C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Les archétypes

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Imago

L’image, dans le domaine psychologique (qui n’est pas l’image comme simple repr√©sentation) joue un r√īle primordial dans la pens√©e de Jung; c’est m√™me un concept pr√©sent dans l’ensemble des th√©ories psychologiques et psychanalytiques.

Jung la d√©finit comme ¬ę¬†une grandeur complexe, compos√©e des mat√©riaux les plus h√©t√©rog√®nes, d‚Äôorigines infiniment diverses,¬†qui a une unit√© en soi¬†¬Ľ, elle correspond √† ¬ę¬†l‚Äô√©tat momentan√© de la conscience¬†¬Ľ et ¬ę¬†√†¬†la cr√©ativit√© propre de l‚Äôinconscient¬ę¬†. (in¬†Les types psychologiques)

Histoire du concept chez Jung

En 1906, Carl Spitteler, po√®te suisse allemand, publie son Ňďuvre la plus connue,¬†qui √©voque¬†une histoire d’amour impossible car non r√©ciproque,¬†Imago,¬†qui est¬†aussi le nom de cette femme, objet de tous les d√©sirs et fascinations, auquel l’amoureux se r√©signera √† vouer un v√©ritable culte.

Cette Ňďuvre, empreinte de lyrisme et tr√®s suggestive,¬†¬†marquera fortement Jung qui utilisera ce nom, en 1907, pour d√©signer¬†cette image primordiale, ou originelle,¬†que son exp√©rience clinique lui avait d√©j√† r√©v√©l√©e.

Ce concept √©voluera dans sa pens√©e progressivement pour aboutir √† la notion d’arch√©type, en 1916 (terme issu d’un trait√© alchimique de Denys l’A√©ropagite, le¬†Corpus Hermeticum).

A noter tout de m√™me que le concept d’imago est encore commun√©ment employ√© en psychanalyse, principalement pour √©voquer les images psychologiques maternelles et paternelles.

empreinte

Qu’est ce que l’imago ?

C’est, avant tout autre chose,¬†une rencontre¬†entre le sujet et l’objet (on rappelle tr√®s bri√®vement que, chez Jung, le sujet est le ¬ę¬†je¬†¬Ľ et l’objet, le ¬ę¬†non je¬†¬Ľ). Sans objet, pas d’image psychique !

Si je parle de rencontre, c’est bien parce que l’objet constitue le support initial (la forme), le sujet apporte sa mati√®re (le contenu ou remplissage de la forme) et le produit final est la combinaison, l’intrication du sujet et de l’objet, l’imago.

Pour faire simple, l’imago s’√©labore par :

  • un objet,
  • un mode de ¬ę¬†perception¬†¬Ľ psychologique (voir fonctions psychologiques¬†√† ce sujet),
  • une dynamique, toujours singuli√®re √† chacun, de construction appartenant √† la psych√©.

R√īle de l’imago

Comme beaucoup de constituants psychiques initiaux, selon la psychologie de Jung, l’imago, en soi,¬†constitue une forme d’ali√©nation¬†pour le d√©veloppement ¬ę¬†de l’√™tre¬†¬Ľ.¬†Sa ¬ę¬†d√©construction¬†¬Ľ, qui rend aussi sa dignit√© √† l’objet, permet d’appr√©hender son propre fonctionnement int√©rieur.

Travailler sur les imagines (pluriel d’imago) permet alors :

  • une vraie rencontre avec l’objet (non pollu√©e de¬†projections),
  • une rencontre avec soi (Soi),
  • une collaboration pleine √† sa propre individuation.

Anecdote amusante : en biologie, le m√™me terme d’imago est utilis√© pour d√©signer, chez les insectes qui connaissent plusieurs phases de croissance (comme les papillons), le dernier stade de d√©veloppement.


Approche de l’arch√©type

¬ę¬†On croit souvent que le terme ¬ę¬†arch√©type¬†¬Ľ d√©signe des images ou des motifs mythologiques d√©finis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des repr√©sentations conscientes : il serait absurde de supposer que des repr√©sentations aussi variables puissent √™tre transmises en h√©ritage. L’arch√©type r√©side dans la tendance √† nous repr√©senter de tels motifs, repr√©sentation qui peut varier consid√©rablement dans les d√©tails, sans perdre son sch√®me fondamental.¬†¬Ľ¬†C.G. Jung,¬†L’homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 67.

Autant le dire d’embl√©e, le concept de l’arch√©type, pierre angulaire de la psychologie analytique, est parmi les plus m√©connus. Son passage dans le langage courant, sous une acception totalement d√©voy√©e de celle de Jung, a fortement contribu√© √† cette confusion.

Dans cet extrait d’une lettre de Jung de 1957, j’ai trouv√© la d√©finition la plus simple de l’arch√©type; ¬ę¬†Les arch√©types sont les formes instinctives de repr√©sentation mentale¬†¬Ľ.

  • formes instinctives¬†: Ils sont naturels car, d’apr√®s Jung, inscrit dans le vivant. C’est pourquoi ces ¬ę¬†instincts¬†¬Ľ appartiennent √† l’humanit√© enti√®re et ne r√©pondent pas aux contraintes temporelles ou spatiales,
  • repr√©sentation mentale¬†:¬†L’arch√©type lui-m√™me n’est pas directement accessible √† l’exp√©rience mais ils sont la source des mythes, des ¬ę¬†grands¬†¬Ľ symboles, etc ¬ę¬†une forme symbolique qui entre en fonction partout o√Ļ n’existe encore aucun concept conscient¬†¬Ľ Jung, Types psychologiques.

vase grec

L’arch√©type n’est pas exprimable, il rel√®ve d’une strate profonde de l’inconscient, inatteignable pour l’homme. Seules existent le produit de la rencontre avec eux,¬†les repr√©sentations arch√©typales; ce sont comme des empreintes de pas d’√©l√©phant dans la for√™t. Les empreintes sont l√†, tangibles, visibles par tous, elles trahissent la pr√©sence des pachydermes mais eux, demeurent toujours invisibles.

Jung mentionne, √† l’instar de ¬†¬ę¬†l’effet de gravit√©¬†¬Ľ de l’√©toile sur les plan√®tes, une force d’attraction incoercible de l’arch√©type sur le moi.¬†La rencontre avec un arch√©type n’est pas anodine, la charge √©motionnelle est intense ! Le terme de numineux¬†(du¬†numen¬†d’Otto dans son ouvrage sur le sacr√©, voir ici) lui est attribu√©.

¬ę¬†L’exp√©rience arch√©typique est une exp√©rience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des arch√©types, mais se trouver r√©ellement confront√© √† eux est une toute autre affaire. La diff√©rence est la m√™me qu’entre le fait de parler d’un lion et celui de devoir l’affronter. Affronter un lion constitue une exp√©rience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalit√©¬†¬Ľ ¬†Jung

Les repr√©sentations arch√©typiques sont des symboles ¬ę¬†vivants¬†¬Ľ, qui laissent pressentir √† la conscience la nature de sa totalit√©. Le symbole est, dans l’acception jungienne, l’outil puissant et singulier √† chacun sur la voie de l’individuation (voir ici). Pourquoi ? Parce que¬†c’est le seul qui contient en lui la conciliation d’oppos√©s¬†en apparence inconciliables. En effet, la nature m√™me de la psych√© contient une dualit√© apparente qu’il faut d√©passer, mais ceci est un th√®me que nous aborderons plus tard.


Approfondissement de la notion

Poursuivons la présentation de ce concept fondamental.
Encore une fois, est il¬†important¬†de¬†rappeler que th√©oriser la vie psychologique est utile pour l’appr√©hender mais d√©nature son v√©ritable fonctionnement…cela s’applique d’autant plus √† ce qui touche √† l’inconscient collectif, patrimoine du genre humain en perp√©tuelle √©volution. Il est une¬†id√©e s√©duisante et intuitive qui exprimer le fait que l’accomplissement d’une vie, l’√©largissement d’une conscience, va nourrir ce patrimoine et le changeait √† jamais.
clavis mystica

Attraction

L‚Äôarch√©type peut √™tre compar√©¬†au trou noir en astrophysique, captant¬†la lumi√®re qui ne peut s’√©chapper et dont, par cons√©quence, la pr√©sence ne peut √™tre d√©voil√©e que par ses ¬ę¬†√©piph√©nom√®nes¬†¬Ľ. La conscience ne pourra jamais appr√©hender l’arch√©type mais percevoir son influence par la fa√ßon dont il attire la mati√®re (psychique) et la lumi√®re (conscience) vers lui. Cette m√©taphore astrophysique nous permet de saisir √©galement le risque encouru. Perdre le discernement, la part de conscience, qui nous distingue de l’arch√©type, c’est √™tre d√©vor√©.

Les arch√©types sont souvent compar√©s √† des potentialit√©s d’images tant que nous ne les avons pas v√©cues individuellement. Quand elle est associ√©e √† un v√©cu concret, une image ¬†prend vie, acquiert un sens et une influence sur nous mais ce faisant elle s’ampute de son ¬ę¬†ampleur¬†¬Ľ, de sa charge d’√©nergie, qui passe de l’inconscient √† la conscience.

Vocation

Pour Jung, nous sommes, de fa√ßon naturelle, constamment confront√©s aux arch√©types qui structurent et ordonnent notre psych√©, sans que nous ne puissions jamais nous les approprier. Ce faisant, il utilise la jolie image de la mer qui porte les vagues (psych√©s individuelles). Pour autant,¬†¬ę¬†l’arch√©type¬†n’est pas une disposition qui sommeille, en attendant bien tranquillement son actuation. Bien au contraire, c’est une disposition dynamique qui tend vers sa¬†r√©alisation¬ę¬†HO p91. L’inconscient¬†m√®ne¬†une vie autonome et se manifeste dans la conscience sans l’avis ou l’accord de celle-ci, mais il nous reste la libert√© de coop√©rer.

Définition

Marie-Louise von Franz apporte un √©clairage int√©ressant, me semble t’il¬†: ¬ęJung d√©finit comme arch√©types toutes les dispositions inn√©es et structures psychiques √©videntes qui, dans des situations caract√©ristiques et r√©p√©t√©es produisent des repr√©sentations, des pens√©es, des √©motions et des motifs imaginaires similaires dans leurs structures.¬†¬Ľ MP p17
On a souvent compar√© les arch√©types aux ¬ę Id√©es ¬Ľ de Platon. Il y a pourtant une diff√©rence entre une repr√©sentation arch√©typique et une id√©e platonicienne. Cette derni√®re est un contenu purement abstrait alors que l’arch√©type peut ¬ę¬†√©merger¬†¬Ľ par le biais d’un sentiment ou d’une √©motion mais aussi par les supports mythologiques. Von Franz dit encore ceci : ¬ę¬†Les arch√©types en tant que tels sont des structures intangibles : ce n’est que lors de leur stimulation par une situation critique, int√©rieure ou ext√©rieure, c‚Äôest-√†-dire √† un moment d√©cisif, qu’ils vont produire une image arch√©typique ( … ), une pens√©e, une intuition ou une √©motion.¬†¬ĽMP p17

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L’opposition

Tous les arch√©types agissent entre deux p√īles oppos√©s. ¬ę¬†ils contiennent tout ce qui il y a de plus beau et de plus grand de ce que l’humanit√© a jamais pens√©, senti ou √©prouv√©, mais aussi toutes les pires infamies et les plus infernales inventions dont les hommes ont pu √™tre capables¬ę¬†PI p117.

Ils paraissent paradoxaux dans leur principe ; ainsi l’esprit est √† la fois ¬ę¬†senex et juvenis¬†¬Ľ, le vieux sage peut aussi √™tre le magicien d√©moniaque. En fait, renfermant potentiellement le noir avec le blanc, le plus avec le moins, ils concilient intrins√®quement les oppos√©s. Ils sont √† l’origine du processus le plus fondamental du d√©veloppement psychique, et le plus mal compris, la conjonction des oppos√©s diff√©renci√©s.

La conjonction n‚Äôest ni m√©lange, ni fusion, ni conflit des oppos√©s. Elle ¬ę¬†traverse¬†¬Ľ les deux camps pour arriver vers un troisi√®me terme,¬†quintessence¬†des deux premiers, toujours exprim√© symboliquement. C’est la voie d’enrichissement la plus pouss√©e de la conscience mais le processus n√©cessaire est long et douloureux : en effet, l’arch√©type vit dans l’inconscient par les projections (voir ici)¬†dont il faut dans un premier temps prendre conscience pour s’en lib√©rer et se r√©attribuer l’√©nergie (remise en cause profonde) pour finalement aboutir au sacrifice de l’ancien moi .

Caract√®re psycho√Įde

Jung d√©couvre que l’arch√©type pose son influence √† la fronti√®re de deux mondes;. il a un pied dans la mati√®re et un autre dans l’esprit. L’arch√©type est d√©fini comme psycho√Įde: il est √† la jointure entre la psych√© et le soma et op√®re dans les deux domaines. Ce qui fait qu’il peut s’exprimer autant par les mythes, l’imaginal, les images symboliques que par la souffrance, la pathologie, ou, plus l√©g√®rement , par des fantaisies du comportement, des formes de style, de voix, de maintient etc.

***
HO : R. Hostie РDu mythe a la Religion dans la Psychologie analytique de C.G. Jung. РNouv. ed. РParis: Desclee de Brouwer, 1968.
MP : Marie-Louise Von Franz РMatière et Psyché
PI : Jung – Psychologie de l’inconscient

Archétype РToujours plus loin

Un_univers_fractalApr√®s une approche succincte et une premi√®re tentative d’approfondissement, osons certains aspects de l’arch√©type que l’on ne trouve pas toujours dans les √©crits de vulgarisation. Encore une fois, il ne faut pas perdre √† l’esprit que les travaux de Jung touchaient un nouvel horizon (la vie de la psych√©), tout de moins dans son approche ¬ę¬†clinique¬†¬Ľ et m√©thodique, approche¬†qu’il a toujours scrupuleusement respect√©e. Aussi, la notion d’arch√©type a √©volu√© tout au long de ses √©crits et, selon les mots m√™mes de Jung, ne pourra qu’√™tre au mieux circonscrite.

Entre deux conceptions

Dans ses essais, Cazenave¬†rappelle que Jung n’a jamais tranch√© entre deux approches distinctes de l’arch√©type :

  1. L’irruption de l’arch√©type dans la psych√© est indissociable des images et symboles (li√©s √† la culture),
  2. l’arch√©type est patrimoine psychique humain dont chacun h√©rite et qui, pourtant, n’a pas de fondement temporel.

Jung, au d√©bit de l’√©dification de¬†son concept d’arch√©type, a assimil√© arch√©type et images arch√©typiques. C’est l’erreur que l’on continue √† retrouver commun√©ment quand le th√®me est abord√©. Finalement, √† l’instar de la chose en soi de Kant, des monades de Leibniz ou des √©ternelles incr√©√©es de Bergson, Jung a conclu qu’on ne pouvait rien en dire mais juste t√©moigner de leur caract√®re dynamique au sein de la psych√© de l’individu.¬†Notons, au passage, que cela les distingue d√©finitivement des id√©es platoniciennes.

Le caract√®re psycho√Įde

Ce terme obscur d√©signe un attribut de double appartenance, celui de l’esprit (psychique) et celui de la mati√®re. L’arch√©type fait fi de la dualit√© conscience/science, esprit/mati√®re, puisque sa nature m√™me repose sur¬†et d√©passe ces deux mondes inconciliables.

Jung a d√©duit ce principe √† la fois par les constatations cliniques (le traumatisme engendrerait une activation arch√©typique), et, au cours de l’√©laboration de son concept de Unus Mundus (terme issu de l’alchimie, qu’il a repris pour d√©signer l’unit√© sous-jacente du monde apparemment divis√© entre l’esprit et¬†la mati√®re). Une manifestation de cette unit√© est perceptible dans la vie de l’individu √† travers¬†les synchronicit√©s.

¬†¬ę La psych√© participe √† la fois de l‚Äôesprit et de la mati√®re. Je suis persuad√© que la psych√© est en partie de nature‚Ķ La totalit√© de l‚Äôhomme se situe entre le mundus archetypus, qui est bien r√©el puisqu‚Äôil agit, et le monde physique, qui est tout aussi r√©el puisqu‚Äôil agit √©galement‚Ķ..Il y a par ailleurs des raisons de supposer que tous les deux ne sont que des aspects diff√©rents d‚Äôun seul et m√™me principe. ¬Ľ Correspondance entre Jung et Pauli

unus mundus

La constellation

On peut le r√©sumer par principe d’activation d’un arch√©type, c’est √† dire d’irruption au sein d’une psych√©, en vue de compenser un manque dans la sph√®re consciente qui entra√ģne ¬ę¬†une impasse¬†¬Ľ ou ¬ę¬†situation impossible¬†¬Ľ.

Cela peut faire suite √† une √©v√®nement ext√©rieur important ou √† l’initiation d’une profonde transformation int√©rieure.¬† Ce terme rappelle que l’arch√©type est un noyau √©nerg√©tique puissant¬†et qu’il attire √† lui tout ce qui r√©pond √† sa nature (singuli√®re puisque les arch√©types sont infinis) en vue de la compensation. Bien souvent, le canal des complexes personnels est exploit√©.

La contamination

¬ę¬†Tirez une racine d’herbe et vous ferez venir la prairie toute enti√®re¬ę¬†. Proverbe chinois

Cette jolie phrase r√©sume l’id√©e de contamination chez les arch√©types. Comme dans l’ensemble de la psych√©, il n’y a pas de fronti√®re d√©finie et un arch√©type masque souvent la pr√©sence d’autres arch√©types. Jung a m√™me mentionn√© la possibilit√© d’un seul arch√©type polymorphe ou, pour √™tre plus pr√©cis, d’un champ arch√©typique (selon l’acception scientifique).¬†Certaines propri√©t√©s de la physique quantique co√Įncident √©troitement avec la nature des arch√©types, comme, par exemple, la non localit√©.

Il est dit qu’un arch√©type activ√© chez un individu l’est simultan√©ment pour plusieurs personnes.


De l’arch√©type en action

Raymond Hostie, pr√™tre j√©suite ayant collabor√© pendant un temps avec Jung, est l’auteur d’un ouvrage remarquable,¬†Du mythe √† la Religion,¬†apportant un √©clairage rigoureux et passionnant sur le rapport entre la pens√©e religieuse et la psychologie analytique.

trou-noir

Au fil des pages, il entreprend notamment le d√©cryptage de l’√©mergence de l‚Äôarch√©type √† la surface de la conscience. Il d√©finit des ¬ę¬†√©tapes¬†¬Ľ pr√©sent√©es ci-dessous :

  1. Les arch√©types, noyaux √©nerg√©tique puissants, sont dans la ¬ę¬†strate¬†¬Ľ psychique de l’inconscient collectif,
  2. Dans la vie psychique d’un individu ou d’un groupe d’individus, un ensemble de donn√©es poss√®de une inclinaison, une tonalit√©, en lien avec un arch√©type. ¬†C’est la¬†constellation¬†qui constitue un apport d‚Äô√©nergie d√©clenchant l‚Äôactivit√© de l‚Äôarch√©type,
  3. La charge¬†√©nerg√©tique¬†s’insinue dans la conscience. Ici, l’√©tat d’√©quilibre du moi et la collaboration de l’individu ont un r√īle pr√©pond√©rant dans la nature de la r√©ception : elle peut¬†√™tre¬†vaguement ou lointainement per√ßue (ce qui n’enl√®ve rien √† son apport) ou¬†d√©clencher¬†une¬†temp√™te¬†psychique (pouvant conduire √† une catastrophe),
  4. La conscience per√ßoit cette activit√© qui est¬†ressenti comme ¬ę¬†autre¬†¬Ľ,
  5. De l’interaction entre la conscience et ce flux √©nerg√©tique na√ģt le symbole. Le mat√©riel repr√©sentatif qu’apporte le sujet est ordonn√©, constell√© par l‚Äôarch√©type qui lui donne sa signification. Le rev√™tement symbolique de l‚Äôarch√©type varie en fonction du lieu, du temps et de l‚Äôindividualit√© dans lesquels il s’impose,
  6. Le symbole se manifeste à la conscience comme une réalité ne venant pas du moi, il en est indépendant,
  7. La¬†polyvalence du symbole¬†invite la conscience a une confrontation, m√©diation, r√©flexion, explication spontan√©e ou m√©thodique si elle se fait dans le cadre de l’analyse.

¬ę¬†L‚Äôexp√©rience vivante d’un arch√©type est souvent √©prouv√©e et cach√©e comme le secret le plus individuel qui soit, pr√©cis√©ment parce que le sujet se sent atteint au plus profond de son √™tre; elle est une sorte d‚Äôexp√©rience originelle du non-moi de l‚Äô√Ęme, d’un partenaire int√©rieur qui invite au dialogue, a la discussion et a la confrontation¬†¬Ľ.¬†Psychologie de l’inconscient¬†Jung


La persona – Approche

persona

(Pour l’approche de la persona selon Ariaga, se r√©f√©rer √† ce passage de la th√®se)

Jung la d√©crit ainsi : ¬ę¬†la persona est ce que quelqu’un n’est pas en r√©alit√©, mais ce que lui-m√™me et les autres pensent qu’il est.¬†¬Ľ (1)

Les autres¬†m’apparaissent important pour la cerner car la construction de la persona ne se structure finalement que¬†lorsque l’individu se confronte √† l’autre. Et c’est le regard de et vers l’autrequi la r√©v√®le √† soi-m√™me.

Ce thème de la persona , en apparence assez simple à cerner, est en fait éminemment délicat, et ce, pour deux raisons principales :

  1. Jung, qui a √©difi√© ce concept assez t√īt, lors de la rupture avec Freud, va le d√©velopper dans plusieurs ouvrages avant de finalement ne plus du tout en parler, au profit de l’Anima et de l’Animus,
  2. La Persona ne r√©pond pas pr√©cis√©ment √† la nature d’un arch√©type. Postuler la persona comme arch√©type est une confusion entre l’arch√©type et sa repr√©sentation.¬†La persona est en fait un attribut du moi au service de processus arch√©typiques.

La persona est souvent repr√©sent√©e comme un simple masque, interface vital de l’individu face aux autres, √† la soci√©t√©. Pour simplifier, disons que¬†c’est la face √©clair√©e et visible de notre √™tre ¬ę¬†sociabilis√©¬†¬Ľ, et que la source de cette lumi√®re¬†est au sein m√™me de notre psych√©, cette part ¬ę¬†non visible¬†¬Ľ. Au gr√© des jeux sociaux et culturels (l’autre en face de nous), nous orientons diff√©remment la lumi√®re.¬†Si la persona se d√©finit de cette mani√®re, c’est bien que nous composons, √† l’aide de mat√©riaux personnels (JE),¬†ce qui nous semble¬†la meilleur attitude, comportement, pour le regard de l’autre (IL). Le moi utilise ses moyens pour du collectif !

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La persona¬†r√©v√®le la fa√ßon dont le moi vit¬†ses tensions relationnelles¬†: l’ombre non int√©gr√©e, les failles narcissiques, les complexes autonomes, les conflits des oppos√©s, viennent buter contre¬†elle ou s’en saisir. Elle impose le personnage¬†qu’elle joue¬†√†¬†son insu, sacrifiant le moi r√©el qu’elle croit repr√©senter.¬†En cela, finalement, la persona¬†serait alors la fonction qui¬†permettrait au moi de se pr√©senter aux objets externes et d’entrer en¬†relation avec eux, tout en tenant compte de ses objets internes.

Si la persona est indispensable, car, sans, nous sommes d’une totale vuln√©rabilit√© et inadapt√© sur un plan social, le danger premier est de s’identifier tout entier √† elle. Le cas¬†classique (et confortable) qui se pr√©sente alors est d’accepter¬†comme soi fini cette ¬ę¬†construction sociale¬†¬Ľ. C’est √©videmment d√©nier notre nature profonde et r√©elle qui saura de gr√© ou de force remonter √† la surface √† un moment.

Tout comme la persona est la fonction de relation du moi aux objets¬†externes, l’anima/us est la fonction de relation aux objets internes. Elles¬†ont l’une vis-√†-vis de l’autre un rapport de compl√©mentarit√©. L’identification du moi¬†√†¬†l’une ou l’autre fonction maintient l’Autre dans l’inconscient, ce qui est mortif√®re √† la fois pour le d√©veloppement individuel (blocage de l’individuation) et pour toute relation ext√©rieure (pollu√©e par les projections).

Le moi, en tant que porteur du masque, ne doit pas oublier la face interne.¬†Quand¬†le processus d’individuation est en route, il y a comme un quelque¬†chose qui rend le masque de plus en plus l√©ger : les traits externes¬†deviennent toujours plus homologues de ceux de l’int√©rieur.¬†Le masque deviendra plus l√©ger et plus¬†√©lastique, par cons√©quent¬†moins rigide, plus facile¬†√†¬†endosser, et¬†√† se porter avec naturel parmi les¬†autres. Il deviendra en fait¬†une v√©ritable protection dans toutes les¬†circonstances de la vie en maintenant authentique la relation au autres.

(1)Ma vie – Glossaire


L’Ombre – Approche

ombreSur ce concept probablement plus que sur tous les autres, il faut d’abord tenter de se lib√©rer des id√©es pr√©con√ßues, des caricatures restrictives et images populaires un peu trop simplistes. L’ombre est ce qui n’est pas beau en nous, ce qui nous fait peur ou fait fuir (c’est d’ailleurs cet aspect de l’ombre qui fait dire √† certains sp√©cialistes qu’il s’approche de l’inconscient freudien) mais sa nature est infiniment complexe et fondamentale. Il me para√ģt essentiel, pour saisir correctement l’arch√©type (car s’en est un), de reprendre depuis le d√©but…qu’est ce que l’ombre et √† quoi sert elle ?

Gen√®se de l’ombre

L’ombre et le moi sont √©troitement li√©s. Quand le moi se constitue, se ¬ę¬†solidifie¬†¬Ľ, il forme¬†une empreinte unique dans la matrice de l’inconscient indiff√©renci√© (pour rappel, l’inconscient du petit enfant ne distingue pas, initialement, l’objet du sujet, l’ext√©rieur de l’int√©rieur). L’image que j’avais employ√©e est celle du doigt qui marque la cire brute¬†: le creux cr√©√© poss√®de naturellement une autre face, oppos√©e, une ¬ę¬†bosse¬†¬Ľ qui est l’ombre.¬†
Tous les choix √©cart√©s dans notre vie, les potentiels inexploit√©s, les carences entretenues, les images traumatiques qu’on a voulu enfouir (ou fuir), etc sont la nourriture fondatrice de l’ombre. L’ombre de quoi ? de la conscience √©videmment. La vie nous √©claire continuellement et notre face √©clair√©e est le moi.¬†L’ombre √† l’abri derri√®re r√©pond √† la nature m√™me de l’objet √©clair√©.

Constitution de l’ombre

L’ombre est arch√©type car r√©pond au genre humain. Elle est associ√©e au mal et l√† se pose une grande part des recherches de Jung : pourquoi fuir le mal ?
Le mal en psychologie jungienne est l’absence de conscience, il n’y a pas de possibilit√© de jugement de valeur…l’h√©ritage jud√©o-chr√©tien a fortement compliqu√© le rapport au mal chez¬†l’occidental et c’est justement en le d√©passant que Jung en a d√©duit ses apports ind√©niables √† la constitution de l’individu. L’ombre n’est en fait non pas le mal en nous mais l’archa√Įque, la nuance est fondamentale !
Pour r√©sumer, j’aimerais dire que l’ombre pourrait √™tre assimil√© √† l’inconscient personnel de l’individu. Unique √† chacun, c’est aussi un m√©diateur pr√©cieux avec les profondeurs fondatrices de l’√™tre.

O√Ļ est l’ombre ?

Nich√©e dans l’inconscient, seule une attention dirig√©e¬†et un d√©sir r√©el peut nous permettre de la d√©celer. Elle existe chez chacun de nous √† travers ce que l’on appelle la fonction inf√©rieure (voir ici¬†pour les d√©tails).
R√©pondant au processus naturel, d’origine inconsciente, elle ne surgit √† l’ext√©rieur qu’√† travers les projections (voir ici).
homme_decouverte_ame¬ę¬†De deux choses l’une, nous connaissons notre ombre ou ne la connaissons pas ; dans ce dernier cas, il arrive souvent que nous ayons un ennemi personnel sur lequel nous projetons notre Ombre, dont nous le chargeons gratuitement, qui, √† nos yeux, la porte comme si elle √©tait sienne, et auquel en incombe l’enti√®re responsabilit√© ; c’est notre b√™te noire, que nous vilipendons et √† laquelle nous reprochons tous les d√©fauts, toutes les noirceurs et tous les vices qui nous appartiennent en propre! Nous devrions endosser une bonne part des reproches dont nous accablons autrui! Au lieu de cela, nous agissons comme s’il nous √©tait possible, ainsi, de nous lib√©rer de notre Ombre; c’est l’√©ternelle histoire de la paille et de la poutre.¬†¬Ľ Jung L’homme √† la d√©couverte de son √Ęme
Soyons attentif à nous-même pour déceler nos incompétences et nos lacunes, arrêtons nous quelques instants sur le type détestable qui nous agace prodigieusement (pourquoi ?) : nous touchons du doigt notre ombre.

L’ombre utile ?

Quelle question…l’ombre est fondamentale !!!
L’individuation qui est projet de fondation de l’individu est¬†une entreprise de terrassement : lib√©rantombre-et-lumiere strate apr√®s strate, ramenant √† la surface des s√©diments imm√©moriaux, les premiers coups de pelle vont tomber sur l’ombre. La part inconnue, inadapt√©e, primitive en nous est la source de notre enrichissement, quoi de plus logique ?
On ne s’enrichit jamais du semblable.
Mais attention au¬†conservatisme extr√™me du moi (c’est sa fonction premi√®re)…nous sommes en face de la source de nos peurs !
Pas de honte √† avoir donc, c’est naturel d’avoir peur de s’y frotter…et inutile de ¬ę¬†fuir √† toute jambe¬†¬Ľ, l’autonomie (une des caract√©ristiques des arch√©types) lui conf√®re tout pouvoir et plus nous croyons √™tre loin d’elle, plus elle deviendra √©paisse, lourde, noire…
En somme qu’il soit coop√©rant ou non, l’homme n’√©chappera pas au dialogue difficile avec l’ombre pour se lib√©rer, s’√©panouir, grandir.

Pour finir, une image employ√©e par Roland Cahen me revient √† l’esprit car elle me pla√ģt : que tous ceux qui sont effray√©s par leur double pervers et primitif n’oublient jamais qu’ils ont aussi en eux un double h√©ro√Įque et divin, le Soi…


Le Soi

Jung le d√©finit, ni plus ni moins, comme ¬ę¬†la somme et la quintescence de tous les arch√©types¬†¬Ľ. Commun√©ment et simplement, on le rapproche de l’√Ęme (sous son acception jungienne), c’est √† dire, l’ensemble du conscient et de l’inconscient de l’individu. C’est en ¬ę¬†pratique¬†¬Ľ plus complexe que cela mais gardons cette repr√©sentation en t√™te. C’est un des concepts de Jung qui appara√ģt dans ces premi√®res Ňďuvres (d√©but¬†20√®me) et se trouvera affiner et pr√©ciser jusqu’√† la fin de sa vie…et pour cause, c’est un concept limite. ¬ędans la mesure o√Ļ quelque chose de l’inconscient existe, il n’est pas assignable¬†: son existence n’est qu’un pur postulat [‚Ķ] la totalit√© n’est empirique que dans ses parties, et seulement dans la mesure o√Ļ celles-ci sont contenus de la conscience. En cons√©quence le ¬ę¬†soi¬†¬Ľ n’est qu’un concept limite¬†¬Ľ[1-Psychologie et Alchimie 1935.]

Nature du Soi

Qui dit concept limite, dit impossibilit√© de le borner, cadrer, d√©finir (¬ę¬†C’est un postulat transcendant, psychologiquement l√©gitim√©¬ę¬†)…comme pour la plupart des √©l√©ments de l’inconscient, on ne peut parler que de ses manifestations √† la conscience, pas de sa nature r√©elle. Si seulement ce principe √©tait admis par tous, que d’inepties dues √† des incompr√©hensions ne seraient plus √©crites sur l‚ÄôŇďuvre de Jung.
¬ę¬†Le Soi doit √™tre con√ßu comme une d√©termination individuelle sui generis¬ę¬†. (sui generis est un terme latin -de son propre genre- qui d√©signe ce qui n’est comparable √† rien d’autre et donc, ce qui,¬†intrins√®quement, distingue l’individuel du collectif).
¬ę¬†Je reste conscient du fait qu’il est fort possible que, formulant cette hypoth√®se, nous restions encore prisonnier d’une image [‚Ķ] tout bien pes√©, je ne doute pas qu’il s’agisse encore d’une image, mais d’une image telle et si essentielle qu’elle nous englobe et nous contient. ¬†¬Ľ[2-Dialectique du moi et de l’inconscient 1916/1934.]

Le Soi et le Moi

Faisons simple : le Soi, comme union totale de la psych√©, pr√©existe au Moi. Reprenons l’image¬† de l’√©tat initial du Moi, telle une matrice de cire, dans laquelle l’empreinte de la conscience va prendre corps, cr√©ant creux et bosses. Le Soi peut √™tre succinctement consid√©r√© comme source de cette cire originelle.¬†Il y a l√† un rapport √©troit entre ces deux instances. Au d√©part, avant toute individuation, le Soi est donc totalement inconscient et le Moi est √† son √©gard comme objet √† sujet et l’on comprend alors pleinement la fameuse phrase ¬ę¬†ce n’est pas moi qui me cr√©e moi-m√™me : j’adviens plut√īt √† moi-m√™me¬†¬Ľ ou encore ‚Äúla pens√©e est fond√©e sur l’autor√©v√©lation du Soi‚ÄĚ[3-Essai d’interpr√©tation psychologique du dogme de la trinit√© 1940/1948.].

Le Soi et l’individuation

Si l‚Äô√©veil du Moi fait surgir le particulier de l‚Äôuniversel, le multiple de l‚Äôunit√©, le retour au Soi permet de r√©int√©grer le particulier √† l‚Äôuniversel, le multiple √† l‚ÄôUn. Au passage, on retrouve l√† un principe fort, le cycle du d√©part de la matrice originelle et de son retour, modifi√© et enrichi d’une relation ¬ę¬†conscientis√©¬†¬Ľ avec la transcendance (le dogme chr√©tien autour de la chute et la¬†r√©surrection des √Ęmes, la¬†r√©conciliation¬†de l’√™tre et r√©int√©gration du genre humain de la th√©osophie chr√©tienne, etc).
On pourrait dire que le processus d’individuation est, au final, l’incarnation du Soi.

Le Soi et l’individu

Comme pour tout contenu arch√©typique inconscient, le Soi op√®re au sein de la psych√© selon deux principes oppos√©s, un salutaire et l’autre destructeur, les deux √©tant cependant ¬ę¬†contributeurs¬†¬Ľ dans le processus d’individuation.
  • L’un d’eux provoque l’√©clatement, la diff√©renciation de la conscience et de contenus inconscients (processus toujours douloureux),
  • l’autre d√©passe les contraires apparents (conscient / insconcient) pour les concilier au sein d’un symbole vivant pour l’individu¬†(que l’on pourrait appeler le ¬ę¬†sens¬†¬Ľ).
Sur le chemin, l’individu a ¬ę¬†la r√©v√©lation d’un √™tre pr√©existant au Moi qui √©tait son cr√©ateur et son int√©gralit√©¬†¬Ľ [4- Racines de la conscience].
Comment ne pas comprendre alors le caract√®re religieux de l’√™tre qui se sent saisi par ce ¬ę¬†sentiment oc√©anique¬†¬Ľ ?
Finalement, le centre de la personnalit√© ¬ę¬†ne co√Įncidera plus avec le Moi, mais sera figur√© par un point √† mi-chemin entre le conscient et l’inconscient¬†¬Ľ. ¬ę¬†Le Moi individu√© se sent l’objet d’un sujet inconnu qui l’englobe¬ę¬†[5- Dialectique du moi et de l’inconscient, 1933.].
L‚Äôhomme doit se comporter √† l‚Äô√©gard du Soi comme un serviteur, surtout pas comme un ma√ģtre et encore moins un esclave.¬†La voie de l‚Äôindividuation ouvre les portes de la libert√© vraie, apr√®s multiple emb√Ľches¬†et d√©chirements internes, se d√©voile un univers dot√© de sens o√Ļ l’on accepte sereinement ce qui nous d√©passe et nous fait.