C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Homéopathie : information compensatoire ?

C.G. Jung nous a appris que les rĂŞves compensent l’unilatĂ©ralitĂ© de certaines de nos attitudes conscientes. Dans cet article, Bernard Long aborde la notion d’information compensatoire dans l’homĂ©opathie.

Analogie – similitude

Le concept de l’homéopathie est basé sur la similitude.

Hahnemann, à la suite d’une observation en 1790 où il a constaté que la prise de teinture de quinquina lui provoquait des symptômes paludéens, a  immédiatement fait le rapprochement avec l’utilisation de cette écorce dans le traitement de la malaria. Il a pensé qu’il s’agissait du principe de similitude énoncé par Hippocrate qui prétend que l’on peut soigner par les contraires ou par les semblables.

De tout temps il y a eu recherche de correspondances entre la maladie et la thĂ©rapeutique sous forme d’affinitĂ©s ou d’opposition.1

Dans le cas d’un traitement par analogie, la recherche de ces affinités peut aboutir :

  • Ă  une analogie rituelle
    (on fait porter Ă  un enfant rougeoleux une Ă©toffe rouge),
  • Ă  une analogie mĂ©dicamenteuse
    (faire transpirer un malade fébrile avec des boissons chaudes),
  • Ă  la thĂ©orie des signatures
    (la couleur, la forme – la chĂ©lidoine au suc jaune pour le foie, le nom – Saint Genou pour la goutte, Sainte Claire pour les yeux…). 2

Généralisation du principe

La constatation de son expérience princeps faite, Hahnemann propose une hypothèse, celle de la loi des semblables, qu’il vérifie plusieurs fois par son expérience clinique et par les récits de l’histoire de la médecine.

Enfin, vient le temps final de l’induction où il  généralise ses observations pour en tirer un principe scientifique général où il prétend que :

« toute substance capable de provoquer à doses pondérales ou en dilutions infinitésimales un ensemble de symptômes chez un sujet sain est capable de traiter ces symptômes lorsqu’ils sont présents chez le malade ».

On pourrait effectivement douter de cette démarche inductive :

  • si le nombre d’observations demeurait restreint,
  • si les observations  n’étaient pas rĂ©alisĂ©es dans des conditions diffĂ©rentes,
  • si une  observation entrait en contradiction avec les autres observations.

Le fait que la théorie homéopathique, depuis plus de deux siècles, prétende avoir obtenu des résultats pratiques (qui échappent certes aux critères du paradigme mécaniste statistique dominant) constitue un faisceau de présomptions qui peut la valider.

Pourquoi la similitude ?

Qu’est-ce que l’analogie et la similitude ?

La similitude est la totalitĂ© des symptĂ´mes pertinents correspondant au paragraphe 153 de l’Organon, c’est-Ă -dire les quelques symptĂ´mes les plus caractĂ©ristiques, les plus personnels et les plus inusitĂ©s du patient.

La similitude est une sorte de caricature du sujet. Elle est différente de :

  • l’analogie qui est une ressemblance vague ou correspondance partielle.
    Exemple : ressemblance vague d’une personne avec un autre, avec un animal, une plante etc.
  • l’identitĂ© : tous les traits sont respectĂ©s = tous les symptĂ´mes.
    Exemple : la photo d’identitĂ©; parfois on ne reconnaĂ®t pas la personne sur la photo (surtout si elle n’est pas rĂ©cente) alors qu’il y a identitĂ©.

Dans la similitude les traits les plus caractéristiques sont présents ; nous sommes devant la “ totalité des symptômes ” qui ne sont pas “ tous les symptômes ”.

La recherche du « spécifique », par opposition au « général » éloigne le diagnostic du domaine purement conceptuel clinique, vers une approche qui se veut, par la recherche du  vécu individualisé, être plus fidèle au référent, sans jamais bien sûr prétendre atteindre le réel à tout jamais barré.

On aboutit ainsi à une sorte de caricature essentielle du patient où les traits les plus caractéristiques sont respectés alors que tous les détails n’y sont pas. Souvent la similitude est plus ressemblante que l’identité.

Cette similitude homĂ©opathique exige l’expĂ©rience de la pathogĂ©nĂ©sie (sans laquelle il n’y aurait qu’un imaginaire analogique) et la sĂ©lection rigoureuse des symptĂ´mes caractĂ©ristiques du patient.

Mimésis – Métaphore

L’une des activités fondamentales de l’individu lors de la structuration de sa personnalité est l’imitation.

L’enfant joue, imite, joue à faire semblant : c’est ainsi qu’il se développe au contact de son environnement et qu’il mature les couches supérieures de l’encéphale. Il communique et symbolise,  il se forme un « langage » pour aboutir au langage. Le sujet peut ainsi communiquer avec son environnement aussi bien par la pensée que par le corps capable d’expression et de symptômes lors d’un déséquilibre.3

On peut aussi constater qu’à certains moments de sa vie l’enfant, et particulièrement l’adolescent, à besoin des « contraires » pour s’affirmer et consolider sa personnalité qui fut d’abord fondamentalement constituée par l’analogie.
On peut aussi affirmer, à la suite d’Agnès Lagache,  que le corps peut se dire comme un tout en trouvant dans le monde des lieux de résonance métaphoriques. 4

L’information qui parcourt le vivant vibre d’une cohĂ©rence oĂą tous les Ă©lĂ©ments sont en interdĂ©pendance et apparaissent sous forme de messages mĂ©taphoriques au grès des causalitĂ©s et des circonstances.

Homéostasie

Walter Bradford Cannon parle « d’homéostasie » en 1926.

On dĂ©finit l’homĂ©ostasie comme un système autorĂ©gulateur d’un organisme soumis Ă  la loi d’entropie qui lui permet de garder son intĂ©gritĂ©.

Qui parle d’homéostasie, parle d’agression et de stress. La notion de stress a été introduite par l’endocrinologue Hans Selye en 1956. Sa théorie est centrée sur le stress comme réaction à un stimulus extérieur. Le stress est donc définit en terme de conséquence, de réponse aux excitations. Selon sa classification, le syndrome de stress évolue selon trois stades successifs :

  1. la réaction d’alarme,
  2. le stade de résistance,
  3. l’épuisement.

Comme le définit Selye, il existe un stade de résistance au stress, l’organisme compense… jusqu’au moment où il cède.

Stress  et compensation

Compensation

On peut considérer l’organisme humain comme un système soumis à des agressions internes et externes qui ont pour conséquence le stress.

La réponse de l’organisme à l’événement stressant va entraîner une tentative « d’adaptation » à la situation nouvelle pour revenir à un état « d’homéostasie ». Ces réactions vont s’exprimer par de l’anxiété et des troubles somatiques divers. Il y aura anxiété,  compensation et éventuellement décompensation.

La pulsion compensatoire

Freud dit qu’une pulsion serait une poussée inhérente à l’organisme vivant vers le rétablissement d’un état antérieur,  que cet organisme a dû abandonner sous l’influence perturbatrice de forces extérieures.

Le rĂŞve compensatoire

Jung défend (entre autres fonctions) la fonction compensatrice du rêve :

« La conception de la portée compensatrice des rêves n’est ni une invention nouvelle, ni le produit artificiel d’une interprétation tendancieuse… Cette conception qui voit dans les phénomènes oniriques un processus de compensation, correspond à la nature des faits biologiques en général : les théories freudiennes ont une tendance analogue, lorsqu’elles attribuent au rêve un rôle compensateur relatif au maintien du sommeil… les rêves se comportent comme des compensations de la situation consciente qui les a vus naître…. Le songe fait partie de ces réactions opportunes, en introduisant dans la conscience, grâce à un assemblage symbolique, les matériaux constellés dans l’inconscient par les données de la situation consciente. » 5

Pour Jung, les processus inconscients qui compensent le Moi conscient détiennent tous les composants nécessaires à l’autorégulation de la psyché globale.

Des éléments destinés à compenser l’unilatéralité de certaines de nos attitudes conscientes vont surgir dans nos rêves et nous mouvoir, à notre insu, à l’abri des attitudes de façade. On pourrait dire plus simplement que les rêves compensent ce qu’il y a de « coincé » dans notre vie éveillée.

Cette confrontation entre le conscient et l’inconscient dissociés, qui peut être guidée par le thérapeute, va permettre une harmonisation bienfaisante. Ceci se fera grâce au concours de la fonction transcendante qui est une fonction complexe,  issue de l’union des contenus conscients et inconscients, et résultant du fait que « l’inconscient se comporte, face à la conscience, dans un mode de compensation et de complémentarité. »

Jung dit qu’elle ne s’obtient pas en condamnant les contenus de l’inconscient unilatéralement par une décision consciente, mais bien plutôt en reconnaissant leur sens de compensation du conscient et en le faisant entrer en ligne de compte.

La tendance de l’inconscient et celle du conscient sont en fait les deux facteurs qui constituent la fonction transcendante. On l’appelle transcendante parce qu’elle permet le passage organique d’une attitude à une autre, c’est à dire sans perte de l’inconscient.

Le symptĂ´me compensatoire

Les symptômes sont la composante phénoménologique du désordre installé : ils préviennent et essayent de montrer une issue réactionnelle curative. On peut dire en quelque sorte que « le symptôme est une tentative de guérison ». Comme le rêve qui est un signe et parfois un symptôme de maladie, les symptômes peuvent être compensatoires.

Si nous manquons la marche d’un trottoir, nous sommes dĂ©sĂ©quilibrĂ©s et Ă©mettons une sĂ©rie de mouvements qui tentent de nous faire retrouver l’Ă©quilibre : nous Ă©mettons des symptĂ´mes. Parfois malheureusement nous en sommes quitte pour une entorse qui peut se chroniciser si nous n’avons pas pu utiliser ou Ă©couter nos symptĂ´mes.

Les symptĂ´mes prĂ©viennent et essayent de montrer une issue rĂ©actionnelle curative. On peut dire en quelque sorte que « le symptĂ´me est une tentative d’autoguĂ©rison » 6

La maladie compensatoire

La maladie peut être considérée comme un déséquilibre vital lié à des conditions défavorables, un moment de mise en danger par des forces perturbatrices, avec une tentative d’autorégulation individuelle de la structure vitale.

La médecine hippocratique repose sur le pouvoir guérisseur de la nature. Le corps contient en lui-même le pouvoir de rééquilibrer son économie. La thérapeutique hippocratique va contribuer à cet équilibre.  Cette force de cohésion interne,  la vis medicatrix naturae hippocratique,  tente de rééquilibrer l’homéostasie au moyen de symptômes dont le rôle est double :
ils préviennent,  comme des voyants qui s’allument dans un véhicule ,
ils guérissent par leur dynamisme interne pulsionnel dont le but est de rééquilibrer la structure perturbée.

Nous percevons le rôle compensatoire de la maladie lors de la fièvre capable de tuer les agresseurs, lors d’un émonctoire… Évidemment il en est tout autrement dans le cas d’une affection gravissime qui a peut-être une tout autre fonction, en tout cas apparemment.

Si la maladie compensatoire dépasse son but et perd son contrôle,  elle devient un danger pour l’organisme,  ou elle se chronicise.

Si la force de cohésion de la Natura est affaiblie,  la maladie est incurable par la seule force vitale de l’individu : il faut utiliser des médicaments palliatifs.

Compensation homéopathique

Le médicament compensatoire

Si la maladie est souvent compensatoire, comme nous l’avons vu précédemment,  elle va osciller entre une expression “primitive” liée à la force propre de l’agent morbide et une expression “secondaire” liée à la réaction opposée réactionnelle de la force vitale du sujet atteint. 7

Ainsi,  l’homéostasie va se situer au degré 0,  entre le degré +1 (réaction primitive) et le degré –1 (réaction secondaire). Des phases sinusoïdales peuvent se succéder avant d’atteindre le niveau 0.

Le but du médicament homéopathique sera d’accéder plus vite et plus sûrement à cet équilibre.
En homéopathie,  l’image médicamenteuse est « l’image-miroir » de la maladie : comme nous l’avons dit plus haut, l’une des activités fondamentales de l’individu lors de la structuration de sa personnalité est l’imitation. Cette tendance mimétique perdure pendant toute, la vie ; elle semble fondamentale lors de la tentative de guérison.
L’énergie perturbée du malade sous la forme d’une affection individualisée rencontre une énergie médicamenteuse sous la forme d’une image-miroir.

Il existe le plus souvent en homéopathie,  au moment de cette rencontre,  une synchronicité (phénomène non causal) qui témoigne d’un lien sémantique existant entre deux mondes distincts,  celui du malade et celui du médicament.

Le médicament homéopathique est un message sémantique,  un élément ni symbolique ni linguistique,  traité en tant qu’élément d’information.8

Il y a une information mimétique active,  mimesis active,  principe d’une transmission agissante de l’information,  complexe et créative. 9

Seule une information mĂ©dicinale (ou parfois d’autre nature) semblable Ă  la maladie compensatoire, mais de force (Ă©nergie) supĂ©rieure Ă  la première peut aider le sujet Ă  sortir de son conflit.

Pour Hahnemann,  deux maladies semblables ne peuvent pas cohabiter dans un même organisme ; l’une annule l’autre. 10

Bien entendu, si la force médicamenteuse est mal adaptée,  ou si elle possède un sens différent de celui de la maladie,  le processus continue,  change de nature ou s’aggrave. Si la force morbide est trop considérable,  ou si le niveau vital de l’individu est trop faible,  le traitement homéopathique sera impossible : il faudra faire appel à la palliation ou à d’autres thérapeutiques.

Conclusions

La maladie est un déséquilibre vital à expression psychosomatique.

La totalité des symptômes de cette maladie pourra être identifiée à une image homéopathique semblable.

Cette image mĂ©dicamenteuse correspond Ă  une problĂ©matique dont on n’identifie pas toujours le sens conscient.

Elle est la reprĂ©sentation homĂ©opathique d’un archĂ©type oĂą il y a correspondance synchronique entre la substance et le sens du remède. Il y a imitation  de cet archĂ©type par le truchement d’une mĂ©dication informative homĂ©opathique.

Ce processus d’imitation d’un conflit ontologique est une fonction humaine archaĂŻque fondamentale qui a valeur thĂ©rapeutique.

Que ce soit dans la rĂ©pĂ©tition de mythes crĂ©ateurs, dans l’analogie symbolique, dans le drame psychanalytique ou dans la relation homĂ©opathique, nous sommes en en prĂ©sence du mĂŞme processus, celui de la thĂ©rapeutique imitative.

Articles de Bernard Long


Notes liĂ©es Ă  l’article ci-dessus :

  1. Laplantine F. Anthropologie de la maladie. Paris: Bibliothèque Scientifique Payot ; 1993
  2. ibid.
  3. Long B. – Répertoire homéopathique des maladies aiguës – Paris : Similia ; 2000. p. 23.
  4. Lagache A.. Corps sans mots – mais signifiant – cherche métaphore, et plus si affinités. In : Les médecines non-conventionnelles face à la science. Les Entretiens de Monaco : 2005. p. 97.
  5. Jung C. G. L’homme Ă  la dĂ©couverte de son âme – Paris : Albin Michel S.A. ; 1987. pp. 208-211
  6. Bastide M. – Proposition de modèles pour la comprĂ©hension de l’homĂ©opathie. Echos du CLH, n°54, 1996, pp.10-26.
  7. Hahnemann S. – Doctrine homĂ©opathique ou Organon de l’art de guĂ©rir – Paris : Ed. Baillière et Similia ; 1982. § 63.
  8. Bastide M, Lagache A; Le paradigme du sens-Paris: Atelier Alpha Bleue ; 1992
  9. Bastide M, Lagache A. – op. cit.
  10. 13 Hahnemann S. – Organon – op. cit., § 44.