C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Alchimie, matière première

¬†Les visions de l’alchimiste

La porte est close.

¬†Les genoux sont us√©s par la pri√®re, le vieil alchimiste au visage ravag√© par les vapeurs mercurielles, √† l’esprit √©bloui par la Lumi√®re de la Nature, quitte son oratoire et regarde

le vase sur l’athanor.

Longtemps il contemple le vaisseau de verre.

Son imagination méditative est une étoile qui brille

très loin dans le labyrinthe souterrain des hallucinations.

Il fixe l’eau de vie m√©tallique qui se tord et se morcelle,

et à la fin il voit.

Mondes aquatiques o√Ļ s’ouvrent des gouffres d’o√Ļ √©mergent des formes reptiliennes qui se mordent la queue, mandragores trop humaines en couples enlac√©s, dragons portant entre leurs ailes l’Homoncule Fils des Philosophes,¬† et combien d’autre √™tres issus du ciel ou de l’enfer.

C’en est trop,

et le vieil alchimiste, oubliant qu’il est tr√®s chr√©tien,

se prosterne devant le vase devenu utérus.

 

 

La voix √† l’oreille

 

C’√©tait une voix sans corps et sans visage.

C’√©tait une voix qui murmure parfois √† l’oreille de son cŇďur.

C’√©tait la voix du vieil alchimiste qui habite dans les profondeurs de ses abysses.

Il lui disait : te souviens tu des temps o√Ļ tu √©tais mon √Ęme sŇďur ?

Unis par l’amour enflamm√© de l‚ÄôOeuvre, nous regardions du rivage de nos m√©ditations passer les fiers vaisseaux des quatre vierges. Elles se tenaient¬† en √©quilibre sur quatre globes, figures de proue v√™tues de leurs voiles d’eau de terre d’air et de feu.

Unis dans la recherche sans fin des quatre degrés du feu,

consum√©s corps et √Ęme,

nous allions de l’oratoire au laboratoire et du laboratoire √† l’oratoire car il fallait sans cesse nourrir et faire grandir, comme un enfant, le feu de l’athanor.

Souviens toi …

Le premier feu doux comme la chair du nouveau né.

Le deuxième feu semblable à un soleil de printemps.

Le troisi√®me feu br√Ľlant comme un bois qui se calcine

Le quatrième feu, celui de la fusion.

Souviens toi …

Nous √©tions le vase sur l’athanor et ce quatri√®me feu √† toujours √©t√© celui de notre mort, sŇďur trop aim√©e.

Et si c’√©tait un r√™ve mon vieil ami ? lui r√©pondit-elle,

les mains serr√©s sur son cŇďur dissous…

La Fleur d’Or

 

La Fleur d’Or pousse sur le fumier

me murmure √† l’oreille le vieil alchimiste

visiteur de mes abysses.

Rejette la brillance menteuse de l’or vulgaire.

Ramasse le caillou jeté dans le chaos fertile

par un enfant en loques

rieur.

Ouvre les yeux de l’esprit

et dans l’ombre profonde du continent noir

tu verras clignoter une flamme d’Amour.

Recette alchimique

 

Sur l’athanor du feu d’un soleil int√©rieur

dépasser les limites

du chaos o√Ļ fermentent les puissances s√©minales

et verser une goutte

infinie

d’or alchimique si pur

que par porosité le mélange grossier

se change lentement

en conscience totale.

Po√©sie(s) d’Ariaga (Ariane Callot)