C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Moments marquants de la série de la rêveuse

Des rĂŞves de la sĂ©rie qui racontent comment la rĂŞveuse va se libĂ©rer de son dĂ©gout du corps et accepter qu’il ne soit pas une prison de l’âme.

 

Moments marquants de la série

L’ombre maternelle

L’affrontement avec l’ombre ne peut trouver de véritable conclusion, car elle fait partie de la totalité psychique. Pour ce qui est de l’histoire racontée par cette série, la part obscure à éclaircir est l’ombre maternelle qui, depuis toujours, juge, déprécie, décide de ce qui doit être rejeté.

Rendue plus puissante par tout le poids de l’inconscient familial, elle est la nourriture de l’animus négatif. Présente dès la début de la série, elle forme alors une espèce de couple mère-fille, jamais d’accord, dont nous avons un bon exemple au rêve 103 où la révolte se dessine déjà : la fille aime le cru, la mère aime le cuit. La fille trouve délicieux les œufs de la féminité qui dégoûtent la mère. Le fait qu’il s’agit d’un saumon, poisson qui remonte jusqu’à la source pour se reproduire, ajoute à l’intérêt de ce conflit où nous voyons la rêveuse commencer à se séparer de cette pesante ombre maternelle.

RĂŞve no 103 : l'afficher

Au RĂŞve 47, il avait Ă©tĂ© montrĂ© que, pour qu’une conjonction soit possible, il fallait soigner la mère. Cependant, mĂŞme silencieuse, elle demeure comme le montrent les rĂŞves 108 et 125. Pour que finisse l’histoire, au rĂŞve 145, il faut d’abord que la RĂŞveuse coupe, au rĂŞve 132, le cordon ombilical qui la relie Ă  l’inconscient familial et aussi qu’elle entreprenne, au rĂŞve 143, de laver les pieds de sa mère, c’est Ă  dire de la racine de l’ombre maternelle. La manière de soigner la mère est tout Ă  fait radicale puisqu’elle l’expĂ©die joyeusement vers une mort certaine au Gouffre de l’Enfer. Il aura fallu toute la sĂ©rie pour arriver Ă  ce rĂ©sultat 1.

RĂŞve no 47 : l'afficher RĂŞve no 108 : l'afficher RĂŞve no 125 : l'afficher RĂŞve no 132 : l'afficher RĂŞve no 143 : l'afficher RĂŞve no 145 : l'afficher

Se libérer du corps

PapillonL’histoire, commencée au rêve 1, de la résistance au fait d’habiter une enveloppe corporelle, histoire qui révèle finalement un refus d’accepter sa naissance, et un désir de se libérer de l’incarnation pour retrouver la vie de l’âme, se poursuit au rêve 5 où le papillon, symbole de grâce et de légèreté, est devenu énorme et gras comme un animal. Il est plein de chair et de graisse et nous voyons là tout le ressentiment de la Rêveuse qui tape avec violence sur une image de l’incarnation que son point de vue aliéné voit comme la cause de ses blessures et de ses difficultés.

RĂŞve no 1 : l'afficher

RĂŞve no 5 : l'afficher

Il faut noter au sujet du rĂŞve 5, et cela sera valable pour l’ensemble de la sĂ©rie, que la pensĂ©e (terme freudien) du rĂŞve n’est pas unilatĂ©rale. GĂ©nĂ©ralement, un autre point de vue est proposĂ©. Ici, la RĂŞveuse se rend compte de l’horreur de son geste. Elle craint la mort dĂ©finitive de cette chair, d’autant plus que, dans le rĂŞve arrive un chat qui risque de dĂ©vorer le papillon. Cela suscite une forte Ă©motion.

L’impressionnant rĂŞve 38, âmes sensibles s’abstenir, met en scène une possibilitĂ© de brĂ»ler, dissoudre, ces corps dont seules les tĂŞtes conservent encore un peu de vie. Cette terrible vision a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e, au rĂŞve 32, d’une possibilitĂ© de monter au ciel en empruntant de gigantesques monte-charges. Tout ceci est très dangereux, et reflète un dramatique oubli de notre condition d’êtres biologiques.

RĂŞve no 32 : l'afficher

RĂŞve no 38 : l'afficher

Une nouvelle illustration de ce point de vue se trouve au rêve 88, où se produit le massacre du grand chien, symbole de la vitalité, de l’instinct. Cette violence, l’acharnement sur les pattes, évoque une destruction de tout ce qui concerne la relation à la terre, au monde vivant.

RĂŞve no 88 : l'afficher

Ces scènes pénibles, destinées à offrir une représentation de la mauvaise relation entre la rêveuse et son corps, sont compensées par des rêves qui vont, progressivement, faire gagner du terrain au positif sur le négatif.

Dans la première partie, le discours du rêve, par l’intermédiaire de la Grande Voix, donnait déjà, au rêve 65, une clé avec les mots : Il y avait la source. C’est la parole d’une antique Nature annonçant une grande perte. Il y avait en la Rêveuse une qualité d’être humain biologique, une réussite de la Nature, qu’elle n’incarne pas. Elle est un désert où la source s’est tarie.

RĂŞve no 65 : l'afficher

La chair n’est plus une prison

La progression s’amorce au rêve 113 qui marque le début du renversement de la tendance. La scène raconte une hésitation entre le côté humain et le côté animal. Il faut, à ce stade, sortir d’une expression de l’être trop raffinée par le mental, accepter le côté animal en tant qu’énergie brute, et y voir de la beauté. Cette phase surmontée mérite une récompense.

RĂŞve no 113 : l'afficher

La Rêveuse va recevoir, au rêve 116, un disque intitulé Berceuse du Chant de la Nature. Ainsi, la Nature n’est plus terrible mais prête à accueillir, à tenir dans ses bras, à devenir le berceau d’un enfant accueilli avec douceur par une mère aimante. L’acceptation de l’incarnation s’amplifiera au rêve 123 au moment où elle nage seins nus, ce comportement ayant été proposé au cours d’un déjà ancien rêve programme, le rêve 34.

RĂŞve no 34 : l'afficher

RĂŞve no 116 : l'afficher

RĂŞve no 123 : l'afficher

Un rĂŞve programme est un rĂŞve qui montre clairement le projet de l’inconscient mais qui gĂ©nĂ©ralement n’est pas compris parce que le rĂŞveur n’a pas atteint un degrĂ© d’évolution suffisant. Ici l’amie que la RĂŞveuse prenait dans ses bras, comme on prend un enfant, pour la consoler contre ses seins nus, reprĂ©sentait la composante malheureuse de la psychĂ© ayant perdu le contact avec la nature et n’aimant pas son corps. Ensuite, le corps mal aimĂ© est soignĂ©, il devient beau. Il s’agit du corbeau = corps beau du rĂŞve 127 et cela annonce le rĂŞve d’aboutissement.

RĂŞve no 127 : l'afficher

Cependant, le combat de l’acceptation de l’incarnation n’est pas encore gagné, et nous assistons à un retournement, car le mental défend ses privilèges. Il s’agit du rêve 141, où la Rêveuse essaie, une fois de plus, de s’échapper par le haut. Elle voudrait descendre des hauteurs de la station orbitale où elle se trouve, mais elle est très encombrée par les bagages symbolisant la prédominance de l’accumulation des connaissances intellectuelles.

RĂŞve no 141 : l'afficher

Plus grave, une voix tentatrice lui dit, alors qu’elle envisage l’impossibilité de redescendre : Tu peux être enfermée, mais ton âme ne risque rien , ce qui signifie que l’âme est enfermée dans un corps, et que l’incarnation est la prison de cette âme.

Heureusement pour le dénouement de l’histoire, un renversement se produit : la Rêveuse s’est trompée, elle est finalement bien enracinée sur la terre d’une planète. Tout est beau, et on pêche avec un filet à papillons. L’énorme papillon gras du rêve 5 est devenu une étoile filante. La chair est ainsi magnifiée, ce n’est plus une prison et l’on comprend que la Rêveuse soit ravie. Après avoir surmonté le dernier obstacle, elle va maintenant pouvoir accueillir sa propre naissance.

RĂŞve no 5 : l'afficher

La vision 149 constitue le dénouement, heureux, de l’histoire douloureuse et conflictuelle de l’incarnation mal acceptée de la Rêveuse. Il y a là toute la représentation 2 de l’état antérieur de sa relation à la vie biologique, et de la transformation qui s’est opérée au sein de son psychisme. Elle passe ce trou qui lui était fermé au premier rêve . Par un déferlement d’amour, le Qu’elle est belle! transforme cette naissance inhumaine et solitaire, cette vulve et ces mains anonymes, cette supplication devant l’horreur que représente l’incarnation, en un moment de lumière et de pur bonheur.

Vision hypnagogique no 149 : l'afficher

Le fait qu’il s’agisse d’une vision hypnagogique, c’est Ă  dire d’un Ă©tat de conscience particulier intermĂ©diaire entre celui de la veille et celui du sommeil, donne encore plus de valeur Ă  la scène, parce qu’elle est reçue dans un Ă©tat assez proche de la conscience. Nous pensons que l’éblouissante lumière symbolise la conscience Ă©clairĂ©e et que cette acceptation de l’incarnation dĂ©passe les limites de l’histoire onirique, de par l’intĂ©gration de l’enseignement du rĂŞve au niveau de la vie consciente.

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Notes :

  1. On rencontre aussi la mère aux rêves 14, 21, 56, mais, comme ombre, elle est surtout une présence “latente” au sein de rêves comme le 24 où on trouve une madame X avec qui elle est fâchée dans la vie.
  2. des éléments avaient été distribués tout au long de la série : les minuscules bébés du rêve 47, bébés de la dualité, le troisième, le résultat de l’exercice de la fonction transcendante, étant caché sous un lit ; l’inoubliable sourire du nouveau-né, la petite Aurore du rêve 73, l’essai d’élaboration d’une vision satisfaisante, qui se révèle très négatif, au rêve 106 avec un visage sans corps de nouveau né tout fripé , le tout étant associé à un poing.