C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

C.G.Jung Ă  l’Ă©coute de ses rĂŞves

C.G. Jung nous montre l’importance des rĂŞves dans la construction de la personnalitĂ© et les choix de vie.

Rêves et développement de la personnalité

Selon Jung, le développement de la personnalité, et de toutes les activités sociales, professionnelles et créatrices, au sens vaste du terme, est indispensable pour que se construise un individu à la fois aussi humain et aussi original que possible.

Il a choisi, comme il le narre dans l’œuvre de ses dernières années, Ma vie,  de nous montrer comment, de son point de vue, il s’est lui-même construit à partir de l’écoute et de l’interprétation de ses rêves.

L’obligation de vivre personnellement le processus de l’inconscient, à travers rêves, visions et imaginations, l’a déterminé à devenir le laboratoire de ses propres recherches.

Le guide de ce travail, sur un matériau psychique particulièrement sensible et réceptif, fut l’inconscient lui-même.

Jung  dit, avec force, dans la première phrase de Ma vie, que son existence est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation. Cette histoire correspond-elle à la vérité consciente, là est tout le problème de l’interprétation et de la recherche du sens. C’est pourquoi il ajoute :

“J’ai donc entrepris aujourd’hui, dans ma quatre-vingt-troisième année de raconter le mythe de ma vie. Mais je ne puis faire que des constatations immédiates, “raconter des histoires”. Sont-elles vraies ? Là n’est pas le problème. La question est celle-ci : est-ce mon aventure, est-ce ma vérité.” (Ma vie, p. 21)

Il nous est proposĂ© une sorte d’art de vivre jungien :  dĂ©cision, rĂ©flexion, genèse de l’œuvre et surtout cheminement vers l’individuation, sont guidĂ©s par la boussole que reprĂ©sentent les tendances du rĂŞve Ă  organiser une histoire dans la vie inconsciente. Mais, il faut aussi comprendre le sens des messages de l’inconscient et le problème de ce qu’il appelle la  signifiance fut premier dans la vie de Jung.

Non seulement son caractère le poussait sans cesse à la découverte de choses nouvelles, et à une aspiration passionnée à comprendre, mais, en particulier quand il s’agissait de ses rêves, leur élucidation lui apparaissait comme une obligation vitale.

La recherche du sens est une voie incontournable quand il s’agit de saisir les intentions du rêve et son rôle de guide dans tous les moments importants de l’existence matérielle, intellectuelle, ou spirituelle. Les rêves retenus par Jung pour figurer dans Ma vie, sont présentés en tant que moteurs de différentes actions et réflexions.

On peut les classer en trois groupes : aides à la décision, inspirations de l’œuvre, et, surtout, dialogues entre le Soi et le Moi, par l’intermédiaire de contenus symboliques, parfois obscurs, destinés à l’instruire au sujet de son être total et du degré de réalisation des intentions de l’inconscient.

Les deux Jung

Au moment où, dans sa jeunesse, Jung dut opérer des choix de vie, les rêves eurent un rôle majeur.

Qu’il s’agisse de privilĂ©gier une orientation, de tenir ou non compte d’un avertissement, d’adopter une attitude vis-Ă -vis d’autrui, il lui Ă©tait difficile de prendre des dĂ©cisions.  Il Ă©tait, en effet, perturbĂ© par le fait que, très jeune, il s’était aperçu de la prĂ©sence en lui d’une seconde personnalitĂ©. Il dĂ©nomme dans Ma vie  ces deux pĂ´les de son ĂŞtre numĂ©ro 1 et et numĂ©ro 2. Il insiste sur le fait que cette prĂ©sence de deux personnalitĂ©s n’a rien de commun avec une dissociation au sens mĂ©dical du terme. Il les dĂ©crit ainsi  dans Ma vie (p. 65).

“ L’un était le fils de ses parents ; celui-là allait au collège, était moins intelligent, moins appliqué, moins convenable et moins propre que beaucoup d’autres ;  l’autre, au contraire, était un adulte ; il était vieux, sceptique, méfiant et loin du monde des humains. Mais il était en contact avec la nature, face à la terre, au soleil, à la lune, aux intempéries, aux créatures vivantes et surtout à la nuit, aux rêves et à tout ce que “Dieu” pouvait évoquer immédiatement en moi.”

Parallèlement au Moi humain quotidien bien différencié, le jeune Jung avait le bouleversant et intraduisible pressentiment de l’existence parallèle d’un Autre en relation avec une dimension plus vaste.

Non seulement l’Autre n’avait pas perdu, comme c’est le cas pour l’homme contemporain son intime relation avec la Nature, mais il connaissait, on pourrait presque dire ressentait, Dieu comme un mystère secret et personnel.  Il avait le sentiment d’une participation Ă  quelque chose qui n’était pas lui :

“Un peu comme si j’avais été touché par un souffle venu de l’univers astral et des espaces infinis ou comme si un esprit invisible était entré dans la chambre ; un esprit disparu depuis longtemps mais qui serait continuellement présent dans l’intemporel et jusque dans un lointain avenir. Les péripéties de ce genre étaient entourées du halo d’un numen .“(Ma vie, p. 87)

L’autre monde auquel il eut accès, d’une manière très précoce, par l’intermédiaire des rêves, était celui d’un inconscient devenu perceptible à un âge où il n’est généralement pas activé.

Le dialogue intérieur avec un Autre très différent ne dut pas faciliter les prises de décision de l’adolescent.  On comprend aisément ses difficultés quant au  choix d’une orientation.

HĂ©sitations et refus dans le choix d’une orientation

A la fin de ses années de collège, Jung hésitait encore entre les sciences naturelles et l’histoire, la philosophie ou l’archéologie. Ses deux personnalités poursuivaient en lui leur lutte pour la domination.

La seule chose qu’il savait était ce qu’il ne voulait pas étudier : la théologie. Il avait l’impression, après ses entretiens avec ses huit oncles pasteurs, et devant les difficultés rencontrées sur le plan de la foi par son père, lui aussi pasteur, que les théologiens n’avaient aucune authentique expérience religieuse. Ils se contentaient d’opinions dogmatiques.

Finalement, c’est à la suite de deux rêves successifs que sa décision fut prise.

Les deux rĂŞves se situent dans une forĂŞt. Au cours du premier rĂŞve :

« il arrive à un tumulus funéraire, entreprend de creuser, et trouve des os d’animaux préhistoriques ».

Dans le second rêve (Ma vie, p. 107),  à l’endroit le plus obscur, il découvre :

“un étang de forme ronde. Dans l’eau, à moitié enfoncé il y avait un être extraordinairement étrange : un animal rond, scintillant de multiples couleurs et composé de multiples cellules ou d’organes ayant la forme de tentacules. Un radiolaire gigantesque d’environ un mètres de diamètre. Que cette créature magnifique soit restée à cet endroit caché, dans l’eau claire et profonde, sans être dérangé, me parut une merveille indescriptible  ; elle éveilla en moi le plus ardent désir de savoir,  si bien que je me réveillais le cœur battant“.

Jung était incapable, alors, d’accéder à certains niveaux de compréhension des message profonds du rêve du radiolaire. Ce pouvait être une invitation de l’inconscient à rechercher la lumière de la connaissance dans l’ordre secret de la Nature. Ce pouvait être aussi  la possibilité de discerner en cette image, une représentation archétypique en forme de mandala.

Le jeune Jung se situa sur un plan plus pratique et immédiat.  Il interpréta ces deux rêves comme une incitation à connaître la Nature et le monde qui nous entoure. Ils chassèrent tous ses doutes, et le déterminèrent à étudier les sciences naturelles.
Cependant, il y eut encore des hésitations.

A la suite d’un compromis entre diverses aspirations et poussé par la nécessité de gagner sa vie, il finit par se décider à  étudier la médecine.   Demeurait le problème d’une image intérieure difficile à assumer, suite à deux conceptions divergentes au sujet de son être véritable.

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