C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Premiers rĂŞves de la rĂŞveuse

Le premier et le second rêve de la série. Ils contiennent déjà l’essentiel de la future histoire onirique de la Rêveuse.

La rĂŞveuse et son ombre

Le rĂŞve initial

Dès le rêve 1 dont il ne faut pas oublier que c’est un rêve isolé, nous sommes en possession de nombreuses données. Nous avons le décor et les enjeux de l’action : un mur, une absence de relation, entre la Rêveuse et un autre endroit qui est l’inconscient. La possibilité de passage de l’autre côté est figurée par le trou rond.

RĂŞve no 1 : l'afficher

La représentation est commencée et la Rêveuse a engagé la partie supérieure de son corps dans le trou. Il y a donc une possibilité de passer de l’autre côté de la paroi rocheuse.

Différents protagonistes sont déjà là. L’animus positif représentant du Soi. Le mari, symbolisant la vie consciente. Il sera avec la Rêveuse le personnage principal du dénouement de l’histoire. On voit aussi l’ombre, puissante et autoritaire. Elle est probablement liée à l’animus négatif, lui-même lié à l’animus maternel. Elle traite la Rêveuse d’empotée, formulant ainsi une appréciation défavorable qui provoque une régression conduisant la Rêveuse à ressortir du passage dans lequel elle s’était engagée.

L’affrontement des forces est annoncé. Force négative, obstacle à la conjonction, représentée pour l’instant par cette femme autoritaire. Force positive, l’homme qui tend les bras pour essayer d’aider. La difficulté de l’incarnation, qui se révélera comme étant un problème majeur de l’évolution de la Rêveuse, est nettement soulignée.

En effet, il lui semble facile de passer par la tête le haut du corps. Elle pourrait rejoindre cet homme séduisant, si le bas du corps n’était pas coincé. Ceci montre un blocage au niveau du rapport à l’incarnation.

Encore plus probant, avec une connotation religieuse liée à l’idée de la rédemption par la souffrance, le fait que, pour passer, il faudrait s’arracher la peau.

Pour réussir, ne plus être une empotée, la Rêveuse pense qu’il faudrait supprimer la chair méprisable. Cette difficulté d’acceptation de l’incarnation trouvera son dénouement au rêve 149. La Rêveuse y revivra sa naissance, en une scène incluant à la fois le réalisme, la beauté, l’amour et la lumière.

RĂŞve no 149 (Vision hypnagogique) : l'afficher

Ainsi, au cours de cet affrontement initial, il semble y avoir une victoire de l’inhibition, un renoncement. Il existe, cependant, un élément positif et une indication de la voie à suivre. Il s’agit, à la fin du rêve, de la curieuse humilité de l’ombre autoritaire disant : Comment veux-tu que j’y arrive si tu n’y arrives pas.

Cette ombre, qui apparaissait comme un juge impitoyable, se trouve elle-même complètement démunie. Cela révèle que le potentiel de réalisation d’un mouvement vers la totalité, le vas-y, fais un effort, se situe chez la Rêveuse elle-même et non chez cette ombre juge.

Le vrai début de la série

Un grand laps de temps s’est écoulé entre les deux songes. Le rêve 2, qui est le véritable début de la série, répète, sous une autre forme, l’histoire du premier rêve. Comme le pense Jung, l’inconscient, s’il n’est pas compris par le conscient, ressemble à une vague roulant inlassablement sur le rivage de la conscience.

RĂŞve no 2 : l'afficher

Le rĂŞve 1 Ă©tait suffisamment important pour ĂŞtre notĂ©. Le boulanger Ă  l’allure sĂ©vère tient le mĂŞme rĂ´le d’animus canal du Soi que l’homme secourable du premier rĂŞve. Son attitude peu aimable est comprĂ©hensible puisque la rĂŞveuse est demeurĂ©e sourde Ă  l’Ă©poque, Ă  ce que tentait de lui dire son inconscient.

RĂŞve no 1 : l'afficher

L’animus négatif, lui, commence à montrer l’importance de son action. Il est représenté par un homme retenant la petite fille par une laisse extensible double. La petite fille, symbolisant une rêveuse infantilisée, semblant toute fière de son adresse, est, en fait, prisonnière. Elle conserve une laisse attachée à son dos et la féminité est réduite au rôle d’un chien savant.

Si on compare les deux rêves, on voit que cet animus négatif a bien ses racines dans l’animus maternel. Des paroles presque identiques sont prononcées : vas-y. Les deux fois, la Rêveuse est dans une situation d’infériorité, qu’elle porte une laisse ou qu’elle se fasse traiter d’empotée !

On voit nettement dans ce rêve s’amorcer l’histoire d’une dualité symbolisée par la laisse double. La présence des deux animus antagonistes est le signe de l’ambivalence qui règne dans sa psyché.

Ce rêve développe aussi ce qui n’était qu’une allusion du premier rêve. Il s’agit de l’interrogation, à la fois essentielle et hésitante, formulée par l’interrogation de la Rêveuse : Dois-je les donner à une oeuvre ?

La question du cheminement est déjà posée à ce niveau. Dois-je réaliser l’œuvre de l’unification, se demande t-elle ? Le rêve contient des indices de cette possibilité. On observe là l’apparition très précoce d’une symbolique alchimique.

Le boulanger enseigne la musique, c’est-à-dire l’harmonie. Dans l’ombre, au niveau de l’inconscient, se devine un couple image d’une possible réconciliation des principes masculin et féminin.

Un appel à se mettre en route est lancé par le messager du Soi qui dit, d’une manière très positive : il faut y aller en ajoutant pour le travail que nous allons faire il faut voir loin . Il faut voir loin dans le temps et aussi, c’est ce qui se passe quand on voit de loin, englober un large point de vue, une totalité.

La Rêveuse, livrée à elle-même, ignorant Jung et les analystes, n’a pas su entretenir une véritable relation avec l’inconscient. La fonction transcendante était insuffisamment activée, et sa psyché ressemblait à un champ de bataille.

Cependant, un cheminement s’effectuait car tous les éléments étaient déjà là. Ils se manifestaient d’une manière chaotique, avec de fortes poussées vers la conjonction des opposés. Suivaient des dislocations tout aussi importantes.

L’intervention de l’analyste sera rendue nécessaire par les troubles physiques et psychiques ressentis par la Rêveuse. La confrontation systématique avec l’ombre va lui permettre, non sans rechutes, une progression vers l’acceptation de la conjonction entre le masculin et le féminin. Cette conjonction sera subordonnée à l’acceptation de sa propre féminité.

NĂ©cessitĂ© de la confrontation avec l’ombre.

La nĂ©cessitĂ© de la confrontation avec l’ombre se voit dans deux rĂŞves charnière. Il s’agit du dernier rĂŞve avant avant la rencontre avec l’analyste et du premier rĂŞve après cette rencontre.

Dans le premier rêve elle contemple avec satisfaction une pile de linge propre et bien plié qui sent bon le frais. Son contentement nous montre qu’elle n’était pas sur le bon chemin de la collaboration avec l’inconscient, et que cette histoire à l’eau de rose ne pouvait pas aboutir.

Dans le second rêve la voix du Soi énonce le programme : Il ne s’agit pas de repasser mais de retacher. Il ne faut pas avoir peur des plis ou des mauvaises odeurs émanant de l’ombre. Elle doit se mettre vraiment à la tâche, sans refuser de voir les souillures, les taches. Ce sont les échanges acceptés, entre le conscient et l’inconscient, qui vont progressivement construire une histoire satisfaisante.

Cela va se traduire par le fait que les thèmes principaux cheminent tous, cahin-caha, vers ce que nous nommons des rêves d’aboutissement.

Le grand enjeu, qui est la conjonction du masculin et du féminin, va trouver ses dénouements dans les tout derniers rêves. Il nous est impossible de suivre le processus dans le détail, mais nous allons mettre en évidence quelques moments marquants.

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