit encore :

“Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance”.

Cette ressemblance implique la parole, qui fait partie de l’être de l’homme.

Dans les profondeurs des schémas archétypiques

Maturana et Varela, par une vision très biologique qui, nous le pensons, n’est pas si Ă©loignĂ©e que cela de celle de Jung, renvoient encore plus loin que les rĂ©cits fondateurs. On atteint les profondeurs des schĂ©mas archĂ©typiques d’oĂą rayonne le noyau central de signification AMOUR quand ils Ă©mettent l’idĂ©e que :

“le langage a émergé comme le résultat de la coopération amoureuse.”

La sexualité, le partage de la nourriture, l’éducation des jeunes ont conduit ces très anciens humains, écrivent-ils (p.217) vers une :

“biologie de la coopération et de la coordination linguistique des actions”.

Toutes ces relations, à l’origine d’un mouvement vers un plus grand degré de conscience véhiculé par le langage, ont laissé des traces dans l’inconscient collectif, traces particulièrement visibles chez la Rêveuse au cours de la deuxième partie de la série.

Voir les rêves de la série de la rêveuse

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.