C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Cheminements dans les concepts

Notre propos dans une partie de ce travail, dont la finalité est plutôt de montrer que de démontrer de manière abstraite, prendra appui sur les caractères étonnants de séries de rêves qui semblent révéler une dynamique profonde tant sur le plan de la structure que du symbole.

réseaux

Mais, avant de donner deux exemples de telles séries, il nous semble nécessaire, pour éviter malentendus et répétitions, et surtout pour aider le lecteur à comprendre notre cheminement en compagnie de Jung, de proposer des repères  destinés à éviter l’errance dans cet univers sans limites de la psyché jungienne. Nous désirons aussi éviter toute ambiguïté sur l’acception,  dans le cadre de notre recherche, de termes tels que “représentation” ou “totalité”.

Pour Jung, la seule manière d’avoir une idée de la relation avec la psyché est de procéder d’une manière empirique en observant ses manifestations et les résultats des actions induites. Cette expérience est indirecte ; pour en rendre compte on ne peut qu’émettre des hypothèses de travail à partir de similitudes avec l’ensemble du monde perçu dans la limite des possibilités cognitives humaines. Il est ainsi possible de proposer une sorte de modèle destiné à faciliter la compréhension. Cependant, cette représentation très simplifiée, qui ressemble aux cartes imaginaires que faisaient les navigateurs de l’antiquité, doit sans cesse être remise en question car s’il est une chose que Jung déteste c’est la certitude.

Ce refus de la certitude est une différence essentielle avec Freud. Cette attitude nous éclaire sur les positions contradictoires qu’il a pu adopter, selon les périodes de sa vie, au sujet de certains concepts comme les archétypes et le Soi.

C’est pourquoi nous avons l’intention de privilégier, dans la mesure du possible, les aboutissements conceptuels de sa maturité et même de sa vieillesse, période où, ayant mis de côté réserve et prudence, il produisit ses oeuvres les plus achevées et livra, en particulier dans sa correspondance, l’essentiel de ses réponses aux questions (1) qui le préoccupèrent dès son plus jeune âge.

Jung n’admire que les esprits capables de manier le paradoxe et de proposer des idées nouvelles,  sans oublier que chaque théorie véhicule une possibilité de contradiction. Il applique ce principe à ses propres investigations et n’a jamais hésité à proposer des pistes de recherche qu’il a ensuite abandonnées pour d’autres qui lui semblaient meilleures.

A la fin de sa vie, en s’appuyant sur la pratique, et une réflexion étayée par une vaste culture, Jung a cependant acquis, pour lui-même, un certain nombre de certitudes, toujours présentées comme des hypothèses de travail. C’est sur ces hypothèses que nous avons fondé notre propre recherche.

Il ne s’agit donc pas ici de nous livrer à un historique de l’évolution des concepts jungiens mais de tenter de proposer au lecteur une sorte de topographie de la psyché, telle que se la représentait Jung. Nous espérons, ainsi, ne pas nous égarer dans le labyrinthe des contradictions, apparentes ou réelles, auxquelles s’attachent les critiques de la Psychologie des profondeurs.

Nous aurons comme premier repère l’idée, parfois controversée, mais que nous faisons nôtre, que Jung situe la psyché  dans la totalité de la Nature, telle une goutte d’eau dans la mer.

Il nous faut ensuite ne jamais perdre de vue les deux jalons  que sont les concepts de polarité et de relation, concepts eux-mêmes en interdépendance.

La polarité est un terme que nous préférons à celui d’opposés, lui aussi très employé par Jung.

Entre les pôles opposés s’instaure une relation, due à la tension énergétique entre le plus et le moins, et cela se traduit par une opposition conceptuelle entre les couples tels que Mâle-femelle, Esprit-Matière, Bien-Mal. On peut dire qu’il y a une opposition dynamique et une opposition logique.

Ce sont les tensions entre polarités qui sous-tendent les différenciations, seules capables de faire émerger un univers intelligible sur le sens duquel nous pouvons nous interroger et avoir un discours. Les relations entre les diverses polarités forment une sorte de réseau dont nous sommes un élément. Ce réseau est animé par d’incessantes interactions et transformations qui, sous une apparence chaotique, possèdent un processus d’auto  organisation dont le but est d’harmoniser le plus possible chaque composant de la Totalité.

         Pour réaliser cette topographie, nous commencerons par établir les fondements biologiques de la psyché totale.

Nous nous intéresserons  ensuite à l’Homme conscient et à son noyau central le Moi, noyau recouvert du vêtement que constitue la Persona. Nous verrons comment il vit en perpétuelle tension avec deux opposés l’un qui est une sorte de contraire personnel du Moi, l’Ombre et l’autre qui appartient à un domaine dont nous décrirons les strates, jusqu’aux profondeurs du Psychoïde: l’Inconscient.

 La compréhension du système de relations, entre les divers niveaux de la psyché totale, nécessitera une identification du principe de coordination de ce vaste réseau dont le mécanisme de contrôle est la fonction compensatrice des rêves et le langage le symbole.

Nous décrirons aussi les manifestations plus ou moins susceptibles de représentation de l’inconscient, c’est à dire les complexes et les archétypes. Nous verrons, là encore, comment se manifestent des représentations archétypiques telles que  l’image de Dieu en relation directe avec l’idée de totalité ou  les représentants des couples d’opposés,  dont le plus utile pour notre étude est l’Anima-Animus.

Nous nous rapprocherons ainsi de notre but final qui est d’appliquer la  théorie de Jung au fonctionnement et à l’interprétation des rêves et des séries de rêves.

Nous verrons que, dans les sĂ©ries, il y a une Ă©nergie motrice, la fonction transcendante. Cette fonction est l’instrument du cheminement vers le processus d’individuation. Il s’agit d’un processus d’unification et d’aspiration Ă  la totalitĂ© dont nous comptons montrer les manifestations et le dĂ©roulement dans les deux sĂ©ries de rĂŞves.

Avant d’aborder cette proposition de repères, nécessaire à une approche des relations au sein de la psyché, il nous faudra, pour éviter tout malentendu ou ambiguïté d’ordre philosophique, préciser nos présupposés. Par exemple, nous interroger sur la ou les significations que nous allons privilégier quand nous utiliserons le terme représentation.

Il est aussi indispensable d’expliciter ce que recouvre, dans une perspective jungienne, le concept de totalité. Élucidation essentielle car toute la coloration de notre recherche va en dépendre.

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  1. Les ouvrages “incontournables” sont Les Racines de la conscience, Psychologie et Religion, Psychologie et Alchimie, Aïon  et Mysterium Conjunctionis mais nous avons souvent trouvé, sous une forme clair/lue puisqu’il traite du sens symbolique de la vision des soucoupes volantes : Un mythe moderne. Les toutes dernières lettres sont essentielles. Il est aussi parfois fort utile de se référer aux définitions de Types psychologiques mais sans perdre de vue que la première version de l’ouvrage fut rédigée en 1920 et que la pensée de Jung a considérablement évolué après sa grave maladie de 1944 ; il suffit pour s’en persuader de lire dans Ma vie, l’autobiographie des relations de Jung avec son inconscient, le chapitre intitulé “pensées tardives”. Nous ferons référence à d’autres titres qui traitent de sujets précis tels que les rêves ou la symbolique suivant les nécessités de la recherche.

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