C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Belladona, la belle qui a du chien

Bernard Long présente belladona  sous son aspect homéopathique et symbolique.  

BELLADONA : LA PLANTE

 Atropa belladona

BelladonaLa plante
La belladone (atropa belladona ou belladonna) est encore appelée morelle furieuse, ou morelle marine. C’est une plante herbacée vivace de la famille des solanacées. Elle pousse dans toute l´Europe, le long des routes des forêts, dans les décombres, et dans les taillis.

C’est une grande plante vivace pouvant atteindre 1,5 m, aux feuilles ovales pointues, pĂ©tiolĂ©es, aux fleurs en cloche, solitaires, pendantes, brunes Ă  l’aisselle des feuilles supĂ©rieures. Les fruits sont des baies noires luisantes de la taille d’une cerise. On la trouve le long des haies, dans les sous-bois, sur terrain calcaire. La plante est très toxique pour l’homme dans toutes ses parties. Elle apparaĂ®t parfois pour disparaĂ®tre ensuite, sans aucune raison apparente.

Elle contient divers alcaloĂŻdes et c’est, au point de vue toxique, une des plantes les plus dangereuses de nos rĂ©gions. Elle a fait et fait encore de nombreuses victimes parmi les enfants qui sont trompĂ©s par l’apparence appĂ©tissante de ces magnifiques baies noires. Elle renferme en effet diffĂ©rents alcaloĂŻdes extrĂŞmement nocifs, l’atropine, l’hyoscyamine et la scopolamine qui ont entre eux d´étroites parentĂ©s chimiques ; le plus connu et le plus important est l´atropine.

La teinture mère avec laquelle nous préparons toutes les dynamisations de ce remède, est faite avec la plante fraiche toute entière, récoltée au mois de juin, au moment de sa floraison. 1  Belladona forme avec hyoscyamus et stramonium ce que Nash appelle le « trio des remèdes du délire ».

 BELLADONA TRADITIONNELLE

La belladone a une relation très particulière à la lumière et au contraste entre lumière et ombre. Ses boutons sont placés sur la paroi intérieure… En s’épanouissant, la fleur accomplit un fort mouvement de rotation, cherche l’ombre, se tournant vers le côté et vers en bas, rampant en quelque sorte jusque sous la grande feuille voisine, comme sous une ombrelle.

La plante fuit la lumière et succombe de ce fait à la pesanteur. Les fleurs épanouies sont donc pendantes, en forme de gueule profonde… Ensuite se gonfle la cerise empoisonnée. Elle est à maturité, d’un sombre violet, brillante, comparable à un œil animal… Toute cette plante est sensible à la confrontation de la lumière et de l’obscurité. 2 En français la belladone fait partie des solanacées, nom dérivé savant du dérivé du latin impérial solanum « morelle », substantivation de solanus, dérivé de sol « soleil ». 3 En allemand les solanacées se nomment Nachtschattengewächse, « plantes d’ombre et de nuit ».

Une dangereuse séductrice

Le nom atropa belladona est double. D’abord la « belle dame » évoque une tendance importante à séduire. Elle attire de façon irrésistible. Son fruit est comme une pupille foncée qui observe et semble attirer.

Cette dénomination belladona  ou belladonna semble provenir de l’usage qu’en faisaient les belles dames coquettes de la Renaissance. Elles l’utilisaient comme collyre qui, par effet atropinique, leur donnaient un regard brillant, profond, sensuel et velouté, par la dilatation pupillaire provoquée, simulant ainsi le désir et l’excitation. On utilise cette mydriase provoquée par l’atropine en ophtalmologie à des fins purement médicales.

Quant au terme atropa il provient bien sûr du nom d’une Parque, Atropos. Les Parques latines ou Moires grecques étaient au nombre de trois. La première se nommait Clothon. Elle fabriquait le fil des destinées humaines. La seconde, Lachesis, déroulait le fil de vie. Quant à la dernière, Atropos, elle coupait le fil de vie des mortels. Atropos était une femme terrible, implacable, magnifique. Elle personnifiait ainsi le poison fatal que contient la belladone, mélange d’atropine, de scopolamine et de nicotine, provoquant une mort violente, avec son cortège préliminaire de mydriase, de sécheresse de la bouche, de tachycardie, de délire, suivis de paralysie ces muscles respiratoires.

Il existe chez belladona un fort climat animal. Il s’agit d’un remède extrêmement riche en thèmes où l’ardeur vitale du sujet est empreinte d’animalité, de violence, d’énergie mordante.

On trouve chez belladona une séduction, une force attractive dangereuse

BELLADONA HOMEOPATHIQUE

Atropa belladonna est décrit chez Hahnemann dès 1805 dans un ouvrage en latin : Fragmenta de viribus medicamentorum positivis sive in sano corpore humano observatis. On la retrouve dans sa Reine Arzneimittellehre. Les pathogénésies sont nombreuses, nombreux également les cas d’intoxication colligés.

On se trouve en présence d’une substance d’une rare fiabilité sur le plan de l’observation empirique homéopathique, par sa toxicologie, par ses observations de plante diluée et dynamisée administrée à des sujets « sains » et surtout par l’utilisation de cette plante en médecine homéopathique sur des symptômes précis. C’est une substance bien connue en toxicologie, qui possède une pathogénésie et a été utilisée pendant plus de deux siècles en clinique.

Mandala  de belladona 4  basé sur la synchronicité entre le psychisme et le physique.

Belladona

0    – au centre de la problématique de belladona, on se trouve en présence d’une force attractive redoutable contre laquelle il faut lutter pour ne pas être englouti.

Cette force centrifuge est à la base même de nos origines. L’univers des galaxies n’est-il pas (peut-être) le résultat d’une attraction irrésistible de l’énergie concentrée en matière, contrebalancée par une expansion de l’univers, comme si deux forces opposées étaient en rivalité ? L’univers est un système pulsatile de type « systole – diastole ». Le théâtre de belladona est celui d’un combat entre une puissance attractive fascinante et une réaction salvatrice de résistance pour rester autonome et survivre. Il s’agit d’une sorte d’arène où s’affrontent deux forces. Il y a de la violence dans belladona, un parfum de lutte et d’enfer.

Rosarium PhilosophorumIl suffit de considérer la parturiente belladona, dont l’utérus est qualifié de « très bon moteur »5, pour avoir une idée du tempérament du remède.

L’accouchĂ©e a le col mince et rigide, « verrouillĂ© ». Elle prĂ©sente des battements artĂ©riels, elle a la peau chaude. Elle est aggravĂ©e par les secousses, le bruit, la lumière. C’est une femme sportive, sthĂ©nique, au système pileux souvent abondant. La parturiente voudrait expulser l’enfant, sa puissance est considĂ©rable, mais le col est souvent verrouillĂ©. Sa peau est chaude, elle est rouge et transpire, elle est une sorte de mère rugissante.

L’enfant est imprégné de cette force animale qu’il subit et à laquelle il se doit de résister. Ainsi la sortie de la grotte utérine est-elle une lutte où écume la mère belladona, serrant entre ses cuisses puissantes l’enfant sur le point de naître.

On peut considérer que belladona, remède complémentaire de calcarea carbonica , 6 contient en lui l’expression d’une résistance à l’attirance dévoratrice d’une mère puissante et séductrice Le chien est l’animal qui sert le mieux l’homme, mais, enchaîné, il devient méchant et féroce envers ceux qui l’approchent de trop près. 7

Évidemment cet aspect « œdipien » peut se retrouver dans l’image endogamique de l’accouplement alchimique entre le frère et la sœur.  L’accouplement alchimique entre les deux éléments se fait d’abord entre le jeune roi et sa sœur, ce qui représente une étreinte encore chargée d’une attirance qui n’est pas sortie de son univers endogame, comme ce fut le cas chez les pharaons.

Bien entendu, on peut extrapoler l’image de cette mère et imaginer l’appel d’un trésor caché, interdit, la conquête d’une princesse idéale, gardée sauvagement par le dragon qui empêche le héros d’approcher, en défendant une grotte utérine clairement imprégnée d’atmosphère œdipienne. Mais on pourrait faire le reproche de voir Œdipe partout.

Effectivement, il ne s’agit pas forcément d’un amour interdit, au sens œdipien  du terme, mais plutôt de l’attirance naturelle de l’enfant pour sa mère, attirance bien normale car l’enfant doit absolument défaire ses liens trop contraignants pour accéder à une saine autonomie. Les planètes sont attirées naturellement par le soleil, du fait de la force de gravité, toutefois, elles ne tombent pas car elles ont chacune leur propulsion qui les maintient à distance.

Cette attirance de belladona pour un système centripète peut se porter sur bien d’autres objets. Un père peut le personnaliser, un organisme, un état, une politique, une secte, une église, une société, un ordre, une famille, voilà bien des objets, des systèmes qui peuvent absorber si l’on n’y prend garde et qui sont capables d’étouffer et broyer un individu. On peut dire simplement que belladona est un remède qui voudrait couper le fil d’une vie « trop symbiotique » et qui aide à se battre pour s’autonomiser.

Dans le cas de belladona, nous sommes vraiment en présence du pharmakon grec, remède et poison à la fois. La belle dame devient dangereuse et est capable de tuer. Elle, qui donne la vie, peut infliger la mort, comme la déesse Sekhmet, la redoutable lionne, capable aussi de soigner et de guérir les humains. Belladona est atropa, « celle d’Atropos ». On connaît les Moires, Parques romaines qui décident de la vie, elles gèrent la destinée. Atropos coupe le fil de la vie, le premier étant le cordon ombilical. Terrible personnage, elle répand le meilleur et le pire, d’un œil bienveillant, mais aussi aguicheur, voire fatal.

Suite de cet article : Belladona, un combat pour la vie

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. Lathoud J.A. Etudes de matière médicale homéopathique. Levier ; 1980.
  2.  Pelikan W. L’homme et les plantes médicinales. vol. 1. Philosophisch-Anthroposophischer Verlag : Dornach ; 1962. p. 185.
  3.  Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française. Paris : Robert Laffont ; 1999. p. 3540.
  4.  Les descriptions de remèdes homéopathiques comportent des signes psychiques, généraux et physiques qui peuvent être agencés sous forme de mandala. Je nomme ce schéma homéographe.
  5.  Scialom A., Rouhoize C., et Mandrile S. Homeopathie et accouchement. Aix en Provence : ed. de Verlaque ; 1991. p.138.
  6. Tellement symbiotique. Voir : Long B. L’enfant, la mère et l’homéopathie. Montpellier : Indigène Editions ; 2010.
  7.    Appli E. Les rêves et leur interprétation. Paris : Payot ; 1991. p. 276.