C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Grands rêves et visions de mandala

Une grande manifestation du travail du Soi est illustré par une vision et un rêve d’aboutissement de la série de la rêveuse.

Deux grands rêves

Les rêves que l’on peut considérer comme des rêves de mandalas, au sens que Jung donne à ce terme, sont, chez la Rêveuse, au nombre de deux et ils font partie d’un ensemble de rêves et visions  d’aboutissement.

Les rêves partent d’un noyau central sur différents rayons de signification. Nous reviendrons ultérieurement sur ce concept de rayons de signification mais il est important de signaler que les rêves se projettent d’une manière non linéaire.

Le premier est entouré par deux rêves très enracinés dans des processus biologiques et sexuels et le second est suivi d’une très forte Parole de la Grande Voix. Précisons que le premier mandala d’aboutissement n’est pas un rêve mais une vision hypnagogique qui se situe dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil.

Une trop belle vision

La vision hypnagogique 150 se présente comme une image très proche de certaines représentations alchimiques. Cette image statique est, à notre avis, reçue à la frange entre l’inconscient et la conscience. Elle contient tous les éléments de la structure d’accueil rassurante déjà observée chez le Rêveur.

Voici, intégralement, telle qu’elle l’avait écrite dans son carnet de rêves, comment la Rêveuse nous décrit sa vision :

La vision est d’une grande netteté, et très persistante : en bas de la terre et de l’herbe. Sur le devant est assis, dans une pose hiératique, un magnifique chat abyssin. Derrière lui un grand mât de métal argenté autour duquel s’enroule un serpent la tête vers le haut. Du sommet du mât partent huit branches en arc de cercle, alternativement argentées et dorées. Sur ce berceau repose une grande sphère creuse de cristal très pur. À l’intérieur de la sphère, une fontaine de jardin avec un petit jet d’eau. Un homme et une femme se tiennent de part et d’autre de la fontaine, leurs mains se réunissant et leurs bras faisant un cercle autour de la vasque. Ils sont vêtus lui, à droite, d’une tunique rouge et de hauts de chausses et elle, à gauche, d’une longue robe blanche et coiffée d’un hennin avec un long voile blanc qui tombe jusqu’à terre. Au-dessus d’eux, à l’intérieur de la sphère, tout en haut, il y a un oiseau blanc aux ailes déployées.

Il suffit de contempler ce rêve, en faisant abstraction de son côté symbolique, mis en attente jusqu’à l’étude des résurgences de thèmes alchimiques, pour voir qu’il contient de multiples éléments propres à l’édification de la structure du mandala.

Nous pouvons observer la circularité, la sphéricité, le chiffre huit en tant que double quaternité et quantité de précisions sur la distribution spatiale : haut et bas, devant et derrière, ce qui est à l’intérieur et ce qui est à l’extérieur, la verticale du mât et l’horizontale des ailes déployées, la fontaine désignant le centre.

Ces composants constituent, comme chez le Rêveur, un cadre solide destiné à être le lieu où vont se loger les opposés.

Cependant, cette vision a un côté nettement moins abstrait que celle du Rêveur. Même si on choisit de ne pas développer la signification symbolique de ses éléments, on ne peut ignorer que les opposés sont représentés par des animaux et des êtres humains : le serpent rampant sur le sol et l’oiseau volant dans les airs.  L’homme et la femme, éternels contraires, sont ici réunis par leurs bras et leurs mains formant un cercle.

Il y a une sorte de perfection plastique dans cette vision.  Pourtant cette re-présentation qui évoque une belle image n’est pas convaincante en tant que vision de la totalité.

Rien ne bouge, il n’y a pas de rythme pas d’énergie, pas de vie pourrait-on dire, et surtout, sur le plan à la fois structurel et symbolique, manque le ternaire. Or, nous verrons que cette présence du ternaire est aussi indispensable à une re-présentation de la totalité que l’était celle de la quaternité dans le cas du Rêveur.

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Un rêve enraciné dans les profondeurs de l’inconscient

Le projet du Soi se révèle plus ambitieux envers une Rêveuse moins dépendante de l’abstraction et plus enracinée dans le biologique que le Rêveur.

C’est au cours d’un rêve, issu de couches plus profondes de l’inconscient, qu’elle va être contrainte à produire une forme satisfaisante qui lui soit personnelle. Cette forme, un triangle, est le lieu où se situera l’élément de complémentation manquant à une forme de représentation de la totalité.

Le rêve 152, lui aussi reproduit intégralement est très impressionnant :

La rêveuse est debout, seule. Il règne une sorte de nuit claire bleu roi et elle voit devant elle à une certaine distance un large escalier de pierres taillées dans une très grande pyramide. Vers le milieu, la pyramide est tronquée et forme un plateau et sur ce plateau il y a un immense triangle, la base vers le bas. Les bords, lumineux, d’un dessin très net, sont dessinés en lumière un peu comme par de très longs tubes de néon. L’ensemble fait une impression fascinante et elle reste un moment en contemplation quand elle entend soudain une voix impérative et forte qui tonne : « Écris-le, écris-le ! ». Elle est comme paralysée et ne sait que faire. « Écris-le, écris-le », répète à plusieurs reprises la voix de plus en plus grondante. Elle sait que si elle n’arrive pas à obéir il va arriver quelque chose de terrible. Poussée par la nécessité elle sait enfin ce qu’elle doit faire. Elle concentre toutes ses forces et produit du centre de sa poitrine un pinceau lumineux qui va jusqu’au centre du triangle et elle écrit là, bien au milieu, en demi cercle « AMOUR ». Un grand apaisement se fait.

Si l’harmonieuse vision puis les joyeuses copulations n’avaient pas précédé ce rêve il est probable que son côté numineux et écrasant, la tension extrême qui règne, le sentiment qu’il peut arriver quelque chose de terrible, auraient été psychiquement très difficiles à supporter.

Ainsi, vision et rêve sont complémentaires :  l’une délimite le cadre et met en ordre les éléments symboliques, l’autre, le Moi conscient de la Rêveuse étant protégé par ce cadre, entrouvre une porte sur la re-présentation de la totalité.

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Un grand message du Soi

Nous ne commenterons pas le dernier rêve de la série de la rêveuse, le rêve 153, reçu le lendemain du rêve du triangle.  Ce grand message du Soi n’était, nous le pensons,  destiné qu’à elle.  Ce rêve termine un ensemble remarquable qui fut, évidemment,  suivi d’autres rêves car les vagues oniriques ne s’arrêtent jamais de déferler à la frange de la conscience  :

La Rêveuse est réveillée par une voix forte qui dit :  Si oui, transcende ton Dieu et ouvre-toi. Cette voix sera présente toute la journée suivante.

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Publié initialement dans le cadre d’une thèse cette page a été adaptée par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.