C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Le Christ personnage et symbole

Heureux dénouements de la Série de la rêveuse. Un grand OUI à l’acceptation de la féminité, à un Dieu ami de l’homme et à la Vie sous toutes ses formes.

Impression sur le Christ

Qui est le Compagnon ?

Nous nous sommes interrogés sur les significations du personnage du Compagnon , qui intervient dans la deuxième partie, alors que la Rêveuse a commencé son analyse. Notons que la Rêveuse écrivait toujours sur ses carnets de rêves Compagnon  avec une majuscule.

On pourrait aussi tout simplement penser à une symbolisation de l’analyste qui l’accompagne dorénavant. Il y a certainement du vrai dans cette hypothèse, mais le contexte général de la série nous incite à croire que le rôle du compagnon se situe aussi sur un plan plus spirituel .

L’hypothèse est confortée par la présence de nombreux éléments christiques. Ils sont révélateurs d’un besoin inconscient de la Rêveuse de trouver un chemin religieux, grâce à une vision revisitée du Christ.

Le compagnon serait alors un Ami Intérieur, en rapport avec cette perspective christique. Remarquons, ce qui pourrait apporter un nouvel appui à  notre interprétation, que le Compagnon ne reparaît plus à partir du rêve 125, rêve sur lequel nous reviendrons. Il sera remplacé dans un rêve marquant , le rêve 131, par un personnage qu’elle identifie comme étant le Christ.

RĂŞve no 125 : l'afficher

RĂŞve no 131 : l'afficher

L’incarnation d’un symbole

La figure christique qui se dégage des songes de la Rêveuse n’est pas liée au Christ historique mais plutôt à l’incarnation d’un symbole . Elle est construite à partir d’éléments de la christologie,  auxquels s’ajoute un certain intérêt pour le personnage du Christ,  puisqu’elle en possédait une reproduction. (cf rêve 94)

L’inconscient, en utilisant ces matĂ©riaux du conscient va proposer une vision du Christ un peu dĂ©calĂ©e . Seuls certains caractères du Fils de Dieu de la religion des Pères seront retenus.

Le Christ est devenu un fils de l’homme et de la femme. C’est un ami toujours prĂŞt Ă  venir quand on l’appelle, Ă  partager la nourriture et Ă  demander que les valeurs abstraites du Dieu terrible de la bible soient transcendĂ©es par l’amour humain.

Les poissons et le pain, auxquels il faut ajouter le nombre 12 sont les signes les plus visibles de cette présence d’un archétype divin, symbolisé par le Christ, dans l’histoire onirique de la Rêveuse.

Le thème des poissons apparait de manière prĂ©coce au cours de la sĂ©rie. La RĂŞveuse (cf.rĂŞve 8) voit deux beaux poissons brillants et doit choisir entre les deux. Plus tard,  au rĂŞve 50, c’est avec ravissement que la RĂŞveuse mange un gros poisson, lui aussi brillant . Encore plus loin (cf. rĂŞve 102) on trouve douze sardines crues et , dans le rĂŞve suivant, en compagnie d’un mère dĂ©goutĂ©e, la rĂŞveuse consomme  un beau saumon(cf. rĂŞve 103).

RĂŞve no 50 : l'afficher

Le thème du pain, évocateurs de la Cène au moment où le Christ partagea un dernier repas avec ses disciples, est très présent.

Nous avons, tout au début de la série, au rêve 2 des vieux morceaux de pain rassis . Ils sont associés à l’idée d’un pain qui n’a été ni mangé ni partagé.

RĂŞve no 2 : l'afficher

Ensuite, partout des allusions au pain, au blé, à la fabrication aux boulangers, mais pas encore de partage.

Il faudra attendre la fin de la première partie pour que le pain se transforme en une possibilitĂ©, Ă©voquĂ©e par la RĂŞveuse, de partager. C’est, enfin, avec un inconnu qui se dit canadien, on peut entendre cananĂ©en et penser aux noces de Cana,  que se produit le partage . Notons que le Compagnon est prĂ©sent.

Le nombre 12 rencontré plusieurs fois, nous semble faire allusion aux douze disciples du Christ.  Cette allusion est amplifiée par les  douze sardines, les douze croissants et (cf. rêve 111) Une voix puissante qui crie Matthias ! Or s’agit du nom de celui qui maintient le nombre  des apôtres à douze en venant prendre la place de Judas.

Apparitions du Christ

Le Christ lui-même, apparaît plus ou moins nettement jusqu’au rêve 131 déjà cité.

RĂŞve no 131 : l'afficher

Nous avons reconnu certains de ses traits, ou tout au moins des traits souhaités par l’inconscient de la Rêveuse, sous l’apparence du Compagnon.

La représentation se dessine de plus en plus nettement, jusqu’à une description qui ressemble à une certaine vision populaire du Christ : grand, brun, cheveux aux épaules et vêtu d’une longue robe blanche.

Il doit être assez semblable à cet homme aux cheveux longs qui ressemble à la reproduction d’un Christ qui lui a tendu une serviette pour essuyer son visage mouillé.

Au grand Rêve 119, survient une figure christique dotée de plus de puissance.  Elle représente l’image d’un Soi impatient devant certains atermoiements de la Rêveuse.  Elle se trouve sur un  bateau devant la mener avec tous ses compagnons, c’est-à-dire toutes les composantes de sa psyché, vers le périlleux défi  que représente l’individuation.

RĂŞve no 119 : l'afficher

En avant ! en avant ! plus vite ! … encore plus vite, sinon nous allons pĂ©rir ! ordonne un Soi dĂ©sirant Ă  tout prix faire intĂ©grer cette composante christique, indispensable Ă  la totalitĂ© de l’histoire onirique.

Ce n’est pas ce Christ interpellateur qui est l’aboutissement de la construction narrative.

Nécessité du partage

Quand, au rêve 131, nous y revenons toujours, la Rêveuse identifie le personnage qui rentre en scène comme étant le Christ , nous avons la réponse à la question du rêve 2 où elle se demandait, au sujet du pain rassis, s’il fallait le donner à une oeuvre.

RĂŞve no 2 : l'afficher

RĂŞve no 131 : l'afficher

Le Christ apporte une baguette de pain , la pose tout simplement sur la table, invite au repas, au partage, en disant celui-là il faut s’en servir tout de suite, sans cela il va rassir.

Il ne faut pas continuer les mêmes erreurs, et tout le cheminement de la série de rêves a été destiné à en avertir la Rêveuse. Cette nourriture doit être partagée .

La relation avec une image christique sans pompes et sans discours emphatiques, a trouvé sa conclusion dans un rêve ultérieur , qui ne fait pas partie de la série mais qui y avait été annoncé.

Évidemment, l’histoire onirique ne s’arrĂŞte pas lĂ . La RĂŞveuse, comme le rĂŞveur de Jung, Ă  continuĂ© Ă  rĂŞver après la sĂ©rie prĂ©sentĂ©e. Il a Ă©tĂ© choisi de conclure sur le rĂŞve 153 parce qu’il constituait la conclusion d’un cycle de cheminement vers le processus d’individuation.

RĂŞve no 153 : l'afficher

Devant les douze sardines (cf. rêve 102) étaient attablés des clochards. Le fait qu’il s’agissait de clochards était difficilement explicable or, peu de temps après la fin de cette série, la Rêveuse avait rêvé, non plus au Christ mais à Jésus, terme plus doux et plus familier.

Voici le texte du rêve donné par la Rêveuse à son analyste :

Je suis dans un village, à la recherche d’un ami clochard qui s’appelle Jésus. Je dis à une femme : Vous savez Jésus est de retour. A un moment je suis sur le marchepied d’un camion et je dis au chauffeur : Si vous le voyez dites-lui que je l’attends. Je continue à le chercher dans tout le village et la femme me demande comment je sais que mon ami le clochard Jésus est par- là et je lui dis : Je ne peux pas l’expliquer, je le sens en moi.

Ceci confirme notre opinion que, au cours de la série de la Rêveuse, s’est développée une idée religieuse axée sur un personnage divin incarné. Ce personnage est masculin, mais il  propose des valeurs féminines de partage, d’entraide, presque de maternité.

Un Dieu de la simplicité

Dieu n’est plus écrasant, il peut même revêtir l’habit du clochard. L’image du Dieu biblique masculin est  transcendée et ne constitue plus un obstacle à la vie du corps, ce que les ultimes paroles de la série expriment par le  si oui, transcende ton Dieu et ouvre toi.

Il s’agit de s’ouvrir à toutes les formes d’amour, de l’amour humain à l’amour divin, en dépassant une vision unilatérale et unisexe de la relation à Dieu.

Après les scénarios tragiques des représentations négatives et destructrices de la série de rêves, nous aboutissons, ainsi, à d’heureux dénouements, comme en fournissent généralement les belles histoires.

Les heureux dénouements pourraient tous se résumer par un  grand Oui : Oui à l’incarnation, oui à l’acceptation de la féminité, Oui à l’union avec l’Autre, Oui à un Dieu ami de l’homme,  à un homme ami de Dieu et, surtout,  Oui à la Vie sous toutes ses formes.

Possibilités de convergences entre les séries de rêves.

Au début de ce travail (cf. partie théorique) nous avions privilégié deux repères dans la pensée de Jung : les concepts de polarité et de relation.

L’histoire onirique est une Ă©mergence de l’inconscient. Il n’y a ni chronologie ni causalitĂ©. Cela se traduit par une construction narrative utilisant souvent, d’une manière parfois surprenante, des matĂ©riaux appartenant Ă  la vie personnelle ou au conscient refoulĂ© des rĂŞveurs.

Le but de ces histoires était de provoquer une rencontre entre deux mondes opposés, celui de l’inconscient et celui du Moi conscient.

C’est à une véritable aventure que furent conviés le Rêveur et la Rêveuse, l’enjeu étant qu’ils deviennent eux-mêmes.

Le Rêveur devait accepter l’image de la femme en lui et la Rêveuse, après avoir réintégré sa féminité, surmonter sa grande peur de l’homme et du masculin.

Les constructions narratives sont uniques, puisque chacun y apporte ses matériaux. Cependant, l’observation des deux séries de rêves conduit à se questionner sur une possibilité de convergences apparaissant au cours de la relation entre l’inconscient et le conscient. Convergences entre les dénouements souhaités et acceptés et entre les thèmes essentiels des récits.

Si ces convergences devait se confirmer, nous pourrions commencer Ă  Ă©tayer, comme l’avait fait Jung, l’hypothèse très hardie d’un Soi organisant, Ă  tous les niveaux de la psychĂ©, l’élargissement de la conscience et le rapprochement des contraires.

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