C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

Excréments et supplices en alchimie

En alchimie les excrĂ©ments peuvent devenir de l’Or et de terribles supplices symbolisent les phases de mort et de rĂ©surrection de la matière.

Importance des excréments en alchimie

Nous sommes maintenant au rĂŞve 54 de la RĂŞveuse.

RĂŞve no 54 : l'afficher

On se retrouve, sans mauvais jeu de mots, dans la matière et le  côté opératoire de l’Œuvre avec les excréments et le procédé de la dissolution. La présence d’enfants est une constante de la série.

Les excrĂ©ments, rĂ©sultat de tout un travail corporel de transformation, font, entre autres, partie des matières considĂ©rĂ©es par les alchimistes comme une substance susceptible d’être utilisĂ© comme base de recherche de leur prima materia, comme l’Ă©crit Jung dans MĂ©tamorphose de l’âme et ses symboles (p.321).

Plusieurs Traditions relient la signification de l’or et de l’excrément. Le fait qu’il y ait, au début de ce songe, le transport de grandes quantités d’excréments et que la Rêveuse soit intégrée à ce travail est, comme nous nous efforçons de le démontrer, la preuve qu’un processus est en marche. La matière de sa mise en œuvre est très abondante dès la première partie de la série.

Voir les rêves de la série de la rêveuse

Dissolution et poudre de projection

La dissolution, que beaucoup de Philosophes alchimistes assimilent à la solution, est, rappelons-le, une des opérations du processus alchimique.

Le soin que la RĂŞveuse y apporte montre qu’elle est, inconsciemment, prĂ©parĂ©e Ă  la longue patience que demandent des dissolutions, coagulations, distillations, calcinations et autres opĂ©rations, rĂ©pĂ©tĂ©es de multiples fois. L’eau utilisĂ©e pour cette dissolution est, symboliquement, une eau ignĂ©e (eau de feu), l’eau permanente et mercurielle des Philosophes.  On dit aussi que c’est l’eau qui ne mouille pas les mains.

La scène du rêve suivant, le 55, montre que deux adolescents très semblables, représentant peut-être l’androgyne alchimique, incomplet mais déjà en formation, reçoivent un lion d’or.

RĂŞve no 55 : l'afficher

La symbolique est beaucoup trop forte pour la Rêveuse qui se contente d’une place de spectatrice. Le lion d’or est, en effet, le représentant d’un symbole puissant : la poudre de projection, destinée à transformer les métaux imparfaits en or ou en argent, selon le degré de perfection atteint.

L’Ă©volution intĂ©rieure de la RĂŞveuse

Sur le plan de l’évolution intĂ©rieure de la RĂŞveuse, notons des points positifs : au rĂŞve 55 elle Ă©coutait de la musique en compagnie d’un homme, signe d’une meilleure relation avec l’Autre, et surtout, au rĂŞve suivant, le 56,  elle va dans le lit de sa mère qui l’accueille avec affection.

RĂŞve no 56 : l'afficher

On observe ainsi, non seulement une réconciliation entre la Rêveuse et la Mère Nature, mais aussi une progression de l’harmonie, du fait de la présence, en un même lieu, du père solaire et de la mère lunaire. Cependant un élément manque : l’eau ignée, le mercure.

Les truites Ă  demi mortes, enfermĂ©es dans un placard, nous ramènent Ă  Ă  l’illustration et Ă  l’Ă©pigramme d’un texte prĂ©cĂ©dent : l’Ĺ’uvre des femmes. Rappelons une partie du texte : “Cuis de mĂŞme”, (il s’agit de l’Œuvre des femmes), “mais il faut que la truite en ses eaux se dissolve”. Pour l’instant la RĂŞveuse, mĂŞme si elle pense en rĂŞve qu’il faudrait de l’eau, n’est pas capable d’accomplir cette oeuvre des femmes : cuire, trouver le juste degrĂ© de la cuisson des poissons dans l’eau.

Le supplice symbole de mort et de résurrection

La RĂŞveuse va ensuite explorer, d’une manière obsessionnelle, un autre domaine reliĂ© Ă  celui du supplice : la mortificatio alchimique. Il s’agit d’une destruction meurtrière, qui peut ĂŞtre, par exemple, le meurtre du roi, ou la dĂ©voration par un loup, ou le corps de Gabricus, dans la version du Rosarium, dĂ©composĂ© en atomes et “absorbĂ© dans sa propre nature” Ă  l’intĂ©rieur du corps de Beya.

La  mortificatio alchimique avec la putréfaction, la calcination, et autres tortures, fait partie des phases de mort et de résurrection de la matière.

L’illustration colorisĂ©e de notre page est le dixième tableau de la sĂ©rie Splendor Solis.   Elle montre un personnage en train de trancher les membres et la tĂŞte d’un homme nu et ne fait que pousser plus loin la reprĂ©sentation du supplice de l’homme nu du rĂŞve 57.

RĂŞve no 57 : l'afficher

Sur l’illustration on voit aussi l’épĂ©e du rĂŞve 59, et elle symbolise bien toute l’ambiance d’angoisse et de cruautĂ© qui règne Ă  ce moment de la sĂ©rie.

RĂŞve no 59 : l'afficher

Il est Ă©crit dans le texte explicatif de cette image impressionnante :

“Je t’ai tué afin que tu reçoives une vie surabondante mais je vais soigneusement cacher ta tête afin que le monde ne te voie pas, et je vais te détruire dans les tréfonds de la terre. Je vais enterrer ton corps afin qu’il se putréfie, croisse et donne des fruits sans nombre.”

Remarquons que la scène onirique du rêve 57 arrête le supplice avant le dépeçage à la tronçonneuse. La Rêveuse n’était certainement pas prête à s’arracher la peau, souvenons-nous du rêve initial, et à passer le trou qui donne sur un autre endroit pour, en acceptant une mort symbolique, accéder à un nouveau stade de son évolution.

RĂŞve initial : l'afficher

Concordances avec les songes du RĂŞveur

A cette période, entre les rêves 54 et 59 et même plus loin dans la série une forte préoccupation inconsciente se traduit par des rêves récurrents. La fin du rêve 57 et le rêve 58 forment un tout : la donnée du problème et sa résolution partielle.

RĂŞve no 58 : l'afficher

Il est question de détermination du centre, de roues, de cibles. Il y a là une allusion aux difficultés de l’objectif hermétique, que l’on peut considérer comme étant en concordance avec les soucis du Rêveur.

Rappelons-nous le songe 8 de la sĂ©rie des rĂŞves d’Ă©dification du Mandala prĂ©sentĂ©e par Jung dans Psychologie et alchimie.

RĂŞve no 8 : l'afficher

Le Rêveur y cherche à déterminer un point exact au centre mais il est tantôt trop loin, tantôt trop près. De plus, au moment où il inscrivait ce songe, lui est revenu le souvenir d’avoir, peu de temps avant, fait un autre rêve, au cours duquel il tirait sur une cible. Son tir se situait tantôt trop haut, tantôt trop bas. Il en est de même pour le cheminement hermétique : le but de l’opus ne peut être atteint si l’on rate une des étapes du processus.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.