C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Homéopathie et synchronicité

L’homĂ©opathie n’a pas les mĂŞmes bases thĂ©oriques, les mĂŞmes paradigmes que la mĂ©decine expĂ©rimentale pour la simple et Ă©vidente raison qu’elle la prĂ©cède historiquement. La loi de causalitĂ©, si chère Ă  la mĂ©decine expĂ©rimentale, n’est pas toujours pertinente pour l’homĂ©opathie. DĂ©couvrons la synchronicitĂ©.

Homéopathie et médecine expérimentale

Il serait tentant, pour de nombreuses raisons, de vouloir faire rentrer l’homĂ©opathie dans le champ de la mĂ©decine expĂ©rimentale.

Certes, on pourrait mettre en Ă©vidence par des statistiques et des expĂ©rimentations le bien-fondĂ© et l’efficacitĂ© des dilutions.

Pourtant, on peut se poser la question des limites d’une telle dĂ©marche, car l’homĂ©opathie n’a pas les mĂŞmes bases thĂ©oriques, les mĂŞmes paradigmes que la mĂ©decine expĂ©rimentale pour la simple et Ă©vidente raison qu’elle la prĂ©cède historiquement.

Doit-on en conclure que l’homĂ©opathie est sans valeur ? Pas forcĂ©ment, son système logique est cohĂ©rent. Dans le cadre de cette rĂ©flexion, il semble que la loi de causalitĂ©, si chère Ă  la mĂ©decine expĂ©rimentale, ne soit pas toujours pertinente pour l’homĂ©opathie.

LA CAUSALITÉ

Tout phénomène a une cause, c’est la loi de causalité.

Aristote distingue 4 sortes de causes. Prenons l’exemple d’une statue : la cause matérielle (statue en marbre), la cause formelle (il a une forme de Vénus), la cause efficiente (la sculpture) et la cause finale (le but était de fabriquer une statue).
Le monde scientifique mĂ©canique se dĂ©finit par le principe de causalitĂ©. La causalitĂ© se dĂ©finit comme une suite de cause et d’effet. Chaque Ă©vĂ©nement se produisant dans l’univers est causalement liĂ© Ă  un Ă©vĂ©nement qui vient avant lui et Ă  un autre qui vient après.

Pour Spinoza, étant donnée une cause déterminée, il en suit nécessairement un effet, et, au contraire, s’il n’y a aucune cause déterminée, il est impossible qu’un effet s’ensuive.

Descartes inspira de façon profonde le principe de causalitĂ©. L’univers causal Ă©tait dĂ©crit de façon particulièrement Ă©lĂ©gante par la physique classique des dix-huitième et dix-neuvième siècles.

Isaac Newton a établi la causalité sur une base rigoureuse, avec ses lois sur le mouvement et les diverses équations mathématiques qui en découlent. 1

Leibniz pense que rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante…

Pour Kant, tout ce qui arrive suppose avant lui quelque chose dont il résulte suivant une règle. Il existe un principe de la succession dans le temps qui suit la loi de causalité. Tous les changements se produisent suivant la loi de liaison de la cause et de l’effet.

Le principe de causalité est fondé sur plusieurs hypothèses :

  • que deux Ă©vĂ©nements sont sĂ©parĂ©s l’un de l’autre et ont chacun leur existence propre
  • qu’une influence s’Ă©coule d’un corps ou d’un Ă©vĂ©nement vers l’autre
  • que du temps s’écoule entre la cause qui a eu et l’effet qui survient.

Claude Bernard prĂ©cise qu’un phĂ©nomène naturel n’Ă©tant que l’expression de rapports ou de relations, il faut au moins deux corps pour le manifester. De sorte qu’il y aura toujours Ă  considĂ©rer :

  1. un corps qui réagit ou qui manifeste le phénomène
  2. un autre corps qui agit et joue relativement au premier le rĂ´le d’un milieu.

Hume est critique quant Ă  la notion de causalitĂ©. Quand nous assistons Ă  un Ă©vĂ©nement qui suit un autre Ă©vĂ©nement la causalitĂ© nous semble Ă©vidente. Or, nous percevons une suite d’évĂ©nements. Pour Hume, la croyance en la causalitĂ© est  une sorte d’instinct.

La  notion de cause est souvent critiquable. Je me rappelle une superbe intervention  du physicien Jean Marc LĂ©vy Leblond Ă  un congrès de Monaco. Il nous parlait de la forĂŞt amazonienne en juillet 1998. Une Ă©quipe (rĂ©elle ou fictive ?) de chercheurs sur place voit par moments des envolĂ©es d’oiseaux. Ils cherchent la cause de ce phĂ©nomène. Chacun y va de son hypothèse : des animaux, un phĂ©nomène physique… Pour finir il s’agissait tout simplement des indigènes qui regardaient la finale de la coupe du monde de football. A chaque fois qu’un but Ă©tait marquĂ©, une clameur faisait fuir les volatiles…

C’est encore lĂ  oĂą Claude Bernard prĂ©cise qu’on ne peut arriver Ă  connaĂ®tre les conditions dĂ©finies et Ă©lĂ©mentaires des phĂ©nomènes que par une seule voie, l’analyse expĂ©rimentale. Cette analyse dĂ©compose successivement tous les phĂ©nomènes complexes en des phĂ©nomènes de plus en plus simples jusqu’Ă  leur rĂ©duction Ă  deux seules conditions Ă©lĂ©mentaires, si possible.

Mais la science moderne donne droit de citĂ© Ă  la contingence et s’éloigne de la version dĂ©terministe. Si de nombreuses lois de la nature rĂ©pondent Ă  la loi statistique, il existe des exceptions. Les lois de la nature sont des vĂ©ritĂ©s statistiques, elles semblent essentiellement valables dans le domaine des grandeurs macrophysiques. Dans celui de l’infiniment petit, la prĂ©diction devient incertaine, parce que les très petites grandeurs ne se comportent plus conformĂ©ment aux lois naturelles connues. 2

C.G. Jung et le hasard significatif

Carl Gustav Jung

Il apparaît que, dans la nature, de nombreux phénomènes ne répondent pas à la loi de causalité.

Sont-ils Ă  exclure du champ de la science, et donc de nos centres d’intĂ©rĂŞt ?

Il existe des Ă©vĂ©nements uniques ou rares qui ne sont donc pas pris en considĂ©ration dans les sciences de la nature. Pourtant les sciences descriptives, comme par exemple la biologie, connaissent des «phĂ©nomènes uniques», et il suffit parfois dans ce domaine d’un seul exemplaire rĂ©pertoriĂ© de l’ĂŞtre vivant pour en attester l’existence.

C’est effectivement le cas, par exemple, de la palĂ©ontologie qui Ă©met de brillantes hypothèses Ă  partir d’Ă©chantillons isolĂ©s ou des effets secondaires des remèdes, effets parfois rares, mais assez intenses pour inquiĂ©ter leur commercialisation. Dans ces cas une dĂ©monstration irrĂ©futable d’un lien de causalitĂ© n’est pas possible. On peut mĂŞme arrĂŞter la commercialisation de la substance, par principe de prĂ©caution, car il y a effet probable mais non certain (et les consĂ©quences judiciaires pourraient ĂŞtre lourdes).

Karl Gustav Jung s’est intĂ©ressĂ© avec le physicien Wolfgang Pauli Ă  ces « phĂ©nomènes uniques », non statistiques. A titre d’exemple, Jung raconte cette anecdote :

« Je citerai, simplement Ă  titre d’exemple, un cas que j’ai observĂ©. Dans un moment dĂ©cisif de son traitement, une patiente eut un rĂŞve oĂą elle recevait en cadeau un scarabĂ©e d’or. Tandis qu’elle me racontait son rĂŞve, j’Ă©tais assis le dos tournĂ© Ă  la fenĂŞtre fermĂ©e. Soudain, j’entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait lĂ©gèrement Ă  la fenĂŞtre. Me retournant, je vis qu’un insecte volant Ă  l’extĂ©rieur heurtait la vitre. J’ouvris la fenĂŞtre et attrapai l’insecte en vol. Il offrait avec un scarabĂ©e d’or l’analogie la plus proche qu’il soit possible de trouver sous nos latitudes : c’Ă©tait un scarabĂ©idĂ© de la famille des lamellicornes, hĂ´te ordinaire des rosiers : une cĂ©toine dorĂ©e, qui s’Ă©tait apparemment sentie poussĂ©e, Ă  l’encontre de ses habitudes normales, Ă  Un lien de sens simultanĂ© et acausal diffĂ©rencie en effet le monde de la synchronicitĂ© du schĂ©ma scientifique habituel :
Le principe de causalitĂ© nous dit que le lien entre la cause et l’effet est un lien nĂ©cessaire. Le principe de synchronicitĂ© affirme que les termes d’une coĂŻncidence signifiante ou de l’ordre du sens sont liĂ©s par la simultanĂ©itĂ© et par le sens. Si donc nous admettons que les expĂ©riences sur les perceptions extrasensorielles et de nombreuses observations isolĂ©es Ă©tablissent bien des faits, la pĂ©nĂ©trer juste Ă  cet instant dans une pièce obscure ».  3

Indiscutablement on est tentĂ© de dire qu’il s’est passĂ© quelque chose ». Mais ce quelque chose Ă©chappe au champ de la loi statistique; d’autre part il paraĂ®t difficile de pratiquer une Ă©preuve avec contre-Ă©preuve. Ce genre d’évĂ©nement n’a pas de sens dans l’univers mĂ©canique.

Ce type d’Ă©vĂ©nement est-il rĂ©ellement un hasard ? Mais de quoi s’agit-il ? Doit-on ignorer ces faits sous prĂ©texte de « science » ?

Pour Jung, le lien entre les Ă©vĂ©nements est dans certains cas d’une nature autre que causal, et rĂ©clame un autre principe explicatif. On est tentĂ© de soupçonner qu’il pourrait s’agir dans ce cas d’une coĂŻncidence significative, c’est-Ă -dire de l’ordre du sens, d’une relation ou connexion acausale.

Jung parle de synchronicité :
« J’emploie donc ici le concept gĂ©nĂ©ral de synchronicitĂ© dans le sens particulier de coĂŻncidence temporelle de deux ou plusieurs Ă©vĂ©nements sans lien causal et chargĂ©s d’un sens identique ou analogue; ceci par opposition au synchronisme, qui ne dĂ©signe que la simple simultanĂ©itĂ© des Ă©vĂ©nements ». 4

Le rĂŞve du scarabĂ©e est une reprĂ©sentation consciente issue d’une image, dĂ©jĂ  prĂ©sente dans l’inconscient : rĂ©cit du rĂŞve et intervention concomitante de la cĂ©toine….

Dans tous ces cas et dans d’autres analogues, il semble que l’on soit en prĂ©sence d’un savoir prĂ©existant, inexplicable par la causalitĂ©, concernant des faits qui ne peuvent pas encore ĂŞtre sus par la conscience.

Le phénomène de synchronicité se compose donc de deux éléments :

  1. une image inconsciente de manière directe (littĂ©rale) ou indirecte (symbolique) par la voie du rĂŞve, de l’inspiration soudaine ou du pressentiment;
  2. avec ce contenu psychique vient coĂŻncider un fait objectif.

Le lien qui unit les mondes que traverse la synchronicité est un lien de sens :

Si, comme toutes les apparences l’indiquent, la coĂŻncidence signifiante, la « liaison transversale » entre des Ă©vĂ©nements ne peut ĂŞtre expliquĂ©e par la causalitĂ©, le lien rĂ©side dans la similitude du sens des Ă©vĂ©nements parallèles.

Wolfgang Pauli

Il revint ainsi Ă  Carl Jung d’avoir soulignĂ© ce qui diffĂ©rencie rĂ©ellement la synchronicitĂ© d’une simple coĂŻncidence : son contenu significatif. Pour cette raison, la synchronicitĂ© a Ă©tĂ© appelĂ©e «  un principe de connexion acausale » par Jung. Mais une connexion acausale est exactement ce qui Ă©tait proposĂ© par Pauli dans son principe d’exclusion.

Un lien de sens simultané et acausal différencie en effet le monde de la synchronicité du schéma scientifique habituel :

« Le principe de causalitĂ© nous dit que le lien entre la cause et l’effet est un lien nĂ©cessaire. Le principe de synchronicitĂ© affirme que les termes d’une coĂŻncidence significative ou de l’ordre du sens sont liĂ©s par la simultanĂ©itĂ© et par le sens. Si donc nous admettons que les expĂ©riences sur les perceptions extrasensorielles et de nombreuses observations isolĂ©es Ă©tablissent bien des faits, la conclusion qui s’en dĂ©gage est qu’Ă  cĂ´tĂ© de la connexion entre cause et effet il existe dans la nature un autre facteur qui se manifeste dans l’ordonnance des Ă©vĂ©nements et nous apparaĂ®t sous les espèces du sens. Le sens est, tout le monde en convient, une interprĂ©tation anthropomorphique, mais il constitue la caractĂ©ristique sine qua non  du phĂ©nomène de synchronicitĂ©.» 5

Les Ă©vĂ©nements synchronistiques ne sont peut-ĂŞtre que les cas particuliers effectifs oĂą l’observateur est en mesure de reconnaĂ®tre le tertium comparationis – une identitĂ© de sens. 6

Il est difficile d’admettre le monde de la synchronicitĂ© pour des esprits occidentaux nourris depuis la jeunesse par l’idĂ©e de causalitĂ© qui semble toute puissante dans notre culture. En 1929, lors d’un cours Ă  un groupe d’Ă©tudiants, Jung dĂ©clara : «  Le synchronisme est le prĂ©jugĂ© de l’Orient, la causalitĂ© est le prĂ©jugĂ© moderne de l’Occident ».

La synchronicitĂ© permet de jeter une passerelle entre deux mondes, celui de l’esprit et celui de la matière.

PATHOGÉNÉSIE

Expérience homéopathique de la pathogénésie.

La pathogĂ©nĂ©sie est l’expĂ©rience faite sur des sujets sains pour Ă©viter l’actions de substances sur l’organisme.

L’expérience princeps de l’homéopathie date de 1790 : c’est l’Expérience du Quinquina (1790).

Samuel Christian Hahnemann

Hahnemann absorbe des gouttes de teinture de quinquina, 2 fois par jour :
« Au dĂ©but, mes pieds et  les extrĂ©mitĂ©s de mes doigts sont devenus froids; je suis devenu languissant et somnolent; ensuite,  j’eus des palpitations; mon pouls devint dur et rapide; anxiĂ©tĂ© insupportable et tremblements; prostration dans les membres; pulsations dans la tĂŞte, rougeur des joues, soif; en bref, tous les symptĂ´mes qui, pour moi, sont typiques de la fièvre intermittente apparurent successivement… Les paroxysmes duraient deux Ă  trois heures chaque fois et recommençaient lorsque je rĂ©pĂ©tais la dose et pas autrement. Je cessai la mĂ©dication et recouvrai Ă  nouveau la santĂ©.»

« L’écorce pĂ©ruvienne qui est utilisĂ©e comme remède dans le cas de fièvre intermittente, agit parce qu’elle peut produire des symptĂ´mes similaires Ă  ceux de la fièvre intermittente chez des sujets sains ». 7

Partant de cette expĂ©rience, Hahnemann pense qu’il n’y a donc pas de moyen plus sĂ»r et plus naturel, pour dĂ©couvrir infailliblement les effets propres des mĂ©dicaments sur l’ĂŞtre humain sensible, que de les essayer sur des individus sains, Ă  des doses modĂ©rĂ©es d’abord, infinitĂ©simales, chacun sĂ©parĂ©ment les uns des autres pour constater expĂ©rimentalement quels symptĂ´mes, quelles perturbations, chacun d’entre eux provoque sur l’Ă©tat physique et psychique, c’est-Ă -dire quelles manifestations pathologiques ils occasionnent ou ont la tendance Ă  produire.8

En fait on ne fait que constater un effet mais où Hahnemann parle d’effet produit, on ne peut pas vraiment parler de relation de cause à effet car il n’y a que probabilité et non certitude d’un effet authentique dû à la rencontre d’une substance et d’un individu.

Contenu de la pathogénésie

Les pathogénésies sont effectuées à partir de :

  • symptĂ´mes issus d’absorption de doses pondĂ©rales
  • symptĂ´mes issus de l’absorption de doses subtiles (diluĂ©es au delĂ  de la 11° CH)
    Elles contiennent des symptômes banals, inutiles en homéopathie et aussi ce que Hahnemann appelle des symptômes rares et personnels, dits « idiosyncrasiques ».

De nombreux symptĂ´mes obtenus par une intoxication  pondĂ©rale massive obĂ©issent aux lois statistiques. Il est bien certain que du phosphore administrĂ© Ă  forte dose Ă  1000 individus provoquera de façon significative une hĂ©patite toxique. D’oĂą l’utilisation systĂ©matique par certains « homĂ©opathes » de phosphorus dans l’hĂ©patite virale !

Nous entrons lĂ  dans la polĂ©mique du choix des symptĂ´mes homĂ©opathiques. Toutefois, certains symptĂ´mes toxiques ne sont pas statistiques et doivent faire appel Ă  des tables pour « diminuer l’incertitude » (cf. les tables de dĂ©cision utilisĂ©es pour les effets secondaires). On sort de la loi de causalitĂ© classique. Pourtant des effets secondaires rares ont fait arrĂŞter la commercialisation de certains remèdes : le nombre de fibroses rĂ©tro-pĂ©ritonĂ©ales induites par le practolol ne correspondait certainement pas Ă  une loi statistique.

Les symptĂ´mes « idiosyncrasiques » sont la plupart du temps le rĂ©sultat de quelques cas subtoxiques, Ă©galement de prises de dynamisations encore « matĂ©rielles » (plus basses que la 11 -12 CH) et surtout des expĂ©rimentations effectuĂ©es Ă  l’aide de substances « subtiles » diluĂ©es et dynamisĂ©es au delĂ  de la 12 CH). Les symptĂ´mes idiosyncrasiques n’apparaissent que chez les sujets capables d’entrer en rĂ©sonance  avec la vibration de la substance dynamisĂ©e. Cette constatation implique que le sujet sensible n’est pas une boite inerte, Ă  travers laquelle la vibration mĂ©dicamenteuse passerait comme un courant d’air dans une pièce neutre, mais un dispositif vivant impressionnable, une sorte de harpe qui entre en vibration avec l’onde Ă©nergĂ©tique du remède.

Le problème est de savoir si on peut mettre en Ă©vidence une relation de causalité  entre la prise de substance dynamisĂ©e et les symptĂ´mes qui apparaissent ou si la relation est une relation d’une autre nature, de type acausal.

«  C’est Ă  la catĂ©gorie des symptĂ´mes pathogĂ©nĂ©tiques et rares, ne se rencontrent que chez quelques sujets seulement, qu’appartiennent ce qu’on appelle les idiosyncrasies.  »(cf. p. 117)

Mais qu’est ce qu’une bonne pathogĂ©nĂ©sie, sinon le recueil des symptĂ´mes essentiellement idiosyncrasiques, c’est -Ă -dire, les symptĂ´mes rares qui apparaissent chez les sujets sensibles ?  Ces symptĂ´mes ne rĂ©pondent pas aux critères statistiques. On ne peut jamais affirmer le lien causal qui les a provoquĂ©s; on ne peut que diminuer l’incertitude qui existe entre l’effet et sa cause dĂ©clenchante.

Le symptĂ´me idiosyncrasique appartient en puissance au prover, c’est Ă  dire au sujet qui participe Ă  une pathogĂ©nĂ©sie,  il est l’expression de son soi.

HOMÉOPATHIE ET SYNCHRONICITÉ

Le remède homéopathique est un médicament qui est porteur de sens. Le médicament homéopathique est une information. 9

Agnes Lagache propose un nouveau paradigme du sens. C’est l’organisation spĂ©cifique de la communication analogique. Il se diffĂ©rencie du paradigme mĂ©caniste par son objet, qui n’est pas la matière mais l’information, et parce que les interactions y sont des effets positifs de sens. 10 Ainsi le remède homĂ©opathique est-il un remède informatif. Le paradigme n’est plus un paradigme mĂ©caniste de la matière, comme en pharmacologie classique, mais un paradigme du sens, de l’information.

Alors que la causalité fonctionne assez bien pour des systèmes limités, mécaniques, et bien isolés, en général quelque chose de bien plus complexe et de plus délicat est nécessaire pour décrire toute la richesse de la nature.

La synchronicitĂ© s’intĂ©resse d’abord Ă  la question de la signification, que ce soit dans la vie ou dans la nature. Sa force rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă  traiter l’aspect subjectif d’une expĂ©rience, et sa valeur tient au fait qu’elle fait correspondre la signification subjective d’un phĂ©nomène avec des  explications objectives. En reliant les Ă©lĂ©ments subjectif et objectif, elle s’adresse Ă  la fois Ă  l’artiste et au scientifique. En outre, la synchronicitĂ© est concernĂ©e par les corrĂ©lations existant entre des formes et des structures dissemblables, et par les connexions entre des processus physiques et des Ă©tats psychiques.

En d’autres termes, les phĂ©nomènes de synchronicitĂ© seraient des manifestations, dans l’esprit et la matière, du mĂŞme plan – non connu – qui les sous-tend tous les deux. 11

Le  symptĂ´me idiosyncrasique est-il  par dĂ©finition un symptĂ´me rare et personnel qui entre difficilement dans l’univers causal :

  • A  il ne rĂ©pond pas Ă  la loi statistique classique
  • B  il est le fait la plupart du temps de doses infinitĂ©simales
  • C  il appartient au monde de du sens
  • D il se produit entre deux mondes diffĂ©rents et Ă  priori Ă©trangers, celui du prover et celui du remède

Cette idiosyncrasie ne fait pas partie d’un univers causal mĂ©caniste ; il est le fait d’un système vivant informatif traversĂ© par du « sens » ; elle peut s’expliquer par une synchronicitĂ© entre l’univers dynamique du prover et entre le remède homĂ©opathique.

Nous sommes en présence de deux univers :

  • l’univers dynamique et sensible du prover
  • l’univers dynamique du remède

A priori, ces deux mondes sont Ă©trangers. Or leur « dynamisme » rĂ©sonne, vibre, au travers, et en fonction du « sens » qui les animent. Ce sont des mondes «sĂ©mantiques». Le lien qui les unit n’est pas un lien causal, mais un monde du « sens ». Il s’agit donc d’un phĂ©nomène de synchronicitĂ©. Ce qui est constatĂ© c’est le rapprochement du sujet avec la substance. Quant Ă  l’effet, il n’y a pas causalitĂ© au sens mĂ©canique du terme mais lien de sens vibratoire probable entre deux univers diffĂ©rents en sympathie.

On peut considĂ©rer que les symptĂ´mes idiosyncrasiques Ă©chappent en grande partie Ă  la loi de causalitĂ©, car ils ne sont que l’expression instantanĂ©e d’une projection synchronique de la problĂ©matique du soi du prover.

Le soi est la totalitĂ© de la  psychĂ© consciente et inconsciente. 12 La synchronicitĂ© prend la coĂŻncidence des Ă©vĂ©nements dans l’espace et le temps comme signifiant plus qu’un simple hasard, Ă  savoir une interdĂ©pendance particulière d’Ă©vĂ©nements objectifs entre eux aussi bien qu’avec les Ă©tats subjectifs (psychiques) de l’observateur ou des observateurs.13

Ainsi nous pouvons penser qu’il existe une relation de sens, d’information, entre l’esprit et la matière. On peut penser que la conscience et la matière dĂ©coulent toutes deux d’un principe commun, oĂą les mĂ©canismes de la matière et ceux de l’information seraient deux aspects de la rĂ©alitĂ©.

On peut dans ce cadre thĂ©orique penser aux champs morphogĂ©nĂ©tiques de Sheldrake qui reprĂ©sentent un type de mĂ©moire agissant comme un modèle formatif quant aux structures de la matière et du comportement et qui pourraient se rattacher aux archĂ©types de Jung, sortes de champs formatifs de l’inconscient collectif. (cf. David Peat, p. 196 et 195)

HOMÉOPATHIE ET SOI

Le diagnostic médical d’une maladie est issu d’une observation scientifique formatée dans une nomenclature schématique ; en aucun cas elle en peut (dans aucun système) faire part de la totalité du « réel » observé.

La maladie s’exprime dans des tableaux, certes repĂ©rables et reproductibles dans des prototypes classifiables. Mais elle s’exprime aussi dans un langage personnel et particulier tissĂ© de synchronicitĂ©s. Elle exprime une rĂ©alitĂ© profonde  Ă  travers la diversitĂ© de ces symptĂ´mes : c’est tout le choix des symptĂ´mes « homĂ©opathiques », sorte de caricature des symptĂ´mes caractĂ©ristiques.

Les symptĂ´mes homĂ©opathiques sont une sorte d’Ă©criture du soi contenue chez le patient et, en miroir synchronique, dans le remède. Cette surrĂ©alité  est sous-tendue par le sens : d’oĂą l’importance de la recherche de la  problĂ©matique du remède exprimĂ©e au travers de celle de l’expĂ©rimentateur lors de la pathogĂ©nĂ©sie.

Cette rĂ©alitĂ© peut ĂŞtre une rĂ©alitĂ© archĂ©typale s’il existe une synchronicitĂ© entre la substance mĂ©dicamenteuse et l’esprit du remède : par exemple, il existe une synchronicitĂ© entre le  phosphore lumineux et la problĂ©matique de la lumière de phosphorus. La problĂ©matique lumineuse de phosphorus est de nature archĂ©typale : si le sujet est phosphorus sa surrĂ©alitĂ© est celle de la lumière, sa problĂ©matique est liĂ©e  Ă  celle de la lumière.

Les deux approches, celle de la médecine mécaniste et celle de l’empirisme homéopathique ne sont absolument pas inconciliables ; elles sont complémentaires et indispensables l’une comme l’autre. C’est le « cœur et la raison ».

Cette idée de synchronicité ne devrait pas nous immerger dans une homéopathie calquée sur le modèle de la physique quantique. Même s’il existe une analogie entre ces deux mondes, le monde de l’homéopathie reste original et son essence n’est pas celle d’un monde qui n’est pas le sien.

Il se manifeste dans les phĂ©nomènes de synchronicitĂ© un « sens » qui paraĂ®t ĂŞtre indĂ©pendant de la conscience et transcendant par rapport Ă  elle. Il se manifeste sous formes d’Ă©lĂ©ments imagĂ©s et son irruption semble ĂŞtre liĂ©e Ă  l’activation momentanĂ©e d’un archĂ©type qui se manifeste simultanĂ©ment dans le domaine psychique et le domaine physique sous forme d‘arrangement acausal. 14 C’est l’expression du soi, non pas simplement au sens immunologique , mais au sens du soi de la psychologie des profondeurs.

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. D.Peat-SynchronicitĂ©, le pont entre la matière et l’esprit, Ă©d.Le Mail,1988.pp.50-51-56
  2. C.G. Jung – SynchronicitĂ© et Paracelsica – Paris, Albin Michel, 1988. p. 23.
  3. Synchronicité et Paracelsica  p.39
  4. Synchronicité et Paracelse p.43
  5. Synchronicité et Paracelse, p. 78
  6. M.L. von Franz – Nombre et temps – Paris, La Fontaine de pierre, 1978. p. 35.
  7. R Heal – Samuel Hahnemann, his life & work, New Dehli, Jain Publishers, 1985. p.37.
  8. S. Hahnemann – Doctrine homĂ©opathique ou Organon de l’art de guĂ©rir – Paris, Ă©d. J.B. Baillière et Similia, 1982. § 108
  9. A. Lagache – Échos du sensible – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1988. p.168.
  10. M. Bastide, A. Lagache – Le paradigme du sens – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1992. p. 62.
  11. cf. David Peat p. 69,141,142
  12. C.G. Jung – Psychologie et alchimie – Paris, Buchet/Chastel, 1970. p.238.
  13. C.G. Jung – Commentaire sur le mystère de la fleur d’or – Paris, Albin Michel, 1979.p.130.
  14. Marie-Louise von Franz, pp.203-204