C.G. JUNG

RĂȘve, Alchimie, HomĂ©opathie, PoĂ©sie

Introduction Ă  l’interprĂ©tation alchimique des rĂȘves

Les alchimistes vivaient des rĂȘves Ă©veillĂ©s dont il semble que l’on peut trouver encore une trace dans les songes contemporains.

PrĂ©sence d’Ă©lĂ©ments alchimiques dans les rĂȘves

Dans d’autres pages, nous avons montrĂ© le cheminement de Jung sur la voie alchimique et donnĂ© au lecteur un aperçu de la terminologie utilisĂ©e par les traitĂ©s hermĂ©tiques.

À une approche quelque peu didactique, il convient d’ajouter la dĂ©couverte de permanences symboliques Ă©clairant rĂ©ciproquement l’alchimie et l‘univers onirique. Il s’agit, maintenant, d’aborder l’exploitation par Jung de ces correspondances.

Les reprĂ©sentations oniriques utilisent souvent, pour leur mise en scĂšne, des dĂ©cors et des Ă©vĂ©nements en relation avec les quatre Ă©lĂ©ments naturels que sont l’eau, la terre, le feu et l’air.

On navigue sur l’eau, on vole dans les airs, on explore les profondeurs souterraines on se chauffe devant un feu, on cuit un aliment. On peut aussi subir les rigueurs du froid du vent, de la chaleur.

La base du matĂ©riau onirique n’est pas l’intellect mais plutĂŽt un mĂ©lange d’émotions et de reprĂ©sentations, plus ou moins symboliques, du monde sensible. Cet assemblage, mĂȘme s’il est surprenant, voire burlesque, demeure comprĂ©hensible pour un rĂȘveur, puisqu’il est capable de l’Ă©crire et d’en rendre compte.

Voie humide et voie sĂšche des alchimistes

Au moment de sa confrontation avec l’inconscient, Jung, qui Ă©tait Ă  la fois l’opĂ©rateur et le matĂ©riau de sa propre transmutation, a failli se perdre, au cours des nombreuses distillations qu’il a imposĂ©es Ă  sa psychĂ©. Mais il a aussi commencĂ©, sans le savoir, Ă  explorer la voie que les alchimistes appelaient la voie humide. Cette voie symbolique, que l’on pourrait appeler voie des images, sera celle utilisĂ©e par Jung pour l’interprĂ©tation de la sĂ©rie de rĂȘves de Psychologie et alchimie.

Celui qui suit la voie humide observe les reflets des phases de l’opus sur les parois du vase en verre. Il s’agit d’une lente gestation, durant laquelle il voit des images, qu’il traduit en symboles. Un texte, offrant des concordances psychologiques avec cette dĂ©marche, se trouve dans Ma vie :

“Dans la mesure oĂč je parvenais Ă  traduire en images les Ă©motions qui m’agitaient, c’est-Ă -dire Ă  trouver les images qui se cachaient dans mes Ă©motions, la paix intĂ©rieure s’installait. Si j’avais laissĂ© les choses demeurer sur le plan de l’émotion, il y a lieu de penser que j’aurais Ă©tĂ© dĂ©chirĂ© par les contenus de l’inconscient. 
 Mon expĂ©rience eut pour rĂ©sultat de m’apprendre combien il est salutaire, du point de vue thĂ©rapeutique, de rendre conscientes les images qui rĂ©sident, dissimulĂ©es, derriĂšre les Ă©motions.” (p.206)

La voie sĂšche est dĂ©crite par Étienne Perrot  dans son ouvrage La voie de la transformation. Il s’agit d’une voie oĂč

“l’artiste est directement aux prises avec la rĂ©action de la transmutation dans le vase”

Elle ne peut ĂȘtre dĂ©crite, c’est une voie sans images.

Le rĂȘve Ă©veillĂ© de l’alchimiste

Les alchimistes qui suivaient la voie humide Ă©prouvaient des Ă©motions induites par leurs expĂ©riences. Ils opĂ©raient avec l’ espoir fou de conquĂ©rir un fabuleux trĂ©sor mais aussi sous la pression d’une angoisse provoquĂ©e par la crainte de Dieu et du Diable. Au fond d’eux-mĂȘmes, ils savaient bien qu’ils Ă©taient quelque peu hĂ©rĂ©tiques.

Ils traduisaient leurs Ă©motions en images et en symboles qui, grĂące Ă  un processus semblable Ă  celui mis en Ă©vidence par Jung, avaient une certaine vertu thĂ©rapeutique. La diffĂ©rence vient du fait qu’ils ne le savaient pas, tout au moins consciemment.

L’impression de brouillard chimĂ©rique que donne la symbolique alchimique, est due au fait que ces hommes du Moyen Âge, semblables en cela Ă  celui qui reçoit des rĂȘves absurdes, se trouvaient devant un inconnu, pour lequel n’existaient pas de reprĂ©sentations connues. Ils Ă©taient obligĂ©s de procĂ©der par approximations, allĂ©gories, images mythologiques, espĂ©rant, ainsi, exprimer leur secret d’une maniĂšre qui les soulage, tout en ne les chargeant pas d’une culpabilitĂ© religieuse.

EntourĂ© de ses fioles, livres et instruments, Ă©puisĂ© par la chaleur de l’athanor, les veilles et les mĂ©ditations, intoxiquĂ© par les vapeurs du mercure et autres produits chimiques, l’alchimiste devait, souvent, ĂȘtre submergĂ© de visions et d’hallucinations. Il vivait une sorte de rĂȘve Ă©veillĂ©, durant lequel se produisaient des manifestations de l’inconscient collectif.

Sortant ensuite de son nuage onirique, l’alchimiste tentait d’exprimer l’inexprimable par une symbolique infiniment complexe, tellement riche qu’on ne peut s’empĂȘcher de penser, comme Jung, qu’elle “devait son existence Ă  une raison suffisante”.

FrĂ©quence des symboles alchimiques dans la sĂ©rie du RĂȘveur de Jung

L’inconscient collectif ne connaissant ni le temps ni l’espace, il n’est pas surprenant que Jung nous montre, au cours de son commentaire de la sĂ©rie du RĂȘveur, que certains symboles, frĂ©quents chez les alchimistes, s’y retrouvent sous diverses formes.

Leur re-prĂ©sentation diffĂ©rente s’explique par le contexte personnel et la vie quotidienne du sujet.

Ceci montre que, le symbole en soi Ă©tant irreprĂ©sentable, et ayant pour seule fonction discernable d’ĂȘtre un cadre dans lequel s’inscrit la reprĂ©sentation archĂ©typique, cette derniĂšre ne peut s’effectuer que par l’intermĂ©diaire du symbole vivant, par essence protĂ©iforme.

Ce sont certaines manifestations de cette rĂ©surgence, issue du courant souterrain de l’alchimie, elles-mĂȘmes rĂ©surgences de toute la Philosophie de la Nature prĂš-chrĂ©tienne, que Jung a mises en Ă©vidence, et commentĂ©es, Ă  partir de la sĂ©rie du RĂȘveur de Psychologie et alchimie. Il les a choisies, dans le but de donner une explication, cohĂ©rente Ă  ses yeux, de la vision finale de l’Horloge du monde.
Si nous portons un regard plus personnel sur la sĂ©rie, d’autres possibilitĂ©s d’interprĂ©tation apparaissent, mais l’essentiel demeure :

La dĂ©couverte faite par Jung de la prĂ©sence de manifestations de la symbolique alchimique dans les rĂȘves de ses contemporains.

La thĂ©orie, Ă  visĂ©e paradigmatique, qu’il tenta de mettre en place Ă  partir de cette dĂ©couverte, sera notre appui, et notre constante stimulation, quand il s’agira de l’interprĂ©tation alchimique de la sĂ©rie de la RĂȘveuse.  On peut nous objecter que l’on ne voit que ce que l’on cherche, mais encore faut-il avoir l’idĂ©e de chercher, et une indication sur la direction.

Comme ce fut le cas, au niveau de la construction narrative et de l’élaboration structurelle, la plupart des thĂšmes importants dont on observe la pĂ©rennitĂ© jusqu’aux rĂȘves d’aboutissement, s’enracinent dans les rĂȘves initiaux.

Cette prĂ©cocitĂ© pourrait fournir un commencement de preuve de la prĂ©sence d’un fonds commun, Ă  partir duquel Ă©mergeraient des reprĂ©sentations propres aux alchimistes que l’on retrouve encore dans des rĂȘves d’aujourd’hui.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thĂšse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.