C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

La peur du Divin

Le besoin pour les deux rêveurs d’une religion rassurante mais peu satisfaisante pour le Soi.

Le Dieu des profondeurs

Le besoin d’une religion rassurante

Le sentiment saisissant et un  peu terrifiant d’une présence divine, au sens de numineux que lui donnent Rudolf Otto et C.G.Jung, est plutôt effrayant .

En effet, au moment de la rencontre avec le numineux, le Moi se sent dépassé et doit abdiquer sa fonction de contrôle. Il demande alors à être rassuré et cherche la protection de la religion pour qu’elle lui serve d’intermédiaire avec cette force irreprésentable qui le fascine et lui fait peur.

Au niveau d’interprétation de l’histoire que racontent les rêves des deux séries, la religion se présente comme une possibilité d’améliorer la vie réelle des sujets et de soigner leur angoisse existentielle.

Cependant, demeure  une structure commune à ces séries qui est la polarité.

Polarité entre le masculin-esprit-ciel et le féminin-incarnation-terre.

Polarité entre une religion qui ne résout ni le problème de la dualité, ni le conflit entre le conscient et l’inconscient, et appelle à déserter le terrain de la vie, et une autre religion qui mérite bien son étymologie de religare, relier, et vise à transcender toutes les limitations du logos. Une religion qui  dit oui à la vie.

On ne se trouve pas dans le domaine du projet total du Soi, ni dans celui de la métaphysique. Il s’agit, plutôt, de la recherche d‘une religion de proximité, au sein de laquelle on peut manger, aimer charnellement ou avoir Jésus comme Ami. Il s’agit là d’un point de vue assez païen, dionysiaque même, où Dieu devient identique à l’homme.

Un grand rêve

On voit ce désir d’une tendance résolument anti-ascétique se manifester nettement chez le Rêveur au moment de la scène très théâtrale du rêve 17 de la seconde partie. C’est un rêve très long que Jung, exceptionnellement, propose dans sa version intégrale.

Rêve no 17 : l'afficher

La femme de ce rêve symbolise une religion où tout le monde peut entrer, où l’on peut se réunir, échanger, manifester de la joie. Elle part en pleurant quand le point de vue masculin d’un Seigneur inaccessible et d’une église sans images, sans symboles, semble prévaloir.

Les paroles tout le reste n’est que paperasses , ce qui signifie cela n’a pour moi rien de vivant, sont chantées. Commence alors une réunion, au cours de laquelle on boit du vin et on écoute de la musique.

Au réveil, le Rêveur éprouve un sentiment de grand soulagement.  Nous pouvons en conclure que cela est dû au fait que, à la frange entre son conscient et son inconscient, existe le désir de se réfugier dans les bras d’une religion conviviale et même maternelle.

Un compromis peu satisfaisant pour le Soi

Une église dogmatique et masculine ne peut accepter une idée de la religion trop enracinée dans le vital, les mythes de la Grande Mère, le chamanisme et même la sorcellerie, dont nous avons une représentante dans la série du Rêveur au rêve 46(2)

Rêve no 46 : l'afficher

Certainement sous l’influence du conscient, un compromis est proposé dans le grand rêve  précédemment évoqué. Il permettrait de conserver la religion des pères, tout en la rendant plus joyeuse. C’est par l’intermédiaire d’un prêtre, représentant de l’idée d’une église plus permissive souhaitée par le Rêveur, que l’absolution est donnée. Il est dit que la loi est respectée puisque ces distractions un peu accessoires sont reconnues et autorisées officiellement.

Le projet global du Soi va trouver que le compromis, auquel parvient le Rêveur concernant la religion, est trop pauvre.

Le Soi ne renonce pas et le Rêveur va recevoir un autre rêve, le rêve 54 qui fut, selon ses dires une expérience puissante.

Rêve no 54 : l'afficher

Ce rêve, qui fait aussi partie des grands rêves, est une mise en garde, sur le fait que la religion n’est pas un substitut qui permettrait d’échapper à la plénitude de la vie , c’est à dire à la conjonction du masculin et du féminin.

A ce niveau d’interprétation, retenons que le rêve calme le conflit intérieur du sujet. Il diminue l’intensité de la lutte, entre l’esprit et la chair, dont le Rêveur est en quelque sorte le champ de bataille.  Il lui permet, grâce à l’histoire racontée par son inconscient, d’établir un constat sur son attitude concernant la religion de son enfance, qu’il croyait avoir abandonnée.

Loin du numineux et de la terreur sacrée, liés à une divinité enfouie dans les profondeurs, le rêveur va se  contenter d’une sentimentalité religieuse, qui est cependant un premier pas vers une vision plus cosmique.

Des parcours similaires

Nous avons vu la Rêveuse suivre un parcours assez similaire, allant du grand rêve biblique vers une religion où le Christ est un ami serviable qui apporte lui-même le pain.  Une religion où Jésus peut être un clochard, où les femmes sont des sages, détentrices de la parole.

Les deux Rêveurs, finalement, recherchent une religion de proximité, rassurante et permettant de dire oui à la vie.

Cela est moins net chez le Rêveur, plus marqué par le logos, mais apparaît très nettement chez la Rêveuse.

Dans les deux cas, la préoccupation religieuse est présente. Il leur est aussi annoncé qu’ils ne pourront pas échapper à un projet du Soi tendant à la réunion des contraires.

Il existe, en effet, une concordance entre la phrase entendue par le Rêveur : C’est de la plénitude de la vie que tu dois engendrer ta religion ;  alors seulement tu seras  bienheureux !  et celle qui conclut la série de la Rêveuse Si Oui transcende ton Dieu et ouvre toi. Tous deux sont invités à dépasser l’image qu’ils se font de la religion, pour s’ouvrir à une dimension plus vaste.

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