C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

L’ambre gris, ambra grisea

Une description symbolique et homĂ©opathique du remède ambra grisea. Le sujet ambra grisea Ă©volue dans une monde malaisĂ©, avec un obstacle Ă©norme aux Ă©changes, une difficultĂ© Ă  se socialiser …

L’ambre gris est un produit issu du cachalot

Cette concrétion provient d’une irritation intestinale et du brassage de sécrétions biliaires et des aliments ingérés par les cachalots.

L’odeur de l’ambre est variable, elle est caractérisée par une palette très large qui va d’une nuance fécale à des exhalaisons marines, boisées, de tabac, d’encens, de musc, etc. Sa couleur est grise ou noirâtre. La substance est solide et grasse puis elle durcit et blanchit.

L’ambre gris est utilisé comme fixateur en parfumerie, en particulier pour les parfums fleuris légers.

Le cachalot, ou grand cachalot, cachalot macrocĂ©phale est un cĂ©tacĂ© Ă  dents. Il se nourrit de calamars, de poulpes, de crustacĂ©s et de poissons. Ce mammifère est particulièrement apte Ă  la plongĂ©e.  Il peut atteindre trois mille mètres en profondeur, ce qui est considĂ©rable. Les femelles mettent bas tous les trois Ă  six ans et s’occupent de leur progĂ©niture pendant de nombreuses annĂ©es. Elles les nourrissent d’un lait quinze fois plus gras que le lait de vache.

Jonas

On pense évidemment à Jonas lorsqu’on parle du cachalot et de cette substance intestinale aux effluves fécaloïdes, marines et variées. Il s’agit d’une substance qui mime l’engloutissement bien qu’elle soit une concrétion intestinale locale.
Qui Ă©tait donc Jonas ?

Il était originaire du royaume d’Israël. Il fut chargé par Dieu de se rendre à Ninive (actuellement vers Mossoul, en Irak, au sud du Kurdistan) pour y prêcher la pénitence, mais il résiste à l’ordre divin et s’embarque sur un navire phénicien.  Il est jeté à l’eau par l’équipage et  avalé par un monstre marin dans le ventre duquel il demeure trois jours et trois nuits (le temps d’une résurrection ?).

Jonas se rend finalement Ă  Ninive pour y prĂŞcher.  Les habitants de la ville font pĂ©nitence, touchĂ©s par son discours. Dieu pardonne aux habitants de Ninive, mais Jonas en est très affligé… Il annonce le futur jugement aux habitants de Ninive, qui se repentent. Dieu leur pardonne, et ne dĂ©truit pas la ville. Jonas s’irrite d’avoir annoncĂ© pour rien la destruction de Ninive, qui n’a pas eu lieu, mais Dieu le rĂ©primande.

L’importance du repentir et du pardon

Le thème central de l’histoire de Jonas souligne l’importance du repentir et de la clémence face à la loi et le fait qu’aucune prophétie n’est inéluctable devant le pardon et la clémence. Finalement c’est l’amour qui fait de nous des êtres humains dignes de ce nom et non pas la rigueur de la loi seule.

Jonas est un exécuteur, encore dans le giron de sa culture. Il désobéit à la loi mais, soumis à la loi divine, il ne comprendra pas la force du repentir et du pardon. Il est trop prisonnier du schéma infantile dont l’horizon est encore muré par la tradition familiale et culturelle.

Jonas est tributaire du monstre marin, de cette matrice qui enferme, matrice certes protectrice mais qui ne lui donne pas accès à « l’autre ». Il plonge dans le monde nocturne inconscient de son enfance, qui contraste avec la lumière de l’être individué solaire. Jung rappelle les mythes où le héros cède devant le monstre. Par exemple, le mythe de Jonas et de la baleine où le héros est avalé par un monstre marin qui l’entraîne sur mer, la nuit, d’ouest en est, symbolisant la marche nocturne imaginée du soleil . 1

Cela évoque évidemment la nuit égyptienne où le soleil est avalé par le serpent Apophis. La conscience se met alors dans une situation où elle s’éteint apparemment elle-même. Le sujet s’enfonce dans les souvenirs d’enfance, échappant ainsi au monde actuel, à l’humain . 2

On retrouve également l’image du monstre marin dans l’histoire de Pinocchio.

Pinocchio n’a pas de mère Ă  priori, ce qui le conduit Ă  fantasmer une mère idĂ©ale, sous la forme d’une fĂ©e toute puissante ou d’une mère engloutissante, reprĂ©sentĂ©e par une baleine (un requin dans l’histoire originale). Il n’y a pas trace d’un vĂ©ritable amour maternel. C’est le père qui vient le chercher, qui vient humaniser le pantin trop tributaire encore d’un imaginaire qui l’enferme dans l’existence d’un automate mu par les fils de son inconscient tout puissant.

Toutefois ce passage par le « complexe de Jonas », dont Bachelard fait la différence entre le fait d’avaler et de croquer car le complexe de Jonas est caractérisé par l’engloutissement et non par la dévoration, est une traversée importante dans le processus d’individuation. 3

C’est un moment de repli sur soi-même, d’immersion dans l’inconscient, qui, s’il ne dure pas, peut révéler des facettes enfouies, capables, si elle sont anabolisées, de faire avancer l’individu sur son chemin. A condition, comme le fit Pinocchio, de s’aider de la lumière de la bougie, de la conscience :

Pinocchio se saisit de la bougie et commença à avancer en éclairant le chemin : « Suivez moi mon petit papa et n’ayez pas peur ! ».4

Ambra grisea en Homéopathie

Ambra grisea plonge en apnée

 L’ambre gris est utilisé comme fixateur en parfumerie. C’est une substance qui fixe, en particulier les effluves, les émanations subtiles.

Le sujet Ambra grisea est impressionné par les émotions, les souvenirs qu’il garde dans la plus profond de son inconscient, dans une zone reculée, au cœur de l’océan de l’inconscient.

Son odeur peut être fécale au début. En fait sa plongée dans l’inconscient, dans un univers symbiotique, le ramène à un stade archaïque, une sorte de stade oral-anal où il est confronté à une fonction maternelle engloutissante et à une fonction paternelle lointaine, le tout dans un climat de manque de confiance en soi, de culpabilité et d’autodépréciation.

C’est un état d’inhibition , de reflux, de régression. Le sujet se retire en refoulant le monde où il évolue, en oubliant, en perdant conscience, en refoulant la mémoire. Cette aventure intérieure est un refuge avant d’être peut-être un ressourcement.

Ambra est confronté à ses démons intérieurs, à une plongée dans l’épaisseur de son inconscient, une sorte de combat avec son ombre, avec un mal qui lui vient de la profondeur…

Pensons à l’histoire de Moby Dick, énorme cachalot blanc, animal redoutable, pourchassé par le capitaine Achad, à qui la bête avait arraché une jambe. Ce monstre marin symbolise peut-être un mal inconscient enfoui, une sorte d’irrésistible ombre qui hante le marin et l’oblige à poursuivre une idée fixe, une obsession qui l’empêche de vivre, qui le transforme en un individu claquemuré dans son passé et dans un imaginaire sous-marin, un être solitaire et fermé.

Le sujet ambra grisea est quelqu’un qui s’isole, refuse la compagnie, la communication. Il se sent indigne, déprécié, craint le regard de l’autre et son jugement. Il est extrêmement pudique, ne supportant pas la présence d’un autre lorsqu’il est aux toilettes.

Ambra est une sécrétion du cachalot et, à son propos, repensons à l’histoire de Jonas qui symbolise un retour au berceau, au sein maternel, à l’enfance, à l’engloutissement dans la symbiose maternelle.  Le stade anal est certainement mal vécu, avec culpabilité.

Il ne supporte plus les “autres”, leur présence, les étrangers, il est « pompé » par l’entourage, les soucis. Il a peur des gens. Cet état peut survenir à la suite de chagrins qu’il ressasse. Il y a du surmenage, une précipitation vers la sénescence (ou une infantilisation). On le trouve également chez des enfants nerveux et faibles.

Le sujet implose, il plonge profondément et ne respire plus, c’est une sorte d’état d’apnée où il n’échange plus (c’est d’ailleurs un remède de difficultés respiratoires et d’asthme).

 Ambra grisea régresse

On peut dire qu’ambra grisea régresse vers un état symbiotique, un espace utérin, où il se voit contraint de séjourner de nouveau et d’où il n’est guère sorti. De ce fait il est coupé du monde et ses facultés sensorielles diminuent.

Il voit mal, il entend mal. Sa mémoire flanche. Curieusement il devient hypersensible à la musique qui lui semble intolérable, elle le fait trembler, elle aggrave ses symptômes mentaux et peut même provoquer des douleurs, en particulier dorsales (comment le fœtus perçoit-il certains sons lors de la grossesse ?).

Cet état de régression se retrouve chez des enfants nerveux et chétifs, mais aussi singulièrement chez des sujets vieux prématurément, surmenés, maigres, atteints de sénilité précoce, tremblants, affaiblis et à la démarche chancelante.

Ambra grisea se sent indigne

Le sujet pense de lui mĂŞme je suis une m….

On a l’impression en observant ambra grisea qu’il se sent indigne, qu’il n’a aucune estime pour lui. Il faut rappeler la mauvaise odeur de la substance fraiche, une odeur possiblement excrémentielle. Il a mauvaise haleine et présente un symptôme très signifiant : le sujet ne peut aller à la selle si quelqu’un est à côté de lui (ce qui un symptôme assez normal chez l’adulte mais curieux chez l’enfant). L’enfant se cache pour aller à la selle.

Il existe chez ce remède une grande pudeur, comme un sentiment de dépréciation de soi, une culpabilité. Le stade anal semble problématique chez ambra. Il se culpabilise d’avoir le plaisir d’utiliser ses sphincters, chose qu’il percevra sale et qu’il voudra cacher, plutôt que d’avancer dans la vie de façon simple et dégagée. Il aura peine à se socialiser dans une retenue honteuse et frustrante, voulant donner une image propre et réfrénant ses pulsions les plus essentielles.

Ambra grisea est plongé dans un monde émotionnel et confus

Ambra grisea est en apnée.

Il plonge dans une sorte d’état confusionnel, un monde dominé par l’inconscient et l’émotion, où il ne domine plus sa pensée. Il est balayé et imprégné par la sensation. Il retient les soucis, les impressions, les émotions.

N’oublions pas que l’ambre est un fixateur des parfums. Or le parfum est liĂ© au rhinencĂ©phale, au cerveau primaire, animal qui imprègne la mĂ©moire et l’émotion en court-circuitant le cortex et l’analyse mentale.

Ambra se plait dans une certaine pénombre, il craint la lumière et imagine même qu’il y a trop de lumière dans la pièce. Son monde est un monde sombre et confus, comme le monde intra-utérin, où l’enfant perçoit confusément les bruits, et peut sursauter violemment si la musique est trop forte. Souvent, aussi, son univers est celui des soucis, du surmenage et du deuil.

 Ambra grisea se retire et se cache

On peut dire de lui, je me « cache Ă  l’eau ».

Ambra grisea se retire dans un univers sous-marin, en apnée. Il oublie le monde et nage dans la pénombre des profondeurs. Il est dans un état de rêverie, veut rester seul, ne supporte ni la conversation, ni la présence des autres qui le « pompent » et semblent vouloir « l’engloutir ». Il est constipé. Sa timidité est extrême, sa pudeur est grande.

Devant les autres, Ambra perd pied, il s’enfonce dans une timidité maladive, une compréhension lente.  Il a également des difficultés à lire et à comprendre ce qu’il lit, une réflexion défectueuse où il semble stupide et doit se concentrer pour rassembler ses idées.

Il arrive aussi que, dans un stade décompensatoire différent, il soit excité, parle énormément, passe du coq à l’âne, ne cesse de passer d’un sujet à un autre, pose une question et en pose une autre sans attendre la réponse.

Il papillonne, fantasme, imagine des figures diaboliques. Rapidement la conversation l’épuise. Il devient indifférent, perd la mémoire, devient triste et s’affaiblit. Il est préoccupé au point de ne pouvoir s’endormir, de devoir se lever tant il est envahi par les soucis qui le submergent. Il n’est plus qu’une ombre grise…

Ainsi évolue le sujet ambra grisea, dans une monde malaisé, avec un obstacle énorme aux échanges, une difficulté à se socialiser, en proie aux fantômes de son inconscient, rivé sur les fantasmes, ne pouvant de ce fait se construire qu’à grand peine dans la souffrance et dans la solitude.

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. Jung C. G – L’homme et ses symboles – p. 120.
  2. Jung C. G – MĂ©tamorphoses de l’homme et de ses symboles – p. 665.
  3. Le complexe de Jonas, in La Terre et les rêveries du repos, José Corti, Paris, 1969, pp. 162-1
  4. Collodi C. – Les aventures de Pinnochio – traduction Claude Sartirano.