C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Alchimistes et auteurs de livres sur l’alchimie

PrĂ©sentation de quelques auteurs de livres sur l’alchimie qui ont inspirĂ© l’interprĂ©tation des sĂ©ries de rĂŞves.

 

Certains auteurs ont Ă©tĂ© privilĂ©giĂ©s par Jung pour ses interprĂ©tations alchimiques des rĂŞves. Il en fut de mĂŞme quand nous avons recherché  des rĂ©surgences de cette symbolique dans la sĂ©rie de la RĂŞveuse. Nous y avons ajoutĂ© quelques ouvrages plus rĂ©cents qui nous ont apportĂ© de prĂ©cieux matĂ©riaux. Évidemment la liste est très subjective et beaucoup d’autres travaux de valeur seraient Ă  citer.

Paracelse

Si on se fonde à la fois sur l’ordre chronologique et sur l’intérêt porté par Jung envers les auteurs sur lesquels il appuie ses commentaires, on voit apparaître Paracelse. Il lui a consacré un ouvrage passionnant intitulé Synchronicité et Paracelsica.

Paracelse, médecin, philosophe, alchimiste, est né à Einsiedeln (Suisse) en 1493 et mort à Salzbourg en 1540. On trouve dans son oeuvre une pensée uniciste où les frontières sont ouvertes entre la médecine, l’astrologie, une certaine forme de magie, l’alchimie, la philosophie.
Paracelse cultivait le paradoxe et acceptait les contraires. Dans son ouvrage intitulé Paracelse  (p.148) Lucien Braun écrit :

“Paracelse, dans sa recherche de l’intuition fondatrice, ne connaît pas de séparation entre le rationnel et l’irrationnel. Il ne cherche même pas une image non contradictoire du monde.”

Paracelse n’avait nulle crainte des Autorités et de la Tradition et ne reconnaissait que l’autonomie et l’expérience de la Nature.

Vivant dans un monde unitaire en tant que chrétien du Moyen-Âge, il ne voyait pas de conflit entre les sources de connaissance divine et naturelle puisque, pour lui, tout avait son origine en Dieu.

Dans le système de Paracelse, où tout semble gouverné par une sorte de principe général de structuration et d’individuation, se déployant du macrocosme au microcosme, il y a une place pour ce qui se rapproche le plus du concept moderne de l’inconscient.

Nous pensons à l’Aquaster, principe à la fois humide et spirituel, maternel aussi, qui est le lieu où est engendré l’esprit de Vie. Paracelse savait que la Nature n’est pas seulement physico-chimique, mais aussi psychique.

Même s’ils ne le déclarent pas toujours ouvertement, et s’ils se plaignent de ses obscurités, Paracelse a été l’inspirateur de nombre de ses successeurs qu’ils soient médecins, alchimistes ou philosophes, ou les trois en même temps.

Michel MaĂŻer et l’Atalante fugitive

En suivant toujours l’ordre chronologique, nous avons fréquemment eu recours à l’ouvrage de Michel Maïer  l’Atalante fugitive.

L’Atalante fugitive est d’une grande utilitĂ© pour le chercheur. D’abord parce qu’il est accessible dans une remarquable traduction d’Étienne Perrot  qui a consacrĂ© Ă  un commentaire sur cet ouvrage un livre intitulĂ© Les trois pommes d’or.

Ensuite, la personnalité même de Michel Maïer, homme instruit, épris de cohérence, se méfiant des racontars et des chimères. Il occupa une place de choix dans la société de son époque ce qui donne une certaine garantie de sérieux à son cheminement alchimique.

Allemand, né en 1568, il semble qu’il se soit consacré très tôt à l’étude de l’hermétisme, ce qui ne l’empêcha pas de devenir le médecin privé de l’empereur Rodolphe II à Prague. Après diverses activités dans cette ville, puis à Londres, il finit ses jours en 1622 à Magdebourg où il était le médecin du Landgrave de Hesse.

Atalante fugitive, publiée en 1617, a été précédée et suivie par une bonne quinzaine d’autres œuvres. Mais l’Atalante eut un succès tel qu’elle lui valut des critiques, le véritable adepte étant censé garder le silence sur le fruit de ses travaux. Or, même si l’auteur procède par allégories et allusions, s’il utilise parfois la langue des oiseaux, il fait un véritable effort de clarté et emploie tous les moyens à sa portée pour transmettre ce qu’il voulait bien dire de sa connaissance et de sa pratique de l’Art Royal.

Atalante fugitive s’adresse Ă  tous les sens

Il ne s’est pas contenté de s’adresser à l’esprit du lecteur, mais aussi à sa vue et à son ouïe. C’est ainsi qu’il écrit au centre du frontispice de l’ouvrage :

« Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la Nature, adaptés en partie aux yeux et à l’intelligence par des figures gravées dans le cuivre et des légendes qui leur sont adjointes, par des épigrammes et des notes, et en partie aux oreilles et à la récréation de l’esprit par plus ou moins 50 fugues musicales à trois voix dont deux correspondent à une seule mélodie, simple, très adaptées au chant des distiques, destinées à être vues, lues, méditées, jugées, chantées et écoutées non sans un agrément particulier.”

Il pense que Dieu a caché dans la Nature des quantités de secrets (Arcana ) et qu’un des moyens pour l’homme de développer son intelligence est de tenter de les extraire, les secrets chymiques étant “les plus précieux de tous après la recherche des choses divines”. Ces secrets ne sont pas à l’usage des charlatans, seulement des esprits élevés, et Michel Maïer s’adresse à eux avec un enthousiasme et une sorte de prosélytisme dont il se rend compte au moment où il écrit les dernières lignes de l’Atalante fugitive :

“Donc, une fois qu’on a saisi cela, on comprend l’aigle et la femme, comme aussi les secrets de l’art presque entier, secret que nous avons en ouvrant peut-être trop largement le sein de la Nature, exposé et manifesté dans ces pages au fil de l’enseignement, afin qu’ainsi GLOIRE SOIT RENDUE À DIEU. “

Ajoutons que les illustrations sont très révélatrices de la perduration de symboles vivants puissants, ce qui se vérifie par leur capacité à provoquer attraction ou répulsion.

En dehors du fait que des rêveurs reproduisent, en utilisant un matériau plus contemporain, des scènes très proches des emblèmes de l’Atalante, le fait de présenter, à des non-rêveurs, des images extraites de cet ouvrage provoque de vives réactions. Il nous a souvent été dit : Je ne veux pas voir ça ! ou, au contraire, le sujet regarde l’image avec une sorte de fascination.

Ceci tend à prouver que les illustrations de l’Atalante sont en relation avec le monde archétypique.

Mutus liber ou Le Livre muet

L’iconographie peut se suffire à elle-même et le Mutus liber (Le livre muet) se veut une description de l’œuvre alchimique uniquement par des images. Il fut publié en 1677 à La Rochelle, par un certain Pierre Savouret, mais son auteur est resté anonyme. Il est écrit sur la première planche :

“Le livre sans paroles dans lequel se trouve néanmoins toute la philosophie hermétique est ici présenté en figures hiéroglyphiques, sacrées pour le Dieu miséricordieux, trois fois grand et saint, et il est dédié aux fils de l’art uniquement. Le nom de son auteur est Altus. »

Notons que la première planche de l’ouvrage représente l’alchimiste, réalisant le songe prophétique de Jacob, ce qui montre, une fois de plus, l’importance du rêve par l’intermédiaire duquel l’adepte prend conscience des phénomènes qui se traduisent, ensuite, d’une manière sensible dans son laboratoire.

Dom Antoine-Joseph Pernety

Le dictionnaire Mytho-hermĂ©tique de Dom Antoine-Joseph Pernety s’est aussi rĂ©vĂ©lĂ© comme Ă©tant un prĂ©cieux outil. Ĺ’uvre d’un religieux bĂ©nĂ©dictin, rĂ©digĂ© en français il fut publiĂ© en 1758. Il en existe une reproduction que l’on peut consulter.

Ce moine très chrétien faisait preuve d’une grande culture et d’une largesse d’idées étonnante.

Il utilise pour ses définitions des termes qui, le plus souvent, ne sont pas de son invention. Il prend appui sur les auteurs à ses yeux les plus réputés et, même s’il ne le cite pas souvent, on devine l’influence de Paracelse. Il nous procure, ainsi, un vaste panorama de la philosophie hermétique à l’époque de son travail. Il justifie ses recherches, sur le plan religieux, en écrivant au cours de sa préface :

“Cette Science est un don de Dieu, et un mystère caché dans les livres des philosophes, sous le voile obscur des énigmes, des métaphores, des paraboles et des discours enveloppés, afin qu’elle ne vienne pas à la connaissance des insensés qui en abuseraient et des ignorants qui ne se donnent pas la peine d’étudier la Nature.”(p.XVIII)

Ces gens qui refusent d’étudier la Nature sont ceux qu’il avait déjà fustigés par ces lignes, qui nous semblent avoir conservé toute leur actualité :

“Mal à propos traite-t-on de fous les Philosophes Hermétiques : n’est-ce pas se donner un vrai ridicule que de décider hardiment que l’objet de leur Science est une chimère, parce qu’on ne peut pas le pénétrer, ou qu’on l’ignore absolument ? C’est en juger comme un aveugle des couleurs.“(p.III)

Il multiplie les exemples pour donner au lecteur la possibilité de se faire une vaste idée au sujet des obscurités qui peuvent être à l’origine d’erreurs, mais aussi de découvertes extraordinaires.

C’était un homme qui ne craignait pas de prendre des risques, on le voit dans les dernières lignes de cette préface fort intéressante, car elle contient aussi un bref résumé des opérations alchimiques :

“Il me semble que plus un homme a d’étendue de génie et de connaissances moins il doit nier et plus il doit voir de possibilités dans la Nature. À être crédule il y a plus à gagner qu’à perdre. La crédulité engage un homme d’esprit dans des recherches qui le désabusent, s’il était dans l’erreur, et qui toujours l’instruisent de ce qu’il ignorait.“ (p XX)

Comme pour Paracelse la Nature toute puissante est assimilable à Dieu et, en retournant la proposition, on peut s’interroger sur le fait que ces philosophes, sans en être conscients, assimilaient peut-être Dieu à la nature. On lit chez Pernety à l’article Nature :

“L’œil de Dieu, Dieu-même toujours attentif à son ouvrage, est proprement la Nature-même, et les lois qu’il a posées pour sa conservation sont les causes de tout ce qui s’opère dans l’univers” (p.319)

 

Marcelin Berthelot

Pour ce qui concerne les auteurs plus anciens, Jung et Marie-Louise von Franz, utilisent abondamment les ouvrages de Marcelin Berthelot, en particulier La collection des anciens alchimistes grecs.

On peut trouver, par exemple, dans Les Racines de la conscience, la quasi-totalité des visions de Zozime. Nous n’avons pu négliger ces textes, dont certains s’enracinent dans l’alchimie égyptienne en passant par l’alchimie arabe, car il nous est apparu que les émergences alchimiques, visibles chez la Rêveuse, se rattachent à des thèmes symboliques extrêmement anciens.

Johanes Fabricus et Françoise Bonardel

D’autres livres, plus rĂ©cents, nous ont fourni un appui solide.

Il s’agit tout d’abord de L’alchimie (Les alchimistes du moyen âge et leur art royal) de Johanes Fabricus, (évidemment un pseudonyme) écrit en 1976 et traduit de l’anglais en 1996 . Ce travail présente une iconographie extrêmement riche, à laquelle s’ajoute le grand mérite d’utiliser conjointement les thèses freudiennes et jungiennes, et d’en mettre en valeur la complémentarité.

Il montre les échos, dans l’alchimie, d’un processus d’individuation dont les manifestations reflètent à la fois le développement biologique et psychique de l’homme. Ceci est en concordance avec les allusions, faites par les alchimistes, sur l’unité de l’esprit et de la matière. Ce  thème  est repris par Jung, principalement au cours de ses dernières œuvres.

Nous avons aussi trouvĂ© une mine de renseignements dans l’anthologie de textes alchimiques occidentaux de Françoise Bonardel intitulĂ©e Philosopher par le feu et son remarquable ouvrage Philosophie de l’alchimie (PUF 1993) qui nous a prouvĂ© que l’on peut, d’une manière très actuelle, mĂ©diter sur le Grand Ĺ’uvre philosophal.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.

 

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