C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Histoire de la rĂŞveuse

Présentation de la série de la Rêveuse sur le plan du récit et du discours du Soi.

Théâtre des rêves

Réaliser la conjonction entre le masculin et le féminin.

L’histoire onirique de la RĂŞveuse inclut deux grands mouvements, sĂ©parĂ©s par le nouvel apport que reprĂ©sente l’intervention de l’analyste. En l’absence de l’analyste, dans la première partie, on note cependant une certaine progression vers l’individuation.

On peut, ainsi, observer des manifestations brutes de la mise en place par l’inconscient des personnages, situations et enjeux, des scénarios de la série. Dès les premiers rêves les grands thèmes émergent. On a certaines clés de l’intrigue, tout en ignorant quelles portes elles peuvent ouvrir.

Le thème général est encore une fois relationnel, on pourrait dire amoureux. Il s’agit de réaliser la conjonction entre le féminin et le masculin. Pour que ce projet réussisse l’image de l’homme, projetée par l’inconscient familial dont a hérité la rêveuse, doit évoluer.

Ce scénario, en apparence clair et simple, qui est celui de nombreux romans, prend ici les allures d’une tragédie enracinée en des sentiments très anciens.

Le scĂ©nario de l’inconscient est donc celui de la dĂ©prĂ©ciation de l’incarnation. Le corps est impur racontent les rĂŞves. Il faut y ajouter la dĂ©fiance, la peur mĂŞme, envers la fĂ©minitĂ©. C’est la consĂ©quence d’une une sociĂ©tĂ© dominĂ©e par les valeurs masculines oĂą le monde du fĂ©minin est dĂ©valorisĂ©.

La guerre contre le projet de l’inconscient

La terreur de la fĂ©minitĂ© va de pair avec celle de la chair. La femme est plus associĂ©e par la conscience collective Ă  la matière. L’homme, lui, est censĂ© reprĂ©senter les valeurs de l’intellect. Ceci est parfaitement illustrĂ©e par des scènes oniriques montrant Ă  la RĂŞveuse le triste Ă©tat des lieux de son inconscient personnel.

Le Soi s’efforce de proposer d’autres représentations de la relation de la Rêveuse avec elle-même et avec l’Autre masculin. Mais elle n’est pas disposée à céder sans combats et nous assistons, au cours de la première partie, à une véritable guerre contre le projet de l’inconscient.

Ainsi, contrairement à ce que l’on aurait pu attendre en pensant au viol subi à la fin de son enfance, le premier problème de la Rêveuse n’est pas d’accueillir l’homme mais d’accepter sa propre féminité.

De plus, on peut observer un mouvement associant différentes manifestations au cours de la relation à l’homme racontée par les rêves. En effet, la Rêveuse est habitée, on pourrait presque dire possédée, par un animus négatif complexe auquel elle s’identifie. On peut mettre en évidence plusieurs strates :

  • tout d’abord le mĂ©pris de la femme, et l’horreur d’habiter dans un corps fĂ©minin,
  • ensuite, elle apparaĂ®t comme un homme humiliĂ© dans sa virilitĂ©,
  • enfin, et cela explique ses problèmes psychologiques, il y a une martyrisation de la fĂ©minitĂ© rĂ©elle de la femme, avec des agressions qui peuvent ĂŞtre physiques et avoir des rĂ©percussions psychosomatiques.

Devenir un homme ?

Au cours de l’histoire onirique, on trouve le mépris de la femme et surtout des scènes montrant des hommes ayant perdu leur virilité. Sont alors proposés des personnages masculins homosexuels, impuissants, martyrisés et objets aux mains de sadiques.

C’est une vision terrible, tragique. L’animus négatif propose une solution : devenir un homme vraiment homme, puissant. Le scénario se complexifie encore du fait que cet animus, non seulement voit la femme comme un homme martyrisé, mais projette aussi une figure terrifiante. Cette figure torture la vraie féminité de la femme.

À l’animus négatif, à la fois le traître du récit et son principal moteur parce qu’il provoque les drames, s’oppose l’animus positif qui essaie de défendre le projet du Soi. L’ombre est évidemment présente dans le fond inconscient du Moi de la Rêveuse. Elle radicalise encore plus la guerre entre les opposés.

Il existe un état de conflit permanent entre la Rêveuse qui refuse de coopérer avec l’inconscient, les animus, la chair, l’intellect, les opposés féminin et masculin. On pourrait pourrait alors croire que les préoccupations religieuses sont absentes.

Il n’en est rien, et si le problème est au début occulté par les combats, il va faire partie de la trame de toute la série. Nous verrons que la vision religieuse est, elle aussi, influencée par une différence de regard entre le point de vue féminin et le point de vue masculin.

Le discours du rĂŞve

Si on lit les rêves attentivement on s’aperçoit que les scénarios ne se contentent pas de décrire les lieux, les situations, le jeu des acteurs. Elles contiennent aussi des dialogues qui, une fois isolés, constituent un véritable discours. Ce discours représente, en lui-même, un niveau de l’explication des comportements de la rêveuse et des intentions de l’inconscient.

Les paroles de l’inconscient sont prononcées, soit par la Rêveuse elle-même, soit par différents protagonistes identifiés, soit par des groupes ou des on, comparables à des chœurs. Nous avons alors affaire à des acteurs bien identifiés représentant différentes composantes de la psyché de la Rêveuse.

D’autres paroles, prophĂ©tiques, mystĂ©rieuses, ou impĂ©ratives produisant un effet numineux, sont Ă©mises par une voix non identifiĂ©e. C’est la grande voix du Soi, dĂ©jĂ  observĂ©e chez le RĂŞveur, par exemple dans le dernier rĂŞve de la sĂ©rie.

Le style des récits, et la fréquence d’apparition de certains vocables tels que chambre, aide, danger, les termes précisant la situation dans l’espace, très fréquents jusqu’aux Mandalas finaux où la majorité d’entre eux sont présents, demanderaient eux aussi à être étudiés.

Les jeux de mots, chers à Freud, ne manquent pas pour celui qui sait les voir ou les entendre et demeurent souvent la seule explication possible d’un rêve en apparence absurde.

Quand il est dit à la Rêveuse, au rêve 85 que tout s’explique parce qu’elle souffre de la maladie de la tomate, on reste perplexe. Une signification peut apparaître si on entend maladie de l’automate. La surprenante hyène rouge du rêve 89 pourrait cacher une haine, bien explicable dans le contexte conflictuel de la série. Ces exemples sont destinés à donner une idée de la complexité et des multiples significations des termes employés par le langage des rêves.

RĂŞve no 85 : l'afficher

RĂŞve no 89 : l'afficher

Au début de la série, on observe un certain nombre de rêves, correspondants à ce que Jung, dans sa série, appelle les rêves initiaux. On y trouve, annoncés d’une manière très précoce, les thèmes principaux. Il peut s’agir, à ce stade, d’une simple allusion. Cependant, quand on regarde l’ensemble de la série, on se rend compte, comme pour le Rêveur, que bien des éléments étaient déjà là. La suite du récit consistera à les faire sortir de l’ombre.

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