C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Prendre conscience de la nĂ©cessitĂ© d’une analyse

Les deux derniers rĂŞves de la sĂ©rie avant la rencontre avec l’analyste et les conclusions sur le but Ă  poursuivre : lier ensemble l’œuvre de la nature et l’œuvre de la pensĂ©e.

La RĂŞveuse Ă  un besoin urgent d’aide

Nous ignorons à quel moment précis, la Rêveuse a décidé de se faire aider par un analyste.

Il apparaît, cependant, qu’au stade du rêve 70, elle sait, au sens que Jung donne à ce mot d’un savoir dépassant le cadre de la conscience, qu’elle est dans une situation psychique dangereuse.

RĂŞve no 70 : l'afficher

Elle sait, aussi, qu’un homme va l’aider. Il s’agit non seulement de l’analyste mais d’un compagnon intérieur, qu’elle rencontrera dans la deuxième partie de la série. Il y a urgence, car le fait qu’elle est dans des ruines montre que des couches très anciennes, peut-être même archaïques, de l’inconscient collectif, sont activées.

Une grand-mère de cent vingt ans

Ceci est confirmé par le rêve 71 : elle va voir, accompagnée de son mari, détail très encourageant pour la suite, sa très vieille grand-mère dont les cent vingt ans représentent un triple quaternaire augmenté.

RĂŞve no 71 : l'afficher

Ce songe rattache, encore une fois, la Rêveuse à un monde ancien qui est prêt à l’accueillir. Tout un travail de l’inconscient l’a rendue réceptive et elle est préparée, même si elle ne le sait pas, à admirer le beau visage, tout craquelé comme de l’argile desséchée, de la grand-mère symbolisant la très antique Grande Mère, qui est aussi notre Mère la Terre. Il existe un lien entre la jarre, la terre, les racines du rêve 69 et l’argile de ce songe.

RĂŞve no 69 : l'afficher

PrĂŞte pour le partage

Le rĂŞve 72 met en Ă©vidence que la RĂŞveuse, Ă  la fin de ce long cheminement solitaire, est prĂŞte Ă  partager.

RĂŞve no 72 : l'afficher

C’est un progrès du Moi vers un Toi, si nécessaire pour que s’effectue la conjonction des contraires.

En récompense, elle reçoit un pain juste cuit. Le bilan du processus alchimique, si nous considérons qu’il fait partie d’une forme d’Œuvre inconsciente, n’est donc pas négatif. La cuisson est convenable, quoiqu’un peu juste, mais il y a urgence. Le four est en train de s’éteindre, les bases ne sont pas solides et le conscient est en danger, ce qui justifie cette puissante voix qui dit et redit : la chambre chaude et maudite.

La RĂŞveuse, en tant qu’elle est Ă  la fois le contenu et le contenant de la chambre, c’est Ă  dire du lieu de la transmutation, est soumise Ă  un feu qui risque de consumer toute la matière. Ceci fait partie des dangers de l’Ĺ’uvre qui peut conduire l’Adepte Ă  la folie ou, pire encore pour un chrĂ©tien du Moyen Age, aux flammes de l’Enfer.

La matière de l’Ĺ’uvre est lĂ  mais ce que l’on peut appeler, selon sa croyance, la conscience, l’âme ou la spiritualitĂ©, d’autres diront la foi en Dieu, sont absents.

Les problèmes d’ordre religieux que rencontrait le Rêveur existent aussi au sein de cette partie pré-consciente de la série de la Rêveuse mais ils sont latents et le conscient leur refuse toute possibilité d’émergence au niveau conscient.

Juste avant la rencontre avec l’analyste

Juste avant la rencontre avec l’analyste, les deux derniers rĂŞves, d’une grande force symbolique, se manifestent comme un ultime encouragement Ă  entreprendre l’Ĺ“uvre consciente dont le processus va se dĂ©rouler au cours de la deuxième partie de la sĂ©rie.

Le rĂŞve 73, situe la RĂŞveuse dans le Grand Nord, lieu oĂą la symbolique des alchimistes grecs et arabes situe la nigredo.

RĂŞve no 73 : l'afficher

Ceci résume l’épreuve de l’expérience sauvage et chaotique de l’œuvre au noir qu’elle vient de subir. Il y a d’ailleurs une ambiguïté dans son attitude consciente. Nous pensons, en effet, qu’il y avait chez elle un minimum de consentement. Elle aurait pu décider de ne pas prêter à ses songes une telle attention et cesser de les noter soigneusement.

Cependant, par manque d’une implication suffisante au niveau du conscient, elle demeure dans une attitude de témoin ce qui justifie sa position extérieure au moment de la scène décrite par le rêve. Un grand mouvement vers l’albedo, l’œuvre au blanc, est annoncé mais elle contemple le futur comme à travers une vitrine.

Un accouchement dans un triangle sans la base

L’accouchement qui se prépare depuis le rêve 40 va avoir lieu.

RĂŞve no 40 : l'afficher

Seules des femmes sont présentes, ce qui explique que le triangle, lieu de la scène soit sans la base. Le géniteur du rêve 62, dont on se souvient qu’il avait eu un malaise, est absent.

RĂŞve no 62 : l'afficher

On observe une annonce du triangle du grand rêve d’aboutissement 152, mais il est incomplet.

RĂŞve no 152 : l'afficher

Il peut apparaître curieux que ces femmes soient des chamanes. Cependant, outre le fait que la fonction chamanique est souvent assumée par des femmes dans les pays nordiques, cette particularité est une annonce qui trouvera son sens au rêve 150. Ajoutons que le fait que seules des femmes soient présentes situe bien la partie de l’Œuvre qui vient de s’accomplir dans le domaine de la Mère Nature.

RĂŞve no 150 : l'afficher

L’amie enceinte, symbolisant la future Rêveuse, se met au centre, cette place que la Rêveuse avait choisie pour elle-même au moment du rêve 22.

RĂŞve no 22 : l'afficher

Rappelons nous : c’est cette place qu’il me faut, avait-elle dit au sujet du centre. Par peur de tout ce qui représente l’Œuvre de la Nature, et certainement aussi à cause d’une résistance du Moi, elle reste à l’extérieur du triangle pendant que se passe la naissance de cet enfant.

Remarquons que le nouveau né que l’on montre à la Rêveuse dans les bras d’une femme chamane est une fille. On assiste alors à un véritable phénomène de re-présentation, au sens de se voir présenter ce que l’on connaissait déjà, au moment où la Rêveuse s’exclame : Mais c’est la petite Aurore !

Signification symbolique et psychologique de l’aurore

La signification symbolique et psychologique de l’aurore est donnée par Marie-Louise von Franz dans son commentaire de l’Aurora consurgens. (cf.p.211 sq)

L’aurore est la “mère du soleil”. Elle chasse les vapeurs mauvaises qui infectent l’esprit de l’alchimiste. C’est l’heure d’or entre la nuit et le jour et :

“Psychologiquement, ce symbole de l’aurore, signifie bien une perception accrue de la luminosité de l’inconscient. Elle n’est pas comme le soleil, une lumière concentrée, mais un état diffus à l’horizon, c’est à dire au seuil de la conscience.”

Cette luminosité de l’inconscient, comparable à la Lumière de la Nature de Paracelse, devra remplacer les ténèbres des morts de la nigredo pour que puissent avoir lieu les renaissances successives qui accompagnent les différentes phases de l’Œuvre. Dans cette perspective il importe que le nombre terrifiant des vingt, du rêve 13, ne soit plus un objet de terreur et devienne acceptable.

RĂŞve no 13 : l'afficher

Le nombre vingt, dont nous avons vu précédemment qu’il symbolise les pôles antagonistes de l’esprit et de la matière, de l’intellect et de l’instinct, et de toutes les forces contraires de la Nature est, dans ce songe 73, remis à sa juste place de force dynamique vitale, et ceci par la Rêveuse en personne. Tu vois, dit-elle, à cette partie d’elle-même qui vient d’accomplir l’œuvre naturelle de naissance, il ne fallait pas t’en faire, ça n’a duré que vingt minutes.

Une grande espĂ©rance d’harmonie

On constate à la fin de cette partie pré-consciente de la série, que l’aurore vient de naître symbolisant une grande espérance d’harmonie future.

Toute la tâche de la Rêveuse va être de lier ensemble l’Œuvre de la Nature et l’Œuvre de la Pensée, comme s’efforce de le faire l’alchimiste arabe Avicenne, représenté sur l’illustration de la page. Il montre un aigle et un crapaud attachés par une chaîne. Avicenne s’écrie

“L’aigle qui vole dans les airs et le crapaud qui rampe par terre sont le magistère”.

Fabricus Ă  la page 55 de son alchimie commente ainsi cette illustration :

“Son geste attire l’attention sur l’idée centrale de la procédure hermétique : L’”union des contraires” (coniuncio oppositorum) qui se manifeste dans la tentative de l’alchimiste pour unir l’aigle et le crapaud, le spiritus et le corps, l’intellect et l’instinct, l’esprit et la matière. La descente de l’aigle métaphysique, esprit ou conscience du Moi, dans les ténèbres du crapaud de la terre, c’est à dire dans l’inconscient instinctuel, fournit l’action centrale du Grand Œuvre. “

Le travail qui attend la Rêveuse pendant la seconde partie de la série ressemble à cette description. Une partie de l’ouvrage a été réalisée de manière pré-consciente et le matériau nécessaire produit en abondance. Il est à terre, tel un tas de briques destinées à construire une maison. Manque la charpente, et surtout l’architecte qui n’a pas encore été clairement entendu, même s’il est déjà là.

Voir les rêves de la série de la rêveuse

Conclusions sur l’Ĺ’uvre inconsciente

Faisons un retour sur l’illustration du texte intitulĂ© : Lumière de la nature et lumière de la conscience.

Cet homme, que nous avions comparé à Jung, marche dans les pas de la puissante femme représentant la Nature. Remarquons sa prudence : il s’appuie sur un bâton et il tient, fermement, la lanterne représentant la lumière de la conscience, son plus grand bien. C’est le chemin de lucidité, d’écoute, de patience et d’humilité que la Rêveuse va devoir suivre .

Elle devra, par exemple, éviter le piège de la facilité représenté par la vision trop rassurante d’une belle ablutio, annonciatrice de l’œuvre au blanc, qui conclut la série au rêve 74.

RĂŞve no 74 : l'afficher

On verra, dès le premier rêve de la deuxième partie, que ce beau linge si bien lavé n’a plus qu’à être taché à nouveau. La Rêveuse, maintenant guidée, va devoir repasser, consciemment, par des phases, parfois très douloureuses, de lŒuvre pour parvenir à de véritables RE -présentations de la totalité.

Nous avons, au cours de cette partie du travail, privilégié, comme l’avait fait Jung pour le Rêveur, les manifestations d’une symbolique alchimique vivante. Cette symbolique se produisait spontanément dans les songes d’une Rêveuse qui n’avait aucun intérêt particulier conscient envers la philosophie hermétique.

Bien d’autres niveaux de signification auraient pu être choisis : niveau sexuel ou niveau religieux ou émergence de grands mythes, par exemple. Cependant, nous marchons dans les pas de Jung et il nous est apparu, comme il l’a montré au cours de Psychologie et Alchimie, que les processus et la symbolique alchimique représentaient la démarche offrant le plus de points communs, si on excepte celle des surréalistes, avec le discours onirique.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.