C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Dieu et la religion

Une part féminine de proximité avec le divin doit compléter l’idée abstraite masculine de Dieu.

Les yeux de Dieu

Vers l’injonction de la Grande Voix

Les textes prĂ©cĂ©dents ont suivi, sur diffĂ©rents plans, la construction narrative. Les histoires dĂ©crivaient, par l’intermĂ©diaire des rĂŞves messagers du Soi, l’acceptation de la fĂ©minitĂ© et de l’incarnation.  On parvenait ainsi Ă  une relation relativement satisfaisante avec l’opposĂ© masculin.

Les récits s’entrecroisent, formant comme une trame. Il reste, pour  avoir une idée du récit total, à s’intéresser à un élément essentiel, l’attitude inconsciente de la Rêveuse vis-à-vis de Dieu et de la religion.

Demandons nous si cette histoire est-elle aussi racontée tout au long de la série.  Nous serions tentés de répondre : obligatoirement.

En effet, il a  Ă©tĂ© dit que la RĂŞveuse avait perdu tout intĂ©rĂŞt envers la religion de son enfance. L’activitĂ© onirique, selon Jung, a une fonction de compensation. On a donc toutes les chances de trouver  au  cours de cette sĂ©rie une opinion de la RĂŞveuse Ă  ce sujet. L’inconscient peut avoir un autre point de vue et mettre en place une construction narrative destinĂ©e Ă  fournir un enseignement.

PrĂ©cisons ici que, comme Jung, quand nous parlons de religion nous pensons Ă  l’expĂ©rience religieuse primordiale et non Ă  ce que les diverses confessions en ont fait.

Le récit de l’évolution de l’attitude inconsciente de la Rêveuse envers l’idée de Dieu  aboutit au tout dernier rêve de la série (153). Le rêve est le suivant :

La Rêveuse est réveillée par une voix forte qui dit : Si oui, transcende ton Dieu et ouvre-toi. Cette voix sera présente toute la journée suivante.

Les mots de la Grande Voix recèlent un tel potentiel d’amplifications et d’interprétations que nous pensons qu’ils représentent le dénouement général des différents thèmes de l’histoire.

Ces paroles impératives, et d’allure numineuse, durent impressionner la Rêveuse puisqu’elles l’obsédèrent toute la journée. Elles nous apparaissent à la fois comme un point d’orgue final et une manifestation téléologique du programme à venir pour les temps qui vont suivre la série.  Pour cela il faudra que  le discours de l’inconscient ait été non seulement compris mais intégré et accepté.

L’idĂ©e masculine de Dieu

L’histoire onirique religieuse n’échappe pas, elle aussi, au problème de la relation entre le masculin et le féminin.

C’est peut-être moins évident que pour la grande lutte entre les sexes. Cependant, une observation attentive des rêves montre qu’il y a une idée de Dieu et de la religion que l’on pourrait qualifier de masculine. Dans l’univers conscient de départ de la Rêveuse, cette idée représente le modèle dominant.

Une autre vision, plus féminine, va lui être proposée par l’inconscient pour compenser cette unilatéralité. Une puissance divine totale ne devrait-elle pas contenir à la fois le masculin et le féminin ?

La vision “masculine”, est une vision assez abstraite, d’un ordre imposé par un Dieu omnipotent. On doit suivre Ses lois sous peine de châtiments. Pour plaire à ce Dieu, et monter au ciel où il a sa demeure, il faut être le moins possible retenu par la pesanteur de la chair.

Une première représentation de l’état d’esprit de la Rêveuse est montré au rêve 31.  On y observe que, dans son inconscient, demeurent des traces très fortes de la religion de ses pères. Remarquons qu’elle est impliquée dans la scène et qu’avec d’autres personnes, c’est-à-dire avec l’inconscient familial, elle souhaite monter vers le ciel. Dans ce but, il faut mettre de l’ordre, respecter les règles.

RĂŞve no 31 : l'afficher

Ce songe pourrait apparaĂ®tre comme un beau rĂŞve mystique.  Ă€ la lumière de ce que nous savons maintenant des difficultĂ©s de la RĂŞveuse, ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un  dĂ©sir d’éviter l’affrontement avec les racines biologiques et d’échapper Ă  la terre pour aller vers des outre-mondes rĂ©putĂ©s paradisiaques.

Le fait que, peu de temps après (cf. rêve 33), la Rêveuse pense qu’il est magnifique d’avoir comme des ailes à ses bras nous la fait soupçonner du désir de devenir un ange. Or, un ange est un être asexué, libéré des souillures de la matière, et dont les ailes évoquent une possibilité d’échapper à l’attraction terrestre.

Au tout dĂ©but de la rencontre avec l’analyste, il y aura encore une tentative d’ascension. Avec un câble dans le dos elle est  remontĂ©e vers le ciel par un   hĂ©licoptère (cf. rĂŞve 76).

La plus belle scène de représentation d’une religion “masculine” se situe au rêve 44.

RĂŞve no 44 : l'afficher

Il s’agit d’un genre de péplum biblique. Elle est spectatrice. Dans un monde sec et désertique il n’y a que des hommes qui, d’une manière emphatique , vont célébrer l’un d’entre eux qui a accompli une oeuvre remarquable.

Le monde de la Nature est réduit, par le travail de l’homme récompensé, à quelque chose de minuscule tenant dans une enveloppe. Et l’homme s’avance seul vers un “DIEU” avec lequel on ne peut avoir aucune relation, un Dieu invisible de l’abstraction et du mental.

DĂ©veloppement d’une part fĂ©minine

Comme l’histoire onirique ignore l’unilatéralité, un point de vue féminin se développe parallèlement. Il envisage une relation de proximité avec le divin. Nous sommes loin des déserts, des tables de la Loi, et des dieux se cachant dans une grande lumière.

Si on en croit le mandala du rêve 152, Dieu se manifeste comme une diffusion de  l’ Amour. Un Amour venant d’un Dieu “intérieur”, d’un Dieu dans l’homme. En effet,  c’est du centre de la poitrine de la Rêveuse que jaillit la force lumineuse qui va écrire ce mot au centre du mandala.

RĂŞve no 152 : l'afficher

Cela se traduit , dans la série, moins par des scènes marquantes que par l’ existence d’une dimension relationnelle de  l’accueil et de l’aide.  Ce peuvent être des actions où intervient un contact, des paroles échangées où même un mouvement des corps.

Par exemple, la Rêveuse prend dans ses bras  son vieux père fatigué ou une amie triste ayant besoin de réconfort (cf. rêves17 et 32) .  Vers la fin de la série, à la fin du rêve 134 qui raconte toute une histoire, elle fait de même pour un voyou qui s’est introduit dans sa maison. Ceci montre que l’ombre, elle-même, fait partie du domaine de l’amour.

RĂŞve no 134 : l'afficher

On observe des présences féminines dont le discours ne peut être compris par une Rêveuse n’ayant pas réintégré sa propre féminité.  Elles contrebalancent le côté masculin attribué au divin ou à la sagesse.

Par exemple, dans un rêve des débuts de série (cf rêve 12), nous avons la présence discrète d’une femme qui, au moment où la Rêveuse cherche une salle où elle doit passer un examen, lui dit des paroles dont elle ne se souvient pas.

Une nouvelle tentative est faite dans un rĂŞve (cf. rĂŞve 60) oĂą une femme âgĂ©e, digne et belle, d’aspect religieux, dit Ă  la RĂŞveuse des choses importantes et lui donne des conseils qu’elle oublie. Il est trop tĂ´t, le processus n’est pas assez avancĂ© et, une nouvelle fois, elle refuse d’entendre le discours de l’inconscient.

Au rĂŞve 73, tout Ă  la fin de cette première partie, se prĂ©sentent des femmes chamanes.   Les activitĂ©s de ces femmes sont très liĂ©es Ă  la Nature et, ici,  elles accouchent une amie proche de la RĂŞveuse d’une petite Aurore. Il y a lĂ  une Ă©vidente manifestation  du projet de l’inconscient de redonner Ă  la religion sa part de fĂ©minitĂ©.

RĂŞve no 73 : l'afficher

Le personnage de la femme sage est encore présent  pendant la deuxième partie de la série, en particulier au rêve 95.  On y voit une très vieille femme que la Rêveuse regarde avec beaucoup de respect et à laquelle elle demande d’interpréter son rêve. Ces femmes respectables sont, dans le cadre de la théorie jungienne, des représentantes du Soi.  Mais l’histoire onirique n’est ni univoque ni restrictive et nous pensons qu’elles font partie des très anciens récits d’une religion des Mères.

RĂŞve no 95 : l'afficher

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