C.G. JUNG

RĂȘve, Alchimie, HomĂ©opathie, PoĂ©sie

Monter et descendre dans les sĂ©ries de rĂȘves

Monter et descendre en rĂȘve, la mauvaise rĂ©putation du nombre vingt et la possibilitĂ© de concevoir en Ă©tant vierge.

La sublimation pour les alchimistes

À ce stade de notre recherche d’Ă©lĂ©ments alchimiques dans la sĂ©rie de la RĂȘveuse, nous arrivons maintenant au rĂȘve 12.

RĂȘve no 12 : l'afficher

Le rĂȘve 12 contient deux Ă©lĂ©ments importants : l’ascensus et le descensus, la montĂ©e et la descente, Ă©galement rencontrĂ©s au cours de la sĂ©rie du RĂȘveur.

Monter et descendre, que ce soit en ascenseur, par un monte-charges, ou avec des Ă©chelles, est une opĂ©ration frĂ©quente au cours des sĂ©ries de rĂȘves. On peut lui attribuer le sens symbolique d’une montĂ©e vers le divin ou d’une chute au niveau de la matiĂšre.

Cependant, dans le cadre d’une recherche des connotations alchimiques, cette opĂ©ration Ă©voque celle de la sublimation. On lit (Ă  la page 238) dans l’Atalante fugitive de Michel MaĂŻer :

“La sublimation sĂ©pare le pur et l’impur, ennoblit ce qui est vil, Ă©lĂšve ce qui est bas. Elle doit donc ĂȘtre Ă©galement prĂ©sente Ă©tant en quelque sorte la dame et la maĂźtresse de toutes les opĂ©rations. Pendant la sublimation, certaines parties montent assez haut, c’est l’ascension, et d’autres descendent et ainsi s’effectue la descension.”

L’importance du nombre neuf

Un autre Ă©lĂ©ment important de ce rĂȘve est le nombre neuf. Absent de la sĂ©rie du RĂȘveur il fait ici son apparition aprĂšs une allusion Ă  la quaternitĂ©.

Selon Allendy dans le Symbolisme des nombres (p.262) Le neuf est le troisiÚme carré présent dans la série des nombres, le premier étant le un, le second le quatre.

Ce nombre, en tant que : 9 = 3 X 3, est, selon la Tradition, “l’ultime dĂ©veloppement de l’idĂ©e crĂ©atrice, de la cause efficiente, du Logos en activitĂ©.” On peut y voir la “totalitĂ© des principes crĂ©ateurs”.

En s‘inspirant de la langue hĂ©braĂŻque, oĂč le mot qui signifie neuf a pour racine “cimentation, union rĂ©ciproque et amour”, et de diverses liturgies attribuant au nombre neuf le sens d’achĂšvement, il nous apparaĂźt que ce nombre symbolise, dans la sĂ©rie, le rĂ©sultat de l’amour et de l’union, c’est Ă  dire la grossesse menĂ©e Ă  son terme. D’autres Ă©lĂ©ments de la sĂ©rie conforteront cette hypothĂšse, et nous verrons que l’ƒuvre Alchimique et le processus d’individuation sont, tous deux, comparables Ă  une gestation.

A la fin du rĂȘve 12, la RĂȘveuse fait une premiĂšre et brĂšve rencontre avec la Mater Alchimia, rencontre qui sera vite oubliĂ©e. Cependant, cette rencontre augure bien du futur, puisque la RĂȘveuse a l’impression qu’elle va trouver ce qu’elle cherche.

Le nombre terrifiant des vingt

Le rĂȘve 13 est bref, mais significatif.

RĂȘve no 13 : l'afficher

Tout d’abord on y trouve la premiĂšre manifestation importante de ce que nous appelons la Grande Voix. Et cette voix dit d’étranges choses, pleines de significations symboliques, au sujet d’un voyage Ă  JĂ©rusalem et du nombre terrifiant des vingt. Ces paroles numineuses de la Grande Voix, dont la force est augmentĂ©e par l’écriture, nous semblent ĂȘtre rĂ©vĂ©latrices de l’état intĂ©rieur de la RĂȘveuse et des opposĂ©s qui s’y affrontent. Cet Ă©tat est comparable Ă  celui de l’alchimiste au moment oĂč, au dĂ©but de lƒuvre, il se trouve confrontĂ© aux Ă©lĂ©ments ennemis.

La JĂ©rusalem cĂ©leste est un carrĂ©, que Jung comparait Ă  un mandala . En effet, l’élĂ©ment quatre y fonctionne harmonieusement, comme c’était le cas pour le mandala du RĂȘveur. La luminositĂ© de la ville, dit l’Apocalypse, est semblable Ă  celle d’une pierre prĂ©cieuse :

“ Et son Ă©clat est pareil Ă  une pierre trĂšs prĂ©cieuse, comme une pierre de jaspe transparente comme du cristal ”. (21,10-11)

Nous songeons ici à la trÚs précieuse Pierre des alchimistes.

A l’opposĂ© de cette proposition de voyage vers l’harmonie, symbolisĂ©e par JĂ©rusalem, il est montrĂ© Ă  la RĂȘveuse, dans le mĂȘme rĂȘve, toute la nocivitĂ© de la division dĂ©signĂ©e par le nombre vingt.

Selon Allendy (p.327 et366), le nombre vingt est un nombre de mauvaise rĂ©putation. J. Boehme l’appelait le Diable, c’est Ă  dire le monde matĂ©riel opposĂ© au monde spirituel. Il reprĂ©sente la diffĂ©renciation de toutes les parties de l’ensemble en deux pĂŽles adverses. C’est aussi le nombre de la dualitĂ© divisant le monde en deux camps ennemis : le Bien et le mal, la Vie et la Mort . C’est encore celui d’un macrocosme inĂ©vitable, et parfois terrifiant, rĂ©gi par les forces contraires partout prĂ©sentes dans l’univers, avec pour consĂ©quence une Ă©nergie incontrĂŽlable.

Une Ă©ruption de matĂ©riaux de l’inconscient

Les songes de la RĂȘveuse deviennent de plus en plus reprĂ©sentatifs du chaos de la matiĂšre primordiale, que nous assimilons, ici, Ă  l’inconscient collectif. On a l’impression que cet inconscient expulse, Ă  la maniĂšre d’une Ă©ruption, le maximum de matĂ©riaux, parfois comme de simples notations, parfois sous forme de redites.

Entre le rĂȘve 14 et le rĂȘve 18, reviennent des thĂšmes tels que celui de l’enfant, la quaternitĂ©, la clĂ© et la torture.

Voir les rĂȘves de la sĂ©rie de la rĂȘveuse

Au rĂȘve 18, aprĂšs une premiĂšre allusion au triangle, forme que l’on retrouvera au cours du rĂȘve d’aboutissement final, Ă©mergent des Ă©lĂ©ments importants et liĂ©s entre-eux.

RĂȘve no 18 : l'afficher

Il est tout d’abord question de se marier vierge, puis de blanchisserie et, enfin, d’eau gynĂ©cologique. Nous avons lĂ  l’ébauche de tout un mouvement de lƒuvre.

Comment concevoir un enfant en Ă©tant vierge

La Vierge, souvent assimilĂ©e Ă  la Lune, symbolise, ici, le stade de l’albedo, l’oeuvre au blanc.

Avant qu’elle soit blanchie de la noirceur et de l’impuretĂ© des mĂ©taux, auxquels elle avait Ă©tĂ© mariĂ©e dans les entrailles de la terre, on l’appelait la femme prostituĂ©e. AprĂšs cette opĂ©ration de blanchisserie, elle devient l’eau mercurielle des philosophes.

L’eau mercurielle des philosophes est trĂšs prĂ©cieuse car, comme le dit le rĂȘve, elle est gynĂ©cologique, c’est Ă  dire qu’elle concerne la femme qui peut concevoir. Cette femme aura un enfant, le Rebis hermaphrodite, en lequel, Ă  partir de la mĂȘme racine, la partie fĂ©minine et masculine formeront un tout homogĂšne.

Elle concevra cet enfant vierge selon un mode trÚs particulier décrit par Pernety dans son dictionnaire Mytho-Hermétique (p.522)

“Les Adeptes ont donnĂ© Ă  cette Vierge le nom de Beia (…) Sans donner atteinte Ă  sa virginitĂ©, elle a pu contracter un amour spirituel avant que de s’unir par un mariage avec son frĂšre Gabritius, parce que cet amour spirituel ne l’a rendue que plus blanche, plus pure, plus vive et plus propre Ă  l’objet du mariage. (…)

Prenez une vierge ailĂ©e, trĂšs pure et trĂšs nette, pĂ©nĂ©trĂ©e et animĂ©e de la semence spirituelle du premier mĂąle, et nĂ©anmoins vierge quoiqu’elle ait conçu ; joignez-la Ă  un second mĂąle sans crainte d’adultĂšre ; elle concevra de nouveau par la semence corporelle du second et mettra enfin au monde un enfant Hermaphrodite qui sera la source de Rois trĂšs puissants.”

Les mots semence corporelle montrent le souci des alchimistes de rattacher leur Art, mĂȘme dans le domaine allĂ©gorique, Ă  des procĂ©dĂ©s naturels.

Marcher vers le soleil

L’allusion Ă  l’Ɠuvre au blanc, est, ainsi, trĂšs lisible dans ce rĂȘve 18.

Mais la concentration d’émergences significatives ne s’arrĂȘte pas lĂ . On se trouve dĂ©jĂ , fait remarquable Ă  ce stade relativement prĂ©coce de la sĂ©rie, en prĂ©sence d’une Ă©vocation de la citrinitas ou oeuvre au jaune. En effet, la RĂȘveuse doit partir en Chine, pays des hommes jaunes, c’est Ă  dire aller vers la citrinitas.

Ce qui n’était qu’une allusion est confirmĂ© par le rĂȘve suivant, le rĂȘve 19, oĂč elle marche vers le soleil.

RĂȘve no 19 : l'afficher

Or, l’Ɠuvre au jaune, sur laquelle nous reviendrons ultĂ©rieurement, est associĂ©e Ă  l’or solaire. La lune de la Vierge et le Soleil, dont la RĂȘveuse accepte la brĂ»lure, nous proposent les partenaires d’une copulation entre le Soleil et la Lune, considĂ©rĂ©s par les hermĂ©tistes comme Ă©tant le pĂšre et la mĂšre de la Pierre des Sages.

Cette incitation de l’inconscient Ă  la conjonction va demander Ă  la RĂȘveuse, pour prendre tout son sens, des annĂ©es d’écoute du message onirique.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thĂšse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.