C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Les mandalas dans les séries de rêves

Conflit avec l’image de la femme

Dans la deuxième partie de la série, intitulée Les Mandalas dans les rêves, Jung va privilégier la recherche structurelle et symbolique.
Mandalas dans les reves

Le scénario, qui nous intéresse ici,  continuera à décrire le processus d’évolution des rapports entre les différents protagonistes . Le récit onirique est sans fin et le dénouement, provisoire bien sûr,  sera assez inattendu, même s’il a un lien avec les quelques renseignements que nous possédons au sujet du Rêveur

L’intervention active de l’intellect annonce une nouvelle phase du processus inconscient. La conscience va être en mesure d’affronter les figures de la femme inconnue représentant l’anima et de l’homme inconnu représentant l’ombre. Il y aura encore des régressions, des moments de grande tension et même des combats.

Le vieux sage, et d’autres ambassadeurs d’un Soi poursuivant inlassablement son projet, tenteront de favoriser l’union entre les opposés. Ce mouvement est indispensable pour générer une vision harmonieuse, destinée à favoriser le besoin d’équilibre et de symétrie souhaité inconsciemment et consciemment par le Rêveur.

Au cours de cette deuxième partie, certains processus entamés se poursuivent. Mais il se produit une accélération, et les affrontements vont devenir plus angoissants pour le Moi conscient du Rêveur.

L’anima rentre, dès le début, en conflit ouvert avec le Rêveur, en le tourmentant et en se conduisant en femme vindicative. Elle l’oblige à tourner en rond, lui reproche de se soucier trop peu d’elle, et installe un état de tension et d’urgence. Une pendule indique qu’il est moins cinq.(cf. rêves 6 et 7)

La résistance de l’homme à la barbe en pointe, alias l’intellect, ne se fait pas attendre : au rêve 10 l’image de la femme est réduite à celle d’un objet, une “femme poupée” muette. Cette femme poupée est engendrée par le regard méprisant du Rêveur sur la féminité qui le terrifie. Rejoindre la position féminine, c’est être réduit à l’état de poupée muette, état difficile à envisager pour un grand scientifique. Il est bien clair que le Moi conscient, ne veut avoir aucune relation avec ce non-moi que représente l’anima.

RĂŞve no 10 : l'afficher

La lutte s’organise

Nous avons, pendant ces premiers rĂŞves d’Ă©dification du mandala, une mise en place de la lutte, ressemblant surtout Ă  une fuite, que le RĂŞveur va mener contre la femme inconnue ou anima.

Cette femme, nous dit Jung, dans Psychologie et alchimie (p. 150.), représente toujours la fonction indifférenciée “inférieure” qui, dans le cas du sujet, est le sentiment. Cette lutte est incluse dans une grande bataille, menée contre les forces de l’inconscient. Cette bataille va être symbolisée par la présence de soldats, et un combat entre des sauvages, au cours duquel des atrocités bestiales seront commises.(cf. rêve 33) L’affrontement dure jusqu’à ce que soit clairement expliqué,  au rêve 37, qu’il y a dans cette histoire une connotation éthique et religieuse et qu’il s’agit d’un : combat entre le bien et le mal.

RĂŞve no 37 : l'afficher

L’inconscient essaye sans cesse de gagner du terrain et d’expliquer son point de vue.

Il revient sur un thème des rêves initiaux, le pont d’arcs-en- ciel “sous” lequel il fallait passer,( cf rêve 8) en faisant allusion, dans le rêve 11, à un jeu de croquet, jeu pendant lequel la boule doit passer sous des arceaux. Au cours du même rêve l’avion dans lequel voyagent trois personnages masculins, dont le Rêveur, accompagnés de la femme inconnue, est précipité vers le sol.  Un  miroir a été brisé et, pendant ce rêve, il est à nouveau suggéré que l’on a navigué en suivant trop les directives de l’intellect, représenté par le miroir. Il y a là une fuite devant la réalité terrestre, un refus de la chaîne qui relie l’homme à la terre et cette unilatéralité s’oppose au projet du Soi : l’élaboration de l’individu total.

RĂŞve no 11 : l'afficher

Les résistances de la fonction pensée sont fortes.

Elles se traduisent, par exemple, par le fait que, dans plusieurs rĂŞves de cette pĂ©riode, les personnages masculins sont dans la proportion de trois sur quatre par rapport au personnage fĂ©minin, la femme inconnue. D’autres rĂŞves. n’incluent que des Ă©lĂ©ments masculins.

Un seul rêve (cf. rêve 12) montre un essai de totalité, en mettant en scène deux personnages masculins, le Rêveur et son père, et deux personnages féminins, la mère et la sœur. Cependant, le fait que cette représentation de la totalité soit interprétée par les membres de la famille, est le signe d’un état régressif. Quand les situations sont dangereuses, le Rêveur tend à perdre son sens des responsabilités et à s’abriter derrière l’innocence infantile. Ce type d’attitude impute généralement au méchant père ou à la mère sans tendresse, la responsabilité de l’absence d’harmonie.

Arrivée du Compagnon représentant du Soi

Le RĂŞveur ne se conduit pas en adulte, et refuse de regarder dans ses propres profondeurs. Il faut, pour le dĂ©cider Ă  suivre cette voie Ă©troite et dangereuse, l’arrivĂ©e, au rĂŞve 13, d’un Compagnon. Il s’agit ici, de l’ami intĂ©rieur que nous retrouverons dans la sĂ©rie de la RĂŞveuse . On peut penser de ce compagnon de route qu’il est une reprĂ©sentation du Soi.

RĂŞve no 13 : l'afficher

Le courageux saut dans l’obscurité est récompensé par une vision du trésor : la parfaite symétrie d’un beau jardin avec une fontaine au milieu. Le Rêveur trouve là, dans ce temenos, une protection contre la possibilité d’une désagrégation de sa personnalité due à la régression au stade infantile du rêve précédent.

L’arrivée du Compagnon, et le côté rassurant du scénario de l’inconscient, ont atteint leur but puisque le Rêveur franchit le Rubicon (cf. rêve 14).  Auparavant son père, non plus dans le rôle du père de l’homme resté infantile, mais dans celui de source naturelle de sa vie, lui avait parlé du pays d’où vient l’eau, le pays des racines de la Vie. Le père dans son rôle d’”esprit qui enseigne”  représente ici une annonce de la future entrée en scène du personnage incontournable du Vieux Sage.

Représentations théâtrales rituelles

Représentations rituellesLe franchissement du Rubicon est une acceptation, par le Rêveur, du corps et du monde des instincts. Pour bien insister sur ce thème, des représentations théâtrales, que l’on peut qualifier de “rituelles”, vont être données.  Mais, comme nous le verrons dans l’ensemble de ce travail sur les séries de rêves, il se produit sans cesse des mouvements de balancier,  et le Moi conscient cherche toujours à fuir et à se protéger.

Une première action(cf. rêve 16) est montrée au Rêveur, qui n’est pas dans la scène mais sur le côté. Il s’agit d’une sorte de cérémonie, pendant laquelle tous les participants tournent vers la gauche, c’est à dire vers la direction de l’inconscient, autour d’un espace carré. Tous les éléments de la psyché sont réunis pour dire qu’: on veut reconstruire le gibbon. Le but de ce rite est pour Jung :

“ Une tentative de supprimer la séparation entre la conscience et l’inconscient, la véritable source de vie, et d’amener une réunification de l’individu avec la terre maternelle de sa disposition instinctive héritée.” ( Psychologie et alchimie, p. 176.)

L’homme, en tant que fait archaïque, doit être reconstitué et, pendant cette cérémonie, c’est un singe qui a sa place au milieu du carré, alors que le Moi, perdant ainsi cette place centrale, se retrouve simple spectateur.

Une telle mise en évidence d’une partie de la psyché qui descend jusqu’aux niveaux subhumains n’est pas supportable pour le Rêveur. Il va se réfugier à nouveau dans un temenos qui est, pour la circonstance, un bâtiment sacré. Il s’agit du rêve 17 , que Jung donne dans sa version originale non abrégée.

RĂŞve no 17 : l'afficher

Ce rêve 17 demanderait un long commentaire hors de notre propos. Jung l’analyse en détail dans Psychologie et religion ( p.50 sq.)

Dans ce rêve l’action devient cultuelle avec pour cadre une église rassurante et conviviale. La religion est assimilée à une représentation théâtrale, ou plutôt promotionnelle, durant laquelle on recommande chaudement une église catholique curieusement accouplée à un point de vue païen.  Il s’agit de la présentation d’un essai de compromis entre le catholicisme et une joie de vivre dionysiaque. Le Rêveur trouve cela parfaitement bien, mais l’anima réagit négativement, pleure et quitte les lieux, ce qui signifie que le côté féminin inconscient du sujet n’est pas d’accord avec cette attitude.

La rétorsion, au désir manifesté par le Rêveur d’un compromis confortable, va être immédiate. Il nous apparaît, en effet, que le rêve 18, qui va suivre et où se continue la représentation dans l’espace carré, dut être très impressionnante pour un brillant intellectuel.

RĂŞve no 18 : l'afficher

Ce rêve 18 met en scène des rites compliqués pendant lesquels si l’on s’enfuit tout est perdu. Il faut supporter cette représentation, en particulier celle de la masse animale ou vivante encore informe , image du chaos des origines.

Il est montrĂ© qu’on doit, comme l’écrit Jung dans le commentaire qu’il fit de ce rĂŞve :

“s’exposer aux impulsions animales de l’inconscient sans s’identifier à elles, sans les “fuir”, car la fuite devant l’inconscient rendrait illusoire le but de toute l’opération. Il faut rester, ce qui signifie ici que le processus amorcé par l’observation de soi-même doit être vécu dans toutes ses péripéties et adjoint à la conscience grâce à une compréhension aussi poussée que possible.”  (Psychologie et alchimie, p. 192 sq.)

 Les histoires se mélangent

Le cheminement vers la totalité psychique est à ce prix. Un processus de transformations débute.

Pendant ce processus, les contenus de l’inconscient collectif vont se trouver très près de la conscience, ce qui constitue un danger. Dans ce rêve 18 l’inconscient réussit une “avance puissante” et le Rêveur paraît  très impliqué dans cette cérémonie, que l’on peut qualifier d’initiatique.  Il le fut certainement, dans sa vie consciente, ce qui explique que la lutte conscient-inconscient tourne  au conflit armé, représenté (au rêve 19) par une guerre sauvage entre deux peuples.

A ce moment de la série, la manière dont les rêves apparaissent donne l’impression que plusieurs histoires sont racontées en même temps dans un  seul scénario .

Nous avons le récit du conflit avec l’inconscient qui a tourné à la guerre sauvage, l’inconnue obscure ( anima ) qui revient et continue à jouer son rôle d’ambassadeur de l’inconscient, une rencontre avec l’ombre, et, surtout, la recherche, mi-consciente, mi-inconsciente, par le Rêveur, de points d’ancrages destinés à l’empêcher de couler vers les abysses de l’océan de l’indifférencié. Il va alors, en projetant dans l’inconscient des préoccupations conscientes, essayer de se créer des appuis solides, fondés sur deux thèmes : un retour vers la religion de son enfance et une recherche de la “symétrie”. Ce dernier point relevant de l’élaboration d’une structure sera traité ultérieurement.

L’important rĂŞve 22 comporte des Ă©lĂ©ments de tous les rĂ©cits.

RĂŞve no 22 : l'afficher

Un ami tente de rétablir la relation entre le Rêveur et l’anima , à laquelle est écrit un billet sur lequel on lit, entre autres, que le salut ne vient pas du refus de participer ou de la fuite.

Dans le même rêve, il est question d’étrangler complètement la gauche. C’est alors qu’apparaissent des soldats porteurs d’antiques fusils et prêts à tirer. Ces soldats sont les défenseurs du conscient et, en particulier, de l’opinion collective qui pense que tout ce qui vient de l’inconscient est suspect et doit être complètement étranglé. Les soldats visent le centre, le juste milieu, là où se rejoignent les contraires, et sont prêts à tirer pour, finalement, on ne sait trop pourquoi, y renoncer. Le Rêveur précise qu’il s’est réveillé avec une forte angoisse, bien compréhensible, et incitant à penser qu’il se sent très concerné par ce conflit inconscient.

La relation avec la femme inconnue a repris puisque nous  retrouvons le Rêveur, au moment du songe suivant(cf. rêve 23), assis en face d’elle et occupé à faire son portrait. Mais il ne prend pas de risques. D’abord, la scène se  passe dans l’espace carré protecteur, ensuite, il substitue au visage des trèfles ou des croix. La forme personnifiée se transforme en un idéogramme abstrait. C’est à partir de ce Rêve qu’il commence à dessiner. Son but était de découvrir une configuration adéquate destinée à déterminer la place du centre et opérer une symétrisation qui serait une réponse au conflit entre la droite et la gauche.

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