C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

En prolongement de la psychologie des profondeurs

Voici quelques propositions, inspirĂ©es par Jung et Marie-Louise von Franz au sujet de la libre interprĂ©tation alchimique d’une sĂ©rie de rĂŞves.

 

Dans les pas de Jung, une libre interprétation

Ce que nous  voulons proposer dans les textes à venir se situe sur le rayon de signification alchimique de l’interprétation des séries de rêves.  Nous conservons comme appui les recherches effectuées par Jung à partir de sa plate forme nietzschéo-alchimique et de ses analyses des songes des rêveurs.  Cependant, avec la série de la Rêveuse que nous proposons, ce travail se veut,  grâce à l’utilisation d’un matériau onirique différent de celui de Jung, un prolongement libre de la voie ouverte par la psychologie des profondeurs.

Commençons par rappeler que, ainsi que Jung le fit au cours de son commentaire des rĂŞves insĂ©rĂ©s dans Psychologie et alchimie, nous considĂ©rons la sĂ©rie que nous allons maintenant commenter comme un objet d’Ă©tude, pratiquement indĂ©pendant du vĂ©cu de la RĂŞveuse.

Pour tenter de mettre en évidence une manifestation que l’on pourrait qualifier de naturelle, manifestation empruntant le véhicule d’une toujours vivante symbolique alchimique, il est nécessaire de procéder à la manière du physiologiste envers le corps humain.  Il part des phénomènes généraux régulant la vie humaine, puis observe la manière dont ils remplissent leurs fonctions chez un individu au cours des différentes phases de son existence.

Ce point de vue, dont nous verrons qu’il n’est pas éloigné de celui des Philosophes de la Nature, nous a conduit à opérer une distinction :

  • D’une part le matĂ©riau brut de la première partie des rĂŞves, matĂ©riau comparable Ă  la matière première d’un processus d’évolution encore chaotique.
  • D’autre part la seconde partie de la sĂ©rie, partie au cours de laquelle on distingue plus nettement les mouvements de convergence avec certaines phases de l’opus alchimique.

Le psychisme comme matériau du travail alchimique

La Rêveuse, comme le Rêveur, n’éprouvait, au moment où elle a commencé à noter ses songes, aucun intérêt particulier ni connaissances précises la rattachant, de manière consciente, à la symbolique hermétique.

Les éléments alchimiques existants et les émergences quelque peu anarchiques de phases de l’Oeuvre, présents dans cette première partie, peuvent donc être dits naturels.

Par contre, le fait qu’elle ait ensuite effectué un travail analytique, accompagnée par un analyste jungien, incite à penser qu’elle a alors reçu, au minimum, une imprégnation de certains thèmes alchimiques. On peut aussi imaginer, puisqu’il s’agissait d’une personne cultivée, qu’elle a éprouvé le besoin de lire des ouvrages de Jung ou d’autres auteurs traitant de la symbolique alchimique.

La Rêveuse avait pris la décision de tenir compte des enseignements de l’inconscient. C’est pourquoi nous considérons que, à sa manière, elle opéra, à partir du moment où fut prise cette décision, un travail alchimique, dont le matériau fut son propre psychisme.

La sĂ©rie de rĂŞves est comparable Ă  la gestation d’un enfant

Comme le montre Jung, dans Psychologie et alchimie, l’alchimiste est un chercheur qui poursuit le mystère de la divinité au sein d’une matière indissociable de la psyché.

Pour la Rêveuse, l’enquête se situe au niveau de l’inconscient et ainsi que l’écrit Marie-Louise von Franz dans Aurora consurgens (p.159) :

“Est alchimiste quiconque tend vers une réalisation individuelle, directe d’une expérience de l’inconscient.”

Dans cet Ă©clairage, le mandala final et les dernières paroles de la seconde partie de la sĂ©rie de la RĂŞveuse, apparaissent comme l’aboutissement, provisoire, d’une transformation intĂ©rieure prĂ©sentant des convergences avec les degrĂ©s du processus alchimique. On ne peut, en effet, dans toute cette partie de la sĂ©rie jusqu’Ă  son aboutissement, nĂ©gliger la prĂ©sence d’une puissante manifestation symbolique tĂ©moignant de l’évolution d’un processus alchimique.

Nous éprouvons, cependant, une certaine réticence, à l’idée de généraliser à partir de rêves effectués par une personne se trouvant dans une situation assez particulière. La rêveuse  avait un guide, son analyste et elle a dû subir des influences mais ces influences sont susceptibles d’être relativisées car on ne décide pas de rêver selon une thématique. C’est l’inconscient qui choisit les matériaux de son discours et il demeure le maître de la production onirique.

Il apparaĂ®t, cependant, que l’observation du processus d’évolution de la seconde partie serait beaucoup plus significative si nous parvenions Ă  montrer que, avant le travail analytique, les Ă©lĂ©ments alchimiques Ă©taient vivants Ă  l’état brut tĂ©moignant ainsi d’une symbolique perdurant dans l’inconscient collectif.

Nous aurions alors affaire à une manifestation naturelle, comparable aux débuts de la gestation d’un enfant.  Toute l’Oeuvre consisterait ensuite, à partir des éléments fournis, à mener à bien cette maternité, jusqu’à la naissance de ce que les alchimistes appelaient l’enfant des philosophes.

 Jung et Marie-Louise von Franz comme principales source d’inspiration

C.G. Jung  et son ouvrage Psychologie et alchimie  sont toujours présents dans nos interprétations alchimiques de la série de la Rêveuse. Il faut y ajouter Psychologie du transfert et surtout le Mysterium conjunctionis.

Les deux premiers tomes du Mysterium conjunctionis sont une foisonnante et inĂ©puisable source de rĂ©fĂ©rences alchimiques mais nous aimerions souligner ici l’importance du troisième tome  et rendre hommage au travail  herculĂ©en de Marie-Louise von Franz, la principale collaboratrice de Jung.

Marie Louise von Franz avait déjà collaboré avec Jung aux deux premiers tomes et elle signe seule le troisième.

Il s’agit d’un traitĂ© alchimique en latin, l’Aurora consurgens (le lever de l’aurore), composĂ© de sept paraboles, et attribuĂ© Ă  un certain “Bienheureux Thomas d’Aquin”. Marie-Louise von Franz en donne la traduction et un commentaire très dĂ©taillĂ©. Il est difficile, selon elle, de dater l‘Aurore mais il semble, par recoupements, que l’ouvrage ne peut ĂŞtre postĂ©rieur au XIII° siècle.

Elle conforte la thèse qui attribuerait le traitĂ© Ă  Saint Thomas d’Aquin lui-mĂŞme et attribue Ă  ce texte une grande originalitĂ© si on le compare aux autres traitĂ©s alchimiques du Moyen-Ă‚ge. On trouve dans l’Aurora consurgens un Ă©trange mĂ©lange de citations bibliques et alchimiques qui incite Marie-Louise von Franz Ă  penser que l’auteur s’efforçait d’exprimer, en une langue chargĂ©e d’émotion, une expĂ©rience riche de significations. Il ne parvenait pas Ă  conceptualiser clairement ce qu’il ressentait et accumulait les formules. Ceci pour Marie-Louise von Franz expliquerait le flot de citations et d’allusions :

“L’auteur n’expose pas de conceptions claires pour la raison même qu’il n’en a pas, et qu’il s’efforce, en balbutiant, de décrire un contenu inconscient qui a fait irruption dans sa conscience”(p.159)

Elle ajoute ce qui nous semble intĂ©ressant pour expliquer la prĂ©sence d’une permanence de thèmes alchimiques chez les rĂŞveurs :

“L’absence totale de passages “techniques” me donne à penser que l’auteur n’était pas un alchimiste de laboratoire et qu’il ne poursuivait dans ce texte aucun dessein pratique. Il n’a pas “contemplé” les symboles en les projetant dans la matière, mais il en a expérimenté le contenu en lui-même, sous la forme d’intuitions intérieures. Toutefois leur nature était telle que seul le symbolisme alchimique put l’aider à formuler l’inexprimable. “

D’autres aides Ă  l’interprĂ©tation alchimique des rĂŞves

Si Jung demeure notre source essentielle d’inspiration, pour nos interprĂ©tations, nous avons dĂ» utiliser certains ouvrages alchimiques ou traitants de l’alchimie. La plupart ce ces textes ont dĂ©jĂ  servi aux travaux de Jung lui-mĂŞme. Notre but n’étant pas de faire montre d’une vaste Ă©rudition en matière d’alchimie, nous prendrons appui sur des ouvrages d’un accès relativement aisĂ©.

Si nous parvenons, grâce à des textes et des illustrations à montrer que la série de la Rêveuse recèle des dérivés d’images et de métaphores présentes dans les traités des alchimistes, nous aurons, ainsi, suivi le chemin emprunté par Jung et, nous l’espérons, ouvert la voie vers de futures recherches destinées à vérifier la fréquence d’apparition de cette symbolique dans le domaine onirique.

Ajoutons que les alchimistes accordaient une grande importance aux rêves, aux dires même de Jung, ce qui ajoute encore une relation au sein du vaste réseau de connexions formé par les séries de rêves.

Il nous dit, dans Les racines de la conscience (p.146), qu’il faut tenir compte du fait que diverses déclarations des alchimistes attestent l’existence de visions ou de rêves pouvant survenir au cours de leur travail. Comme ce travail s’étalait généralement pendant des années, les alchimistes eurent certainement des séries de rêves qu’ils considéraient comme d’inspiration divine.

Nous allons donc présenter, en distinguant deux mouvements de la série, une interprétation fondée sur la symbolique et l’iconographie alchimique.

Notre interprétation sera différente de celle qu’aurait effectuée Jung, ou Marie-Louise von Franz, ou bien Étienne Perrot.

Toutes les dĂ©marches sincères et honnĂŞtes sont lĂ©gitimes et chacun y projette sa propre culture. Jung, Marie-Louise von Franz, Étienne Perrot et d’autres sont la  nourriture essentielle de notre mĂ©moire et ils seront toujours prĂ©sents sur le rayon de signification de nos interprĂ©tations alchimiques des rĂŞves.

Page précédente | Page suivante

PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.