C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Thèmes alchimiques importants pour l’interprĂ©tation des rĂŞves

Ici est dĂ©veloppĂ©e la mĂ©thode de C.G. Jung pour son interprĂ©tation alchimique d’une sĂ©rie de rĂŞves et le choix de certains thèmes parmi ceux mis en Ă©vidence dans Psychologie et alchimie.

La méthode de Jung

Dans Psychologie et alchimie, Jung explique qu’il analyse la sĂ©rie du RĂŞveur qu’il propose comme si les rĂŞves Ă©taient les siens (cf. p.65). En effet, il est censĂ© en ignorer le contexte et c’est la sĂ©rie elle-mĂŞme, considĂ©rĂ©e comme un objet de recherche, qui constitue le matĂ©riau de sa rĂ©flexion.

Nous emploierons la même méthode pour la série de la Rêveuse.

D’autres rayons de signification ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© explorĂ©s tels que l’Ă©dification d’une structure oĂą l’importance des nombres. Nous allons maintenant nous intĂ©resser, avec Jung, au rayon de la symbolique alchimique.

Jung se livre, dans Psychologie et alchimie, Ă  de nombreuses et parfois très longues amplifications qui s’expliquent par son immense culture.  Il nous a fallu simplifier, condenser et ne garder, ceci est très subjectif, que ce qui nous semblait le plus important.

Les visions de l’alchimiste grec Zozime de Panopolis

Comme aux autres niveaux d’interprĂ©tation, certains thèmes sont seulement latents dans les dĂ©buts de la sĂ©rie du RĂŞveur de Jung mais on distingue plus nettement  la reprĂ©sentation des degrĂ©s du processus alchimique, une allusion Ă  l’intellect sous la forme de Mercurius, ou bien la prĂ©sence de l’eau ou de l’or.

La présence d’escaliers, d’échelles, aux rêves initiaux 6 et 12 s’observe sur de nombreuses illustrations et descriptions alchimiques des différents stades du travail de l’Artiste. Elle annonce le processus de transformation psychique déjà décrit par le texte sur la montée et la descente attribué à Zozime.

Voir les rêves de la série du rêveur

Jung consacre plusieurs chapitres des Racines de la conscience au récit, très dramatisé, des visions de Zozime de Panopolis alchimiste et gnostique notable du III° siècle.1 Il voit un lien entre la montée et la descente, par Zozime, des marches de lumière et de ténèbres et le processus qui se met en mouvement chez le Rêveur.

Zozime, sous forme de rêves et de visions, décrit les différentes phases du processus alchimique.

Cruels supplices, personnifications, projections, sont la matière d’une expérience significative qu’il ne peut transmettre que sous une forme allégorique. Le rêve est réel mais, écrit Jung :

“J’incline à penser que la vision ou les visions de Zozime est de ces événements qui se produisent durant l’opération et dévoilent la nature du processus psychique qui l’accompagne à l’arrière plan. Ces visions font apparaître au jour les contenus qui, demeurent inconscients chez l’alchimiste, se projettent dans les processus chimiques et sont alors perçus en eux comme s’ils étaient des propriétés de la matière.”(les racines de la conscience,p.146)

Ceci conforte l’hypothèse de phénomènes hallucinatoires, liés au travail alchimique.

D’autre part, dans la perspective d’une recherche de concordance entre les rêves contemporains et l’alchimie, cette dernière décrirait alors symboliquement l’œuvre de transformation, on pourrait dire de transmutation, que représente le processus d’individuation.

La richesse symbolique des thèmes de l’eau et de l’or

Parvenu au rêve 14, Jung nous décrit l’homme à la barbe en pointe, précédemment assimilé à une représentation méphistophélique de l’intellect, comme un personnage de la littérature alchimique.

Il s’agit d’un jeune homme que l’on rencontre gĂ©nĂ©ralement en compagnie de philosophes chenus. Il pourrait symboliser soit le diable, soit le Mercurius, un personnage aux multiples rĂ´les, qui serait ici en tant qu’esprit serviteur, mais aussi eau, annonçant le rĂŞve suivant.
Au rêve 15 (1) le thème de l’eau, est, en effet, présenté avec solennité.

La Mère verse de l’eau d’une cuvette dans une autre

et cette opĂ©ration au sujet de l’eau est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant de la plus haute importance.

Voir les rêves de la série du rêveur

Le discours du rêve attire, ainsi, l’attention sur cette substance vivante, celle que les alchimistes appelaient souvent aqua nostra (notre eau), ou aqua vitae (eau de vie). Ils l’opposaient, alors, à l’incorporalité de l’esprit abstrait.

La richesse symbolique du thème de l’eau est telle que le Dictionnaire Mytho-hermétique de Dom Pernety  ne présente pas moins de quatre-vingt-douze sortes d’eau tant matérielles que spirituelles.

L’or, dont Jung pense qu’il a déjà, au rêve 18 (1), le sens de l’or philosophique, est rejeté par le Rêveur, incapable de comprendre, à ce stade de son évolution, le grand secret qui pourrait lui être transmis. Il le prend pour l’or vulgaire, avec lequel il peut facilement être confondu.

C’est d’ailleurs à cause d’une trop grande difficulté pour distinguer l’aurum nostrum (notre or) de la matérialité grossière du métal que la philosophie alchimiste lui dénia la dignité philosophique suprême pour l’attribuer à la pierre philosophale, au lapis philosophorum . En effet, écrit Jung :

« Ce qui transforme est supérieur à ce qui est transformé, et le pouvoir de transformer est précisément l’une des qualités magiques de la pierre miraculeuse”. (PEA, p.105)

Les rĂŞves noyaux

On voit donc, en observant les rêves initiaux, le même processus de mise en place que celui observé pour les scénarios de l’inconscient ou la formation des mandalas des deux rêveurs.

Il existe, au début des séries, à chaque niveau d’interprétation, des rêves noyaux dont la véritable signification n’apparaît pas encore, alors qu’ils concentrent en eux l’essentiel du sens qui sera progressivement diffusé vers le conscient du rêveur.

Les rêves noyaux, nous pensons ici au rêve des pièces d’or que nous venons d’évoquer, rêve au cours duquel est proposé au rêveur le résultat de la transmutation, indiquent, déjà, le cheminement et l’aboutissement. Totalités dans la Totalité, on pourrait comparer ces rêves à la plus petite d’un ensemble de poupées russes.

Les déploiements du discours du rêve, à partir du noyau, interviennent à un moment ultérieur de la série.

Pour donner un exemple, l’histoire des pièces d’or sera Ă  nouveau proposĂ©e sous une autre forme au rĂŞve 13.  Il s’agira alors du mythique trĂ©sor difficile Ă  atteindre. Cela correspond, en langage alchimique, au trĂ©sor des trĂ©sor qui est la pierre philosophale.

Il est très important de souligner avec insistance , comme le fait Jung dans Psychologie et alchimie (p.115), que :

“Le rĂŞveur n’a consciemment pas la moindre idĂ©e de toutes ces choses. Mais, dans son inconscient, il est plongĂ© dans ces intrications qui se sont aussi exprimĂ©es historiquement ; il se comporte donc dans ses rĂŞves comme s’il connaissait parfaitement ces singuliers dĂ©roulements de l’histoire de l’esprit humain. En rĂ©alitĂ©, il est un porte-parole inconscient du dĂ©veloppement psychique autonome, au mĂŞme titre que l’alchimiste du Moyen Age ou que le neo-platonicien de l’AntiquitĂ©. Il serait donc possible – pourrions-nous dire cum grano salis – d’écrire tout aussi bien l’histoire en partant de son inconscient qu’en s’appuyant sur des textes existant objectivement”.

Le développement psychique autonome, auquel Jung fait allusion, est le développement d’un psychisme personnel, laissant se manifester un fonds a-temporel et collectif.

Le fonds commun que représente l’inconscient collectif serait, si l’on suit Jung, à la disposition du Rêveur comme le sont les expériences et le langage quotidien au cours de la vie éveillée. La dernière phrase du texte peut sembler hardie, mais nous pensons qu’elle s’origine dans la Tradition qui enseigne que l’histoire entière de l’humanité est, en quelque sorte, inscrite sur un invisible grand livre, les archives akashiques, que l’initié peut consulter.

Un choix de thèmes essentiels pour Jung

Dans la deuxième partie de la série du Rêveur, les connotations alchimiques sont nombreuses et il serait tentant de suivre tous leurs développements. Cependant, un problème méthodologique est apparu, problème dont les conséquences sont d’ailleurs fort positives.

La majeure partie des thèmes ou symboles pouvant être rattachés à l’alchimie, présents chez le Rêveur, le sont aussi chez la Rêveuse. Cela conforte notre idée qu’une recherche s’appuyant sur de nombreuses séries, plus facile à effectuer grâce à l’informatique que du temps de Jung, montrerait certaines constantes du discours de l’inconscient. De plus, la reprise de ces matériaux, quand nous commenterons la série de la Rêveuse, risquerait alors de lasser le lecteur.

Nous avons, pour les raisons évoquées, choisi de ne pas nous attarder sur des thèmes alchimiques aussi importants que le lapis, l’eau, le vase, auquel il a déjà été fait allusion, le jardin, la roue.

Nous avons fait le choix nous attacher seulement à quelques thèmes, essentiels aux yeux de Jung. Ils sont, aussi, présents chez la Rêveuse, car il est peu de symboles enracinés dans l’alchimie, dont on ne retrouve pas au moins des traces chez les deux rêveurs.

Nous avons donc choisi de privilĂ©gier : le chaos alchimique, la concentration sur le centre, la quadrature du cercle, la TrinitĂ© et la ressemblance entre l’iconographie des anciens traitĂ©s alchimiques et certaines reprĂ©sentations oniriques du RĂŞveur que l’on retrouvera aussi chez la RĂŞveuse.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.

Notes :

 

  1. Les textes attribués à Zozime se trouvent dans Berthelot, Collection des anciens alchimistes grecs, troisième partie, p. 117 à 141.