C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Conclusions sur le travail du Soi

Voici les conclusions sur le Soi organisateur et les scénarios de l’inconscient dans les séries de rêves.

Tableau final des rĂŞves

Impatience ou encouragements du Soi

Les manifestations tĂ©lĂ©ologiques du Soi, c’est Ă  dire en rapport avec l’idĂ©e de finalitĂ©, empruntent  dans le rĂ©cit des formes plus souterraines.  Cependant, que ce soit d’une manière structurelle ou symboliques, elles  affleurent dĂ©jĂ  au niveau de la construction narrative.

Nous observons, dans les histoire racontĂ©es par les rĂŞves, des signes d’impatience quand les rĂŞveurs semblent ne tirer aucun enseignement de ce que raconte le Soi par l’intermĂ©diaire de ses reprĂ©sentants dans les rĂŞves.  Quand les rĂŞveurs semblent plus rĂ©ceptifs on assiste  Ă  la distribution de cadeaux ou de rĂ©compenses. C’est assez souvent par l’intermĂ©diaire des voix entendues par les rĂŞveurs, que se manifestent impatience ou  encouragement.

Le RĂŞveur

Dans le cas du Rêveur, l’exaspération du Soi concerne surtout son refus de prendre en compte la part féminine de sa psyché.

Nous avons, par exemple, le fait qu’il serait temps qu’il remarque les nymphes qui lui disent qu’elles ont toujours Ă©tĂ© lĂ  (cf. rĂŞve 21). Il devrait aussi Ă©couter les nombreux reproches de l’anima . Par exemple, il lui est dit au rĂŞve 7 de la seconde partie qu’il ne se soucie pas assez d’elle,  que le temps passe et que le processus de la totalitĂ© n’avance pas.

RĂŞve no 7 : l'afficher

On peut aussi noter les avertissements : ses refus sont dangereux, il ne pourra pas toujours fuir son problème d’intĂ©gration du fĂ©minin. Les productions de l’inconscient vont mĂŞme jusqu’à des menaces de rĂ©torsion et d’enfermement. Le rĂŞve 54 , partie 2, est une bonne illustration du discours du Soi.

RĂŞve no 54 : l'afficher

Au chapitre des encouragements, cadeaux et rĂ©compenses, nous avons au rĂŞve 13, partie 2, l’importante promesse de trouver un compagnon. On pense ici au compagnon qui accompagne la rĂŞveuse pendant toute une partie de sa sĂ©rie.

RĂŞve no 13 : l'afficher

Au sujet des cadeaux, Il est d’abord, dans les rêves initiaux, offert au Rêveur des pièces d’or(cf. rêve 18). Mais, à cette époque, il refuse, comme nous l’avons déjà montré, d’occuper une position féminine de réceptivité et d’avoir une relation avec l’inconscient. C’est pourquoi il n’accepte pas le don.

Plus tard, à deux reprises, il lui est fait cadeau d’une bague. Un prix est reçu (cf. rêve 48,2))et nous pouvons noter ici, une curieuse similitude avec un songe de la Rêveuse(cf. rêve 55) car, dans les deux cas, ils ne reçoivent pas le prix en personne. C’est une connaissance du Rêveur qui reçoit le prix et, pour la Rêveuse, il s’agit de deux adolescents très semblables  représentant la dualité des animus réconciliés.

Pour les deux rêveurs, le prix est remis à des parties de la psyché et non à l’ensemble. Le Rêveur en restera là alors que la Rêveuse, vers la fin de sa série, viendra, en personne, chercher un prix avec le Compagnon.

La RĂŞveuse

Les manifestations d’impatience du Soi ne sont pas épargnées à la Rêveuse et représentent un apport intéressant à la recherche de concordance entre les deux séries.

Dans la série de la Rêveuse, au rêve 50, il est aussi dit que certaines choses ont toujours été là, mais qu’elle ne les voyait pas. Non loin du début de la série, l’heure qui passe, l’urgence, sont déjà évoquées. (cf rêves 9 et 12). Elle n’est pas prête pour le projet de l’inconscient et le train ne l’attend pas.

RĂŞve no 50 : l'afficher

Plus tard, après de nombreuses sollicitations, l’impression d’urgence atteindra une intensitĂ© dramatique jusqu’au mandala final oĂą une action dĂ©cisive sera exigĂ©e. Il s’agit du rĂŞve d’aboutissement 152 sur lequel nous reviendrons souvent.

RĂŞve no 152 : l'afficher

Les dons oniriques commencent dès le rêve 4. Un petit garçon apporte des cadeaux, en particulier des œufs, non seulement à la Rêveuse mais à son mari, ce qui pourrait indiquer une intention  de les réunir dans le dénouement érotique déjà évoqué (cf. Rêve 151).

RĂŞve no 4 : l'afficher

Notons aussi qu’il y a, à ce moment de la série, une possibilité de relation avec l’inconscient. La Rêveuse aussi, fait un cadeau à l’enfant serviable.  Nous sommes, un instant, dans une relation de réciprocité. De plus, il lui dit, au sujet des œufs : Si tu veux aller en chercher d’autres je te dirai où les trouver. Une aide est donc proposée, mais ce rêve n’a pas été compris, pas plus que pour le Rêveur l’offrande des pièces d’or. Plus tard, comme nous l’avons vu, elle recevra un prix, et d’autres cadeaux, en particulier du pain.

Preuve que l’inconscient qui s’adresse au moi est patient et raconte une histoire jusqu’Ă  ce qu’elle soit comprise, le petit garçon qui avait apportĂ© des cadeaux tout au dĂ©but de la sĂ©rie(cf rĂŞve 4) revient au rĂŞve 143 dans un rĂ´le très positif. Il procure Ă  la RĂŞveuse l’aide annoncĂ©e des annĂ©es auparavant.

RĂŞve no 143 : l'afficher

La Rêveuse bénéficie de beaucoup de soutien et reçoit de très beaux songes.

On l’autorise à faire des achats, on lui dit que même dans la tempête il n’y a rien à craindre. A un moment (cf. rêve 84), elle reçoit une très belle promesse : On va te faire une chanson parole et musique. Ce on va te faire, promesse de surmonter la dualité et de réaliser l’union des opposés, indique clairement le projet du Soi.

Plus tard, on l’incite encore à continuer le chemin et on lui montre toutes ses possibilités d’évolution.  Il lui est dit au rêve 120: Tu chantes bien et quand tu seras plus grande tu chanteras très bien. C’est, enfin, au moment où elle observe deux couples, qu’arrive un dernier encouragement : Bravo, vous y êtes arrivée (cf. rêve 126). Mais le compliment venait un peu tôt et le Soi  devra encore manifester son impatience.

RĂŞve no 120 : l'afficher

Conclusions sur l’histoire racontĂ©e dans les sĂ©ries

Les constructions narratives des deux rêveurs ont proposé des récits oniriques dont l’heureux dénouement, souhaité par l’inconscient diffusant le projet du Soi, serait une relation réussie, au sein de laquelle la féminité pourrait être accueillie. Ceci est valable pour un homme et pour une femme. Il s’agit pour le Rêveur d’accepter la part féminine en lui et pour la Rêveuse de re-trouver sa pleine féminité, dans le but d’accueillir ensuite le masculin.

Ce niveau d’interprĂ©tation , les scĂ©narios de l’inconscient, permet d’observer une Ă©volution dans l’attitude inconsciente des RĂŞveurs. Cela est plus visible chez la RĂŞveuse mais tient probablement au fait que la recherche de Jung est plus structurelle. Il a surtout choisi les rĂŞves en fonction de l’intĂ©rĂŞt qu’ils prĂ©sentaient, Ă  ses yeux, pour l’étude de l’élaboration du mandala final.

La coopĂ©ration conscient-inconscient, due Ă  un recentrage  vers le pĂ´le fĂ©minin, s’établit. L’un et l’autre vont, au moment des mandalas finaux, obĂ©ir aux demandes du Soi. Ils vont pouvoir intĂ©grer, sous une forme accessible Ă  la conscience, le travail structurel et symbolique qui s’est effectuĂ© Ă  un autre niveau, moins visible que celui de l’histoire onirique qui n’est qu’un des rayons du pĂ´le central de signification.

La première strate du projet de l’inconscient qui Ă©merge  dans ces constructions narratives nous semble, finalement, ĂŞtre le rĂ©sultat d’une demande adressĂ©e au Moi par l’intermĂ©diaire de l’inconscient.  Il lui demande de rĂ©intĂ©grer sa part fĂ©minine en Ă©vitant de se figer dans une stratĂ©gie de contrĂ´le, qui le dĂ©racine de son mouvement vital. Le rĂ©sultat souhaitĂ© est une ouverture Ă  la figure de l’éros  sans crainte de perdre celle du logos.

Cette demande ne peut être acceptée par un Moi, paniqué à l’idée de perdre son identité et son organisation, si ce n’est par l’intermédiaire de symboles rassurants, et d’une structure accueillante. Les symboles, même si ils véhiculent toute une vie souterraine, doivent évoquer ce qu’il connaît déjà. La structure va s’élaborer pour devenir le cadre de la RE-présentation de ce déjà là qui pulse dans la Vision de l’Horloge du Monde du Rêveur ou jaillit du centre de la poitrine de la Rêveuse, pour lui permettre d’écrire le mot AMOUR.

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