C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Notions clef

Naviguer dans les repères de psychologie analytique


Appareil psychique selon Jung

strateDresser le tableau sch√©matique de la psych√©, telle que d√©crite par Jung, pr√©sente le risque, quand on connait la profondeur et la complexit√© de sa pens√©e, d’aboutir √† une image simpliste. L’exercice doit √™tre tent√© car il est important de connaitre, m√™me succinctement certains th√®mes importants, avant de plonger plus avant dans la psychologie analytique.

La psych√© (ou l’appareil psychique), et c’est l√† probablement la clef la plus fondamentale, est constitu√©e par une opposition fondatrice (car source de vie psychique), entre¬†la conscience et l’inconscient. Par commodit√© d’√©tude, il faut proc√©der au d√©coupage, √† la dissection¬†des instances psychiques, qui, dans la r√©alit√© de la vie, sont en constante interp√©n√©tration et interd√©pendance…il est finalement tr√®s r√©ducteur de les isoler. Mais comment faire autrement pour que ce soit intelligible ?

La conscience

C’est une double interface :

  • elle re√ßoit les informations de l’ext√©rieur,
  • elle re√ßoit les informations provenant de l’inconscient.

Pour mieux comprendre comment sont accueillies les informations dans la conscience (et l’enjeu qui y r√©side), je vous invite √† lire les articles¬†sur¬†les fonctions psychologiques.

Au cŇďur de la conscience, existe quelque chose de tr√®s particulier, produit de l’inconscient (c’est un complexe, nous y reviendrons) : le Moi (=l‚Äôego pour faire simple).¬†Au d√©but, il est organisateur de l’exp√©rience consciente. Puis, il se complexifie. Il devient un ensemble de repr√©sentations. C’est une force unificatrice de la psych√©, il se trouve au centre de la personnalit√©. Il est √©galement responsable de nos sentiments d’identit√© et de continuit√© personnelle.

La conscience est essentielle en ce qu’elle est notre seule et unique outil pour vivre toute exp√©rience !¬†De quelque profondeur de notre √™tre que surgit un contenu, il ne pourra √™tre v√©cu que par la conscience. Toute transformation de l’√™tre peut donc √™tre r√©sum√©e par un enrichissement, un ¬ę¬†√©largissement¬†¬Ľ¬†de la conscience.

Derni√®re remarque, et non la moindre, contrairement √† la pens√©e g√©n√©rale, c’est la conscience qui est non inconscient, et non l’inverse…en d’autre terme, la conscience adviendrait d’un champ lui pr√©existant.

L’inconscient

Pour simplifier au plus rapide, disons que, dans la psychologie analytique, il existe deux couches √† l’inconscient, une sp√©cifiquement li√©e √† la singularit√© de l’individu, dite inconscient¬†personnel, et l’autre, plus profond√©ment inscrite, h√©ritage universel de l’homme, source entre autre des mythes fondateurs de l’humanit√©, d√©nomm√©e inconscient¬†collectif (le terme d’universel aurait √©t√© plus adapt√©, le collectif √©tant de nos jours proche de la notion de groupe, de communaut√©, etc).

L’inconscient personnel

Il est proche de l’image populaire de l’inconscient. Se nichent l√† des choses refoul√©es, exp√©riences r√©prim√©es, oubli√©es, etc

Jung est √† l’origine d’un test passionnant, le test d’association de mots. On livre au patient une liste de mots et on lui demande de donner le plus rapidement possible le premier terme que lui √©voque chaque mot. On note le temps de r√©ponse, la r√©ponse, les h√©sitations, signes ext√©rieurs de malaise…certains mots provoquent des ¬ę¬†arr√™ts¬†¬Ľ, des mont√©es √©motionnelles brusques (=affects), tout cela hors du champ de conscience du patient qui est √©tonn√© et sceptique si on lui mentionne. Ces ¬ę¬†noeuds¬†¬Ľ inconscients, Jung les a¬†appel√©¬†complexes. ¬†Il se conduisent de mani√®re autonome, comme des ¬ę¬†personnalit√©s parasitantes¬†¬Ľ. Attention, les complexes sont des produits naturels et n’ont pas vocation destructive…le Moi dont nous avons parl√© est √©galement un complexe et on per√ßoit vite son int√©r√™t.

En se ¬ę¬†construisant¬†¬Ľ, le Moi va laisser de c√īt√© ce qu’il juge inadapt√©, inacceptable…ce qui, naturellement, va conduire √† la ¬ę¬†gen√®se¬†¬Ľ d’un autre complexe, finalement compensatoire, tr√®s important dans la psychologie analytique, l’Ombre. Dans la culture populaire, c’est notre ¬ę¬†mauvaise moiti√©¬†¬Ľ…et pourtant nous verrons que c’est aussi le terreau de tout d√©veloppement futur.

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L’inconscient collectif

C’est comme l’immense¬†r√©servoir¬†des processus du monde, ancr√©s dans notre cerveau; il constitue dans sa totalit√© une esp√®ce d’image du monde atemporelle et √©ternelle qui fait contrepoids √† notre vue actuelle contemporaine et consciente du monde. Il s’agit des traces d’exp√©riences communes de l’esp√®ce, r√©p√©t√©es pendant des mill√©naires par des g√©n√©rations de personnes.

Nous avons vu l’existence des complexes dans l’inconscient personnel, on peut trouver leur pendant dans l’inconscient collectif avec une immense diff√©rence d’√©chelle dans leurs attributs.¬†L’inconscient collectif comprend un nombre illimit√© d’images. Les images primordiales sont les arch√©types. Ils renferment tous un th√®me universel et produisent des manifestations, per√ßues sous forme symbolique ou mythologique.

L’image commune d√©finissant l’arch√©type : c’est la structure cristalline, toujours identique pour un cristal donn√©, qui va finalement donner une infinit√© de cristaux de forme et de couleur diff√©rentes.

Ces arch√©types sont puissants, source de vie mais aussi potentiellement de mort psychique (ils peuvent balayer le Moi et engendrer la dissociation psychotique).¬†Il mobilise tant d’√©nergie psychique (la ¬ę¬†libido¬†¬Ľ chez Jung) qu’il exerce, comme les plan√®tes dans l’espace gravitationnel compare Jung, une force d’attraction qui peut influencer durablement, voire de mani√®re d√©finitive, le¬†Moi.


Les projections

reflet fontaineLe terme de projection est pass√© dans le langage courant, souvent d√©tourn√© de son v√©ritable sens, il appara√ģt important de le d√©finir, dans le cadre de la pens√©e de Jung.

A la radio, une jeune chanteuse populaire, Zaz (entendre ici), entonne dans son refrain quelques mots qui, à leur manière, peuvent définir la projection.

¬ę¬†C’est con, ce qu’on peut √™tre con
A se cacher de soi même
C’est con, ce qu’on peut √™tre con
Car l’autre n’est que le reflet de ce qu’on se met √† couvert¬†¬Ľ

Origine des projections

En effet, nous avons vu qu’en construisant notre identit√©, nous √©tablissons une boussole psychologique (voir les fonctions psychologiques)¬†en privil√©giant une fonction et en en d√©laissant une autre. Ce faisant, nous forgeons, pour un temps seulement, l’attitude la plus adapt√©e face au monde ext√©rieur.

Ce schéma intérieur induit deux choses :

  1. la fonction dominante va donner¬†la tonalit√© perceptive de l’individu. En d’autres termes, une incompr√©hension fondamentale (mais non d√©finitive bien heureusement) existe avec ceux qui ont une autre fonction dominante. Un type intuitif va arriver dans une for√™t, son regard va √™tre port√© sur une branche au sol, il va spontan√©ment retrouver l’arbre dont elle vient, deviner l’origine de cette chute. Le type sensation va r√©aliser combien l’air est frais, l’odeur d’humus forte, la lumi√®re filtr√©e par les arbres…deux mondes distincts en action.
  2. la fonction inf√©rieure, enfouie en grande partie dans l’inconscient, va donc trouver √©mergence hors du champ de la conscience et¬†√™tre √† l’origine d’une grande partie de nos projections¬†sur les objets ext√©rieurs.

Définition classique

La d√©finition officielle de la projection est la suivante,¬†Laplanche et Pontalis √©crivent :¬†¬ę c‚Äôest une op√©ration par laquelle un sujet expulse¬†de soi et localise dans l‚Äôautre, personne ou chose, des qualit√©s, des sentiments, des¬†d√©sirs qu‚Äôil m√©conna√ģt ou refuse en lui ¬Ľ. Ce processus¬†est √©videmment inconscient.

Le principal écueil de ce mécanisme de défense est de déplacer l’attention  loin du problème qu’il serait pourtant  nécessaire de gérer.

Ce jeu de projection sur autrui conduit finalement à certaines conséquences :

  • le lien qui nous unit √† l’objet de notre projection provient d’une couche profonde de notre √™tre,
  • ce lien est aussi une r√©ponse au besoin de retrouver l’√©tat¬†fusionnel initiale ou¬†indiff√©renciation.

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Le travail sur les projections chez Jung

Ce besoin de fusion avec l’objet ext√©rieur, Jung a employ√©¬†un terme de L√©vy-Bruhl pour le qualifier : c’est¬†la participation mystique. L’autre doit fonctionner comme nous.

De ce besoin d’unit√© id√©ale naissent les passions amoureuses, les connivences intimes, les communaut√©s d’id√©es mais aussi l’intol√©rance, l’id√©ologie, le¬†pros√©lytisme, les haines, le rejet; disons le clairement,¬†un filtre parasitant,¬†parasitant notre relation √† autrui et notre regard introspectif.
Il serait orgueilleux¬†de qualifier¬†un processus¬†naturel et vital, ou¬†pire, de le disqualifier, mais force est de constater que l’accomplissement de l’individu ne passera¬†qu’en le d√©masquant, en le ¬ę¬†transgressant¬†¬Ľ (aller plus loin en le traversant).

Jung d√©duit de son exp√©rience clinique, en lien avec ses formalisations th√©oriques,¬†qu’un travail sinc√®re (donc sans concession) sur nous-m√™me, passe toujours par une confrontation¬†avec la fonction inf√©rieure (tout ce qui nous para√ģt √©tranger, d√©sagr√©able, inadapt√© en nous). Ce faisant, nous touchons, sans forc√©ment le savoir, notre part d’ombre, la source de tr√®s nombreuses projections (ce qui nous est insupportable en nous l’est beaucoup plus facilement,¬†supportable, d√©pos√© sur les √©paules du voisin).

Ce travail accompli permet une croissance de conscience qui, naturellement, diminue¬†en force et intensit√© les produits de¬†l’inconscient. Les projections s’estompent¬†naturellement.

Citations Jung et Von Franz

¬ę Ramener de l‚Äôordre dans le r√©seau projectionnel, c‚Äôest ramener un peu de¬†sant√© dans la vie d‚Äôun individu ¬Ľ.¬†¬ę Nous devrions prendre √† notre propre compte une¬†bonne part des reproches dont nous accablons autrui puisque les projections sur¬†l‚Äôobjet ne sont que contenus inconscients ¬†du sujet qui parle ¬Ľ. Jung

¬ę Tout progr√®s dans la compr√©hension mutuelle et dans la¬†capacit√© de s‚Äôentendre avec son prochain d√©pend du retrait des projections ¬Ľ¬†¬ę Et si le¬†vŇďu de paix ne passait plus par l‚Äôinjonction souvent entendue : ¬ę si tu veux la paix¬†pr√©pare la guerre ¬Ľ qui a longtemps justifi√© toutes les pulsions agressives¬†individuelles et collectives, ¬†mais incitait chacun √† faire retour sur soi, combien de¬†malheurs pourraient √™tre √©vit√©s ? ¬†C‚Äôest √† l‚Äô√©vidence une solution offrant √† chaque¬†humain le choix d‚Äôexercer sa responsabilit√© sans incriminer ¬†l‚Äôext√©rieur. ¬†Ainsi chacun¬†deviendrait ¬†acteur de sa vie et non plus jouet impuissant ou ¬†justicier ¬†vengeur¬Ľ Von Franz


 Le symbole chez Jung

Symbole-fauneLe symbole, un th√®me commun√©ment abord√© dans l’oeuvre de Jung et qui m√©rite que l’on s’y attarde. Pour l’aborder, j’ai choisi une tentative d’encadrement de l’acception ¬ę¬†jungienne¬†¬Ľ du symbole. Le r√īle, l’usage et la fonction du symbole dans la psych√© humaine, feront l’objet d’un approfondissement ult√©rieur.

L’imagination, et les images qui en √©mergent, ont une grande importance pour Jung et je crois que sa d√©finition du symbole y ¬ę¬†trouva corps¬†¬Ľ.

¬ę¬†La parole, signe et symbole, sort par la bouche. Si la parole est un signe, elle ne signifie rien. Mais si elle est un symbole, alors elle signifie tout‚ĶLe symbole est cette parole qui sort par la bouche, qu‚Äôon ne prononce pas, mais qui remonte des profondeurs du Soi comme une parole de force et de d√©tresse et qui se pose sur la langue inopin√©ment. Il s‚Äôagit d‚Äôune parole √©tonnante et qui semble peut √™tre d√©raisonnable, mais on l‚Äôidentifie comme le symbole au fait qu‚Äôelle est √©trang√®re √† l‚Äôesprit conscient. Lorsque on accepte le symbole, c‚Äôest comme si on ouvrait une porte qui m√®ne dans une nouvelle pi√®ce¬†¬†dont on ignorait auparavant l‚Äôexistence.¬†¬Ľ Jung

Ce que n’est pas le symbole

Approche apophatique (du grec¬†apophasis: n√©gation), ou d√©marche r√©ductrice pour les philosophes, clin d‚ÄôŇďil en allusion √† la th√©ologie d’Eckhart, que Jung appr√©ciait tant.

  • Le symbole n’est pas un signe.¬†Pour autant, on peut distinguer le signe¬†arbitraire¬†(qui renvoie √† une r√©alit√© signifi√©e) et le signe all√©gorique qui renvoie √† une r√©alit√© difficile √† ¬ę¬†pr√©senter¬†¬Ľ. Ceci n’est pas symbole !
  • Le symbole, au sens de Jung,¬†n’est pas le symbole ¬ę¬†linguistique¬†¬Ľ qui se distancie des choses pour les re-pr√©senter,
  • Ce n’est pas le symbole des ¬ę¬†initi√©s¬†¬Ľ, qu’ils soient religieux ou de la ¬ę¬†Tradition¬†¬Ľ, qui est en fait un signe avec une signification ou ensemble de significations secr√®tes.

Ces deux¬†derni√®res acceptions du¬†symbole se rejoignent dans le fait¬†d’occulter le sujet ¬ę¬†percevant¬†¬Ľ¬†dans le processus de cr√©ation du sens. Et c’est justement, pour Jung, dans le sens que se niche la valeur du symbole.

pousse arbre

Ce qui distingue le symbole selon Jung

Selon Jung, l‚Äôexpression symbolique¬†exprime le mieux¬†possible¬†un √©tat de fait complexe et qui n‚Äôest pas encore clairement saisi par la conscience¬†alors que le signe d√©signe toujours quelque chose de connu.¬†Le symbole est donc l’exp√©rience personnelle de surgissement de sens dans la conscience. Par nature, cela ne peut exister que sur un plan subjectif et l’on per√ßoit alors la force de l’imaginal dans ce processus.

Pour être un peu simpliste, on peut dire que la sémiotique tend à réunir la pluralité en unité alors que le symbole accepte, invite, considère la pluralité.

Avec le symbole, nous sommes aux portes du sacré.

¬ę¬†l‚Äôattitude symbolique r√©sulte d‚Äôune certaine conception de la vie qui attribue un sens √† tout¬†√©v√©nement¬†grand ou petit, et donne √† ce sens plus de valeur qu‚Äôau fait lui-m√™me ¬†¬Ľ Jung

Le symbole poss√®de d’autres sp√©cificit√©s

  • Si les symboles sont v√©cus par le sujet dans son int√©riorit√©, certains sont des repr√©sentations collectives.
  • le symbole est vivant en ce sens qu’il n’est jamais fig√© et surtout le lien entre les symboles et l’homme √©volue depuis la nuit des temps

¬ę¬†En r√©alit√©, les hommes d’autrefois ne r√©fl√©chissaient pas sur leurs symboles. Ils vivaient et √©taient inconsciemment anim√©s par leur signification.¬†¬Ľ Jung


  Le rêve selon Jung

arbre t√™te¬ę¬†En chacun de nous existe un autre √™tre que nous ne connaissons pas. Il nous parle √† travers le r√™ve et nous fait savoir qu’il nous voit bien diff√©rent de ce que nous croyons √™tre. ¬Ľ¬†Jung

Le r√™ve est un produit de la nature selon Jung;¬† il utilise¬†un langage archa√Įque ce qui le rend souvent d√©licat √† traduire…√† l’instar de Freud, il pense que c’est le¬†canal id√©al pour instaurer un dialogue avec l’inconscient.

Nature du rêve

Le caract√®re naturel du r√™ve que j’√©voquais juste au dessus implique une consid√©ration tr√®s particuli√®re de ce dernier. Si l’on admet aujourd’hui, au moins sur un plan ¬ę¬†psychocognitif¬†¬Ľ, que¬†la diff√©rence entre le ¬ę¬†primitif¬†¬Ľ et l’homme contemporain est le niveau de conscience, on a un peu ais√©ment, et sans fondement r√©el, associ√©e cela √† une √©volution positive; Car les progr√®s et le confort ind√©niables de cette √©volution a un prix, a n√©cessit√© un invisible sacrifice : l’√©loignement de l’homme avec¬†son lien originel avec la nature. Ainsi, le langage du r√™ve est difficile d’acc√®s.

Les fonctions du rêve

  • Clich√© instantan√© de la psych√©¬†:¬†Selon Jung, le r√™ve t√©moigne, de la mani√®re la plus pr√©cise qui soit, de l’√©tat de la psych√© √† un instant donn√©.
  • R√©tablissement de l’√©quilibre psychique¬†:¬†Conscient et inconscient doivent √™tre reli√©s, afin de contribuer, conjointement, √† la construction de l’individu.¬†Toute attitude unilat√©rale¬†(refus de l’inconscient ou, au contraire, perte des r√©alit√©s conscientes) est traduite dans le r√™ve et, symboliquement, tir√©e vers une compensation menant √† un √©quilibre psychique.
  • Sens prospectif :¬†Au del√† de son r√īle de compensation, Jung a constat√©, notamment par l’√©tude de s√©rie de r√™ves (trait√© sur ce site, ici), qu’il y a a un √©lan,¬†une dynamique de construction¬†qui se dessine dans les r√™ves. Guid√© par un fil d’Ariane int√©rieur (qu’il nommera Soi), le r√™veur est accompagn√© dans sa m√©tamorphose int√©rieure.

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Usage du rêve

Si l’on connait l’importance du collectif et de son influence sur l’individu dans l’oeuvre de Jung et s’il admet que des √©l√©ments oniriques peuvent avoir des significations¬†communes, dans des cas tr√®s particuliers, force est de d’admettre que les r√™ves portent¬†un sens singulier pour chacun…aussi, quoi qu’on puisse lire ou √©crire, le seul v√©ritable interpr√®te du r√™ve ne peut √™tre que le r√™veur lui-m√™me.

Succinctement, Jung distingue deux plans dans l’interpr√©tation du r√™ve :

  1. Le plan de l’objet¬†: Les √©l√©ments oniriques sont examin√©s en lien avec leur ¬ę¬†r√©sonance¬†¬Ľactuelle du r√™veur ainsi que la valeur au regard du pass√©, notamment de l’enfance. C’est¬†l’aspect r√©ductifd’interpr√©tation (qui r√©sume en gros l’interpr√©tation freudienne qui s’arr√™te aux question de r√©foulement),
  2. Le plan du sujet¬†: Cette m√©thode s’appuie sur le caract√®re¬†prospectif¬†du r√™ve (qui r√©pond √† la question qu’est ce que √ßa veut ?). On va, cette fois, s’attarder sur les √©l√©ments du r√™ve en les consid√©rant comme une dimension ¬ę¬†cach√©e¬†¬Ľ (ou projections) du r√™veur…c’est la¬†m√©thode constructive ou synth√©tique.

Ainsi, on voit ais√©ment que l’interpr√©tation des r√™ves pour Jung s‚Äôappuie sur la ¬ę¬†m√©thode freudienne¬†¬Ľ (d’o√Ļ je viens?) , enrichie par un autre niveau de complexit√©, prospectif (o√Ļ je vais ?).

Il reste encore d’autres champs de compr√©hension du r√™ve selon Jung, le plan transf√©rentiel et l’amplification, que nous traiterons ult√©rieurement.¬†


Libido selon Jung

libido¬ę¬†On peut dire que dans le domaine psychologique le concept de libido a la m√™me signification que celui d’√©nergie dans le domaine de la physique depuis Robert Mayer¬†¬Ľ¬†Jung

¬†Cette phrase, extraite de¬†Les m√©tamorphoses de l’√Ęme et ses symboles, d√©finit clairement la libido selon Jung, tr√®s distincte de l’acception sexuelle de Freud. Il est bon de noter que Freud lui-m√™me, dans ses essais plus tardifs sur la th√©orie sexuelle, reconna√ģtra que la libido peut √™tre contenue dans des forces instinctives (pulsions) autres que sexuelles.

Unit√© d’intensit√© psychique

La libido repr√©sente¬†l‚Äôintensit√© du processus psychique, sa valeur psychologique en quelque sorte. Toutefois il ne s’agit pas d’une valeur attribu√©e d’ordre moral, esth√©tique ou intellectuel; la valeur psychique correspond √† la force d√©terminante du processus.

Psychodynamisme indifférenciée

Ce terme abscons d√©finit¬†la vie de l’√Ęme¬†selon Jung. Comme la pr√©c√©dente d√©finition de la libido l’√©voque, Jung postule l’existence d’une √©nergie vitale psychique en¬†constant mouvement¬†ET, selon le premier principe de la thermodynamique de¬†Mayer,¬†en conservation de quantit√©. Pour faire simple, la libido ob√©it √† un flux naturel, √† l’instar de la circulation sanguine dans le corps, afin de nourrir la psych√©. Elle circule √† la fois dans l’inconscient et la conscience mais, r√©pondant au principe de conservation,¬†ce qui est apport√© √† l’un est d√©duit de l’autre…

Le cours de la libido n’est pas lin√©aire; Jung a d√©cel√© que la dynamique psycho√©nerg√©tique est ¬ę¬†oscillatoire¬†¬Ľ.

Les cycles régression/progression

¬ę¬†Si la libido reste fix√©e au royaume merveilleux du monde int√©rieur, alors l’homme est devenu une ombre pour le monde d’en haut, il est comme mort ou gravement malade. Mais si la libido r√©ussit √† se lib√©rer et √† remonter vers le monde d’en haut, alors se produit un miracle: le voyage aux enfers a √©t√© pour elle une fontaine de jouvence et de la mort apparente surgit une nouvelle f√©condit√©¬†¬Ľ¬†Jung

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Prenons le cas d’√©cole d’un individu √† l’√©volution psychique optimale.

  • La libido s’investit dans la conscience qui va alors se distinguer des contenus de l’inconscient, , c’est¬†la phase de¬†progression. Mais le processus √©puise cette √©nergie et des sympt√īmes de d√©sunion de l’individu apparaissent,
  • En fait, la libido a chang√© de route et plong√© dans l’inconscient qui retrouve alors une possibilit√© d’action, qui peut de nouveau exercer une influence grandissante sur la conscience.¬†C’est la phase de¬†r√©gression, la fameuse descente en enfer mentionn√©e par Jung.

Il y a un mouvement r√©gressif qui puise dans l’√©nergie indiff√©renci√©e et fait gagner en force vive en diminuant la diff√©renciation et le mouvement progressif qui augmente la capacit√© discriminative mais fait perdre de la force. La conjonction du mouvement permet donc une diff√©renciation gr√Ęce √† la force extraite de l’indiff√©renciation.

La force du symbole

La naissance du symbole arr√™te la r√©gression de la libido dans l’inconscient. La r√©gression devient progression, le refoulement, flux. Ainsi est bris√©e la puissance attractive de la profondeur premi√®re.

Le salut, c’est donc le symbole ¬†qui peut comprendre et¬†unir en soi conscient et inconscient. (voir le symbole chez Jung)


La dynamique régression/progression

ange mortApr√®s avoir abord√© la notion d’√©nergie psychique, ou libido, chez Jung, il ¬†appara√ģt essentiel d’approfondir la notion des mouvements de cette √©nergie au sein de la psych√© de l’individu. En effet, Jung s’est bien moins int√©ress√© √† la nature m√™me de la libido (concept limite dont on ne peut rien dire avec certitude) qu’√† ses effets et contributions dans les¬†processus de transformation de l’homme.

¬ę¬†La systole¬†consciente et puissante qui contracte et engendre l’individuel et la diastole qui √©largit avec nostalgie et qui veut embrasser le tout¬†¬Ľ ¬†Jung

Petit avant-propos qui me semble indispensable : les termes de progression et de r√©gression d√©signent deux mouvements contraires qui contribuent, chacun dans leur r√īle distinct, √† la construction de l’individu. C’est une erreur d’y lire, comme on est tent√©, un acte purement positif dans la progression et n√©gatif dans la r√©gression…la nature agit mais ne juge pas !

La progression de la libido

On l’assimile souvent √† la notion d’adaptation. Ce besoin d’adaptation est constant dans la vie.

C’est le processus qui, lorsque l’individu est bouscul√© par des √©v√©nements ext√©rieurs, va permettre d’atteindre l’attitude juste, aboutissant √† l’adaptation; comme nous sommes dans le domaine de la psych√©,¬†l’adaptation marquera l’√©quilibre entre exigence ext√©rieure et int√©rieure. En d’autres termes, il y a progression lorsque l’individu parvient √† s’adapter √† de nouvelles sollicitations ext√©rieures en ¬ę¬†respectant¬†¬Ľ son harmonie int√©rieure (en¬†l‚Äôoccurrence, l’√©quilibre actuelle de la boussole psychologique des fonctions)¬†.

La progression, selon Jung, n√©cessite une fonction consciente dirig√©e. Lors d’une nouvelle exigence ext√©rieure, il faut un arbitre pour faire le tri sur ce qui est acceptable et ne l’est pas dans la construction de l’attitude : l’acteur en cause est donc la fonction dominante interpell√©e…mais ce qui est n√©cessairement banni alors tombe dans l’inconscient et entra√ģne avec lui une partie de la charge psychique (libido) qui va s’accumuler. Bient√īt la source de libido de la progression tarit !
Par exemple, la situation se présente quand un homme dirigé par son intellect et bon-sens (fonction pensée) ne peut plus résoudre la situation par logique et doit puiser dans sa dimension affective nichée tout au fond jusque là.
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La régression de la libido

Alors, devant l’impasse de la fonction dirig√©e, l’accumulation des √©l√©ments rejet√©s (base du refoulement), la marche de la libido devient r√©trograde. L’√©nergie accumul√©e au fond de la psych√© (l’inconscient) va donner vigueur et vie aux produits qui stagnaient alors car rejet√©s par le conscient.

Mais les choses ne sont pas si simples, car il s’agit bien de vase qui remonte √† la surface, ce que l’individu a √©cart√© pour vivre selon les lois qu’il avait √©tabli alors…ce que lui demande la r√©gression est ni plus ni moins que de violer¬†ses anciens¬†interdits !

Le conflit int√©rieur qui¬†na√ģt¬†alors est souvent violent et on le comprend ais√©ment. L’√©nergie d√©livr√©e √† ce moment √† l’inconscient est suffisant pour que ses produits remontent √† la surface et qu’il est toujours le dessus, le conscient √©tant alors exsangue…la dur√©e de la lutte d√©finira l’issue.¬†Soit l’ego lutte avec acharnement, l’homme se ferme √† ses arriv√©es archa√Įques, ses fantasmes, ses peurs infantiles et la dissociation pointe son nez, avec son lot de n√©vroses voire pire…mais si ce dernier capitule, accepte le dialogue propos√©, alors ces noirceurs effrayantes deviennent autant de germe de vie, de possibilit√© d’une nouvelle vie int√©rieure, et de capacit√© d’adaptation compl√©mentaire qui vont s’ajouter √† celles d√©j√† acquises…l’individu devient plus complet √† lui-m√™me !

En r√©sum√©,¬†la progression augmente la capacit√© de¬†discrimination¬†mais consomme l’√©nergie psychique et la r√©gression fait gagner en nouvelles forces vives et perdre en diff√©renciation (la distinction de ce qui est conscient et ne l’est pas).

Pour paraphraser Jung, il faut donc se pr√©parer √† ¬ę¬†descendre plusieurs fois aux enfers¬†¬Ľ .


 Approche de la psychologie selon Jung

En cette √©poque, o√Ļ l’on va chez le psy comme on va chercher son kit fajitas √† l’√©picerie, o√Ļ les voies de d√©veloppement¬†personnel se comptent √† la pelle, o√Ļ le statut du psy ressemble finalement √©trangement (mauvais qualificatif en fait,¬†j’ai une petite id√©e du pourquoi) √† celui du cur√© au 19√®me, j’aimerais apporter un √©clairage sur le sens de l’√©tude de la psych√©, ou psychologie, tel que l’entendait Jung.

Du grec ancien (psuk√© logia)¬†¬†litt√©ralement ¬ę¬†parole de l’esprit¬†¬Ľ.
J’ai choisi de livrer des extraits d’un de ces derniers ouvrages, L’homme √† la d√©couverte de son √Ęme, dans lequel il parle de sa compr√©hension de la psychologie…on va voir que cela m√®ne beaucoup plus loin que son acception commune.

¬ę¬†L’on m’a d√©j√† fait l’objection que cette conception¬†du plan du sujet repr√©sente un probl√®me philosophique ; l’application de son principe conduit bient√īt aux confins des conceptions¬†du monde, o√Ļ, par le fait m√™me, elle ne saurait se r√©clamer plus¬†longtemps de la science. Je ne trouve pas qu’il y a lieu d’√™tre surpris de voir la psychologie voisiner avec la philosophie, car¬†l’acte de pens√©e, assise de toute philosophie, n’est-il pas une activit√© psychique, qui, comme telle, rel√®ve directement de la psychologie? La psychologie ne doit-elle pas embrasser l’√Ęme dans son¬†extension totale, ce qui inclut philosophie, th√©ologie et maintes autres choses encore ? En face de toutes les philosophies aux¬†bigarrures infinies, de toutes les religions richement diversifi√©es,¬†se dressent, supr√™me instance peut-√™tre de la v√©rit√© ou de l’erreur,¬†les donn√©es immuables de l’√Ęme humaine.

Notre psychologie, qui se pr√©occupe avant tout de n√©cessit√©s¬†pratiques, se formalise peu de voir certains des probl√®mes qu’elle¬†soul√®ve heurter, de-ci de-l√†, des pr√©jug√©s bien √©tablis. Si la question¬†des conceptions du monde est un probl√®me psychologique, il nous¬†faudra l’aborder, que la philosophie rel√®ve ou ne rel√®ve pas de la¬†psychologie. De fa√ßon analogue, les questions des religions constituent pour nous, tout d’abord, une interrogation d’ordre psychologique.¬†¬Ľ

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¬ę¬†L’on a fait grief¬†√† mes travaux de ce que leur tendance pouvait avoir de ¬ę philosophique ¬Ľ (voire ¬ęth√©ologique¬Ľ), insinuant que ¬ęj’utilisais¬Ľ¬†l’aspect philosophique et son pouvoir explicatif, comme mes adversaires certains faits des sciences naturelles. La philosophie, l’histoire, l’histoire des religions, les sciences naturelles ne me servent¬†qu’√† la repr√©sentation des encha√ģnements et de la ph√©nom√©nologie¬†psychiques. Si, d’aventure, j’emploie un concept de Dieu, ou un¬†concept tout aussi m√©taphysique d’Energie, c’est que j’y suis bel¬†et bien contraint, car ce sont l√† des grandeurs qui pr√©existent dans¬†l’√Ęme depuis le premier commencement. Je ne me lasse pas de¬†r√©p√©ter que ni la loi morale, ni l’id√©e de Dieu, ni une quelconque¬†religion ne s’est jamais saisie de l’homme de l’ext√©rieur, tombant¬†en quelque sorte du ciel;¬†l’homme au contraire, depuis l’origine,¬†porte tout cela en lui,¬†et c’est d’ailleurs pourquoi, l’extrayant de¬†lui-m√™me, il le recr√©e toujours √† nouveau. C’est donc une id√©e parfaitement oiseuse que de penser qu’il suffit de faire la guerre √†¬†l’obscurantisme pour dissiper ces fant√īmes. L’id√©e de loi morale,¬†l’id√©e de Dieu font partie de la substance premi√®re et inexpugnable¬†de l’√Ęme humaine. C’est pourquoi toute psychologie sinc√®re, qui¬†n’est pas aveugl√©e par je ne sais quelle superbe d’esprit fort, se¬†doit d’en accepter la discussion. Ni l’ironie mordante, ni les vaines¬†explications ne parviendront √† les dissiper. En physique nous pouvons nous passer d’un concept de Dieu; en psychologie, par contre,¬†la notion de la divinit√© est une grandeur immuable avec laquelle¬†il faut compter. La confusion originelle de¬†l’imago¬†et¬†de son objet √©touffe toute diff√©renciation entre ¬ę Dieu ¬Ľ et l’¬ę imago¬†de Dieu ¬Ľ; c’est pourquoi l’on vous incrimine de th√©ologie et l’on¬†comprend Dieu chaque fois que vous parlez du ¬ę concept de Dieu ¬Ľ.¬†La psychologie comme science n’a pas √† entreprendre l’hypostase¬†de¬†l’imago¬†divine; elle doit simplement, conform√©ment aux faits, compter avec la fonction religieuse, avec l’image de Dieu. Il est clair que la notion de Dieu, par exemple, correspond √† un certain complexe de faits psychologiques et qu’elle repr√©sente ainsi une potentialit√© donn√©e avec laquelle il faut compter. Une question n’en demeure¬†pas moins au-del√† de toute psychologie: celle de savoir ce que Dieu¬†est en soi. Je regrette de devoir r√©p√©ter de pareilles √©vidences.¬†¬Ľ

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¬ę¬†L’homme est ce qu’il¬†mange.¬†¬Ľ Cette fa√ßon de penser¬†pr√©tend r√©duire la vie de l’esprit √† un fonctionnement d’assimilation et de d√©sassimilation dans les cellules c√©r√©brales, assimilation¬†et d√©sassimilation qui sont n√©cessairement toujours figur√©es comme¬†des synth√®ses ou des d√©sint√©grations de laboratoire; car comment¬†nous les repr√©senter autrement, comment nous les repr√©senter¬†comme la vie les cr√©e, tant que nous ne connaissons pas et que¬†nous ne pouvons pas suivre en pens√©e les processus vitaux? Et pourtant c’est ainsi qu’il faudrait pouvoir reconstituer la vie cellulaire, si l’on d√©sire assurer la validit√© de la conception mat√©rialiste.¬†Mais, ce faisant, on aurait d√©j√† d√©pass√© le mat√©rialisme, puisque¬†la vie appara√ģtrait, non comme une fonction de la mati√®re, mais¬†comme un processus existant en soi et auquel force et mati√®re seraient subordonn√©es. La vie comme fonction de la mati√®re exigerait¬†generatio aequivoca‘. Il faudra sans doute en attendre encore¬†longtemps la preuve. Rien ne nous autorise, si ce n’est l’exclusivisme, l’arbitraire et l’absence de t√©moignage, √† concevoir la vie¬†de fa√ßon mat√©rialiste. Nous avons tout aussi peu le droit de r√©duire¬†la psychologie √† un fonctionnement c√©r√©bral, sans compter que¬†toute tentative dans ce sens est vou√©e √† l’absurde, comme le montrent toutes celles qui furent d√©j√† entreprises. Le ph√©nom√®ne psychique doit √™tre consid√©r√© sous son aspect psychique et non pas¬†comme processus organique et cellulaire. Autant l’on s’emporte¬†contre les ¬ę fant√īmes m√©taphysiques ¬Ľ, d√®s que quelqu’un s’avise d’expliquer les processus cellulaires de fa√ßon vitaliste, autant¬†l’hypoth√®se physique est accr√©dit√©e comme scientifique, quoiqu’elle¬†ne soit en rien moins fantastique que la premi√®re. Mais elle a l’avantage de cadrer avec le pr√©jug√© mat√©rialiste et c’est pourquoi¬†n’importe quelle absurdit√© est sacr√©e scientifique, d√®s qu’elle permet¬†de muter du psychique en physique. Esp√©rons que les temps ne¬†sont plus √©loign√©s o√Ļ nos hommes de science se d√©barrasseront de¬†ce restant de mat√©rialisme creux et surann√©.¬†¬Ľ


Felicia neurosis !!! Autre approche de la psychologie de Jung

Cette expression, Jung aimait l’√©voquer pour d√©signer les sympt√īmes n√©vrotiques…quelques t√©moignages de proches ou bribes tir√©es de correspondances mentionnent ses mots particuliers que l’on peut rapidement traduire par ¬ę¬†prolifique¬†¬Ľ ou ¬ę¬†bienfaisante¬†¬Ľ n√©vrose. Curieuse expression !

Un postulat r√©volutionnaire : la fonction prospective de l’inconscient

¬ę Aucun fait psychologique ne peut jamais √™tre expliqu√© de mani√®re exhaustive en seuls termes de causalit√© ; en tant que ph√©nom√®ne vivant, il est toujours indissolublement rattach√© √† la continuit√© d‚Äôun processus vital, de sorte qu‚Äôil s‚Äôagit de quelque chose qui non seulement a √©volu√©, mais est aussi cr√©atif et en continuelle √©volution ¬Ľ L’homme √† la d√©couverte de son √Ęme
Je ne reviendra pas sur la gen√®se, issue de l’empirisme clinique et notamment l’√©tude des r√™ves, mais il me semble que nous tenons, pour l’√©poque (les choses ont heureusement √©volu√©), la plus grande distinction existante avec les autres psychologies, en particulier l’√©cole freudienne.
Freud consid√©rait avec une immense m√©fiance la capacit√© de r√©gression chez l‚Äôhomme, Jung, quant √† lui, percevait dans l‚Äôirrationnel une composante profonde et donc essentielle de l’humain.
En termes simples et concis, Jung ¬†a r√©alis√© que l’inconscient n’√©tait pas qu’un grenier rempli de refoulements divers mais contenait √©galement les clefs d’une construction int√©rieure en cours.
Pour lui, il existe chez l’homme une aspiration profonde √† retourner dans la matrice de l’inconscient pour y vivre une sorte de ¬ę¬†re-naissance¬†¬Ľ int√©rieure. Cette aspiration comporte une dimension spirituelle. Jung insiste donc sur un dynamisme de transformation et de cr√©ation pr√©sent dans la psych√© humaine.
ciel

Pourquoi ¬ę¬†Luxus neurosis¬†¬Ľ ?

¬†¬ę Nous ne devrions pas tenter de nous d√©barrasser d‚Äôune n√©vrose, mais bien plut√īt de voir ce qu‚Äôelle signifie, ce qu‚Äôelle a √† nous enseigner, quel est son but. Une n√©vrose n‚Äôest v√©ritablement supprim√©e que lorsqu‚Äôelle a supprim√© les fausses attitudes du moi. Nous ne la gu√©rissons pas ; c‚Äôest elle qui nous soigne. Un homme est malade, mais la maladie est la tentative de la nature pour le gu√©rir ¬Ľ.¬†Jung en 1934
Pour Jung, la n√©vrose est avant tout une d√©sunion avec soi-m√™me, c’est ¬ę¬†l’expression d’une √Ęme en souffrance¬ę¬†. Mais elle porte en elle une tentative de gu√©rison. Souvent, c’est une compensation √† une attitude unilat√©rale (par exemple une conscience qui n’accepte pas les produits de l’inconscient).
Pour image, nous pourrions dire que la conscience se perd sur la route de l’accomplissement (c’est m√™me dans sa nature mais c’est un autre sujet) et que le n√©vrose est appel, lancinant et souvent douloureux, qui l’attire vers le chemin adapt√©.
Mais la souffrance ne rev√™t pas seulement des aspects n√©gatifs, elle constitue aussi une invitation au changement, √† l’√©largissement de nos horizons, une sorte de passage oblig√© √† une m√©tamorphose de la personnalit√©.

Le pouvoir de guérison de la psyché

¬ę¬†La plupart des √©coles psychologiques contemporaines √©laborent leur th√©orie de l’homme √† partir d’un pr√©suppos√© tacite qui pr√©tend savoir ce qu’est la maladie psychique et conna√ģtre les r√®gles ou les crit√®res collectifs de la normalit√© humaine. Il s’ins√®re de ce fait un √©l√©ment de manipulation plus ou moins important dans l’ensemble des th√©rapies m√©dicales (…) A l’oppos√© de cette fa√ßon de voir, la th√©rapie selon C.G. Jung pourrait √™tre qualifi√©e d'¬†¬Ľhom√©opathique¬†¬Ľ.En effet, nous ne pensons pas savoir ce qui est bon pour le patient; en revanche, nous faisons confiance aux tendances naturelles d’autogu√©rison de la psych√©. C’est pourquoi cette th√©rapie porte toute son attention sur la compr√©hension de ces forces d’autogu√©rison et s’efforce de les favoriser, sans plus. Toutefois, nous ne saurions comprendre ces tendances de l’√Ęme vers la gu√©rison sans arriver √† ¬ę¬†d√©chiffrer¬†¬Ľ le langage onirique par lequel s’exprime la nature psychique. Cela repr√©sente un travail ardu auquel Jung a consacr√© toute sa vie et toute son oeuvre.¬†¬Ľ
Marie-Louise Von Franz, dans son livre La délivrance dans les contes de fées
P1010727 - Version 3

Parmi les autres apports fondamentaux de Jung

  1. Jung apporta une innovation accept√©e par les analystes d‚Äôaujourd‚Äôhui : dans le r√™ve, on peut retrouver l’√©clairage objet et sujet; notamment, les personnages des r√™ves peuvent √™tre consid√©r√©s comme repr√©sentant des aspects du moi propre du r√™veur.
  2. Vers 1915, Freud √©crivit : ¬ę C‚Äôest, √† mon avis, l‚Äôun des grands services que nous a rendu l‚Äô√©cole de Zurich, que d‚Äôavoir fait ressortir la n√©cessit√© pour toute personne voulant pratiquer l‚Äôanalyse de se soumettre auparavant elle-m√™me √† cette √©preuve chez un analyste qualifi√©. ¬Ľ Jung imposa l¬†¬Ľid√©e qu’un analyste devait d’abord √™tre pass√© par l’analyse pour √©valuer les enjeux en cours dans un √©change analytique et ¬ę¬†s’en affranchir¬†¬Ľ pour ne polluer la th√©rapie…on reconnait bien l√† sa ¬ę¬†rigueur op√©rative¬†¬Ľ.