C.G. JUNG

Rêve, Alchimie, Homéopathie, Poésie

C. G. Jung suit la voie des anciens alchimistes

C. G. Jung a longtemps cherchĂ© une explication Ă  certains symboles apparaissant dans les sĂ©ries de rĂŞves. Il avait besoin pour sa recherche d’un outil fiable qu’il trouva dans les textes des anciens alchimistes.

Nietzsche et les anciens alchimistes

Nietzsche fut, pour Jung, un catalyseur et un appui. Il tint la place d’un modèle, très ambivalent, des erreurs à éviter, une sorte d’image de l’”Ombre”, mais aussi, paradoxalement, d’une voie à suivre, la voie des anciens alchimistes.

Des forces, issues des profondeurs de son inconscient, avaient mis Nietzsche en résonance avec la phase de l’Œuvre au noir mais son Moi conscient, trop fragile, calciné, morcelé, n’avait pas survécu. Il avait cependant eu le courage de tenter l’épreuve, en dépit de sa faiblesse physique et psychique.

C’est pourquoi Jung le relie à une filiation allant des anciens alchimistes à Paracelse, qui fut le modèle du Faust de Goethe.

Nietzsche, écrit Jung dans Synchronicité et Paracelsica (p.167) était :

« Un homme faustien comme il en existe peu”.

On peut aussi lire dans Ma vie  :

“Je pense Ă  la parole de Goethe : “Pousse hardiment la porte devant laquelle tous cherchent Ă  s’esquiver ! “ Or, le deuxième Faust est plus qu’un simple essai littĂ©raire. Il est un chaĂ®non de l’Aurea catena, de cette chaĂ®ne d’or qui, depuis les dĂ©buts de l’alchimie philosophique et de la gnose jusqu’au Zarathoustra de Nietzsche, reprĂ©sentent un voyage de dĂ©couvertes – le plus souvent impopulaire, ambigu et dangereux – vers l’autre pĂ´le du monde.” (p.220)

Nietzsche n’a pas cherchĂ© Ă  esquiver le dangereux voyage et il fait bien partie de l’aurea catena, la chaĂ®ne d’Or des alchimistes.

En alchimie, l‘aurea catena  est la lignĂ©e de grands sages, commençant par Hermès TrismĂ©giste, qui relie le ciel Ă  la terre. C’est aussi l’enchaĂ®nement des Ă©tats de la matière au cours  du processus alchimique.

Jung est un maillon de la chaĂ®ne d’Or

Nous pensons qu’un nouveau maillon de la chaîne se prolonge jusqu’à Jung. Il a toujours ressenti que l’homme n’est pas seulement fait de ses aspirations les plus célestes, de ses idées les plus élevées, mais que, même s’il a perdu le vieil appendice caudal des sauriens, il conserve une solide

“chaîne accrochée à sa psyché et le liant à la terre”. (Psychologie et alchimie,p.149)

Rappelons son incessant questionnement, ses décennies de patientes recherches, la mise en jeu de son âme, au moment de son affrontement avec l’inconscient. Nous verrons aussi que l’alchimie fut son deuxième appui dans la quête du sens.

Tout ceci contribue à  intĂ©grer Jung en tant que maillon d’une chaĂ®ne d’Or qui continue son parcours souterrain, avec parfois de fulgurantes Ă©mergences.

La difficulté pour Jung de fonder une théorie

La confrontation de Jung avec l’inconscient, dans sa quarantaine, provoqua de longues et profondes répercussions.

À partir de cette époque, pendant une vingtaine d’années, un certain nombre de questions se posèrent à lui d’une manière obsédante. Il se demanda, entre autres, où se trouvaient ses prémisses, ses racines dans l’histoire. Il pensait, qu’à défaut d’une préfiguration historique, ce qu’il avait retenu de ses expériences propres et de sa pratique de l’analyse resterait une série de cas isolés.  Sans continuité, il était impossible de  fonder une théorie.

De 1918 à 1926, il avait très sérieusement étudié les gnostiques qui lui semblaient avoir, à leur manière, rencontré l’inconscient profond. Ils avaient été confrontés, comme lui-même, à des représentations exprimant le monde instinctuel. Cependant, il n’était pas satisfait.

Ce qui nous est parvenu des gnostiques, a été transmis, et souvent falsifié, par les Pères de l’Église.  De plus, ces écrits lui semblaient trop éloignés dans le temps.

Il avait l’impression que la chaîne était rompue, et il lui fut, pendant longtemps, comme il le raconte dans Ma vie, (p. 234) impossible de :

“ trouver le pont entre la gnose, ou le néo-platonisme, et le présent ”

Ă€ ces rĂ©flexions sur les gnostiques, s’ajoutait le fait que  l’interprĂ©tation de ses propres rĂŞves et de ceux de ses patients, lui avait donnĂ© Ă  penser que leur symbolisme Ă©tait trop fort, trop obscur, pour ne pas plonger ses racines très loin dans le temps.

L’obstacle, pour qu’il puisse donner une orientation à la fois plus théorique et plus pratique à sa pensée, venait du fait que les possibilités de généralisation lui manquaient.

Il avait besoin d’un outil d’interprétation fiable lui permettant des amplifications autres que celles de la vie courante ou refoulée du sujet. La mythologie, l’histoire des religions, celle des sociétés, lui avaient fourni des éclaircissements. Pourtant, une difficulté surgissait au moment d’expliquer la présence de certains symboles vivants se manifestant régulièrement, sous des apparences diverses, au cours des séries de rêves.

Retrouver le maillon perdu de la chaîne alchimique.

La découverte des textes alchimiques, surtout quand leur sens lui apparut enfin, fut pour lui une révélation : celle de la continuité d’une chaîne dont les maillons reliaient la gnose aux manifestations actuelles d’une symbolique, aussi forte qu’énigmatique.

Ce n’est, cependant, qu’après un lent décryptage des traités, que lui vint l’intuition d’avoir retrouvé le maillon perdu de la chaîne.

L’alchimie du moyen âge, en tant que philosophie de la Nature, était peut-être ce pont, tant recherché, entre la gnose et la psychologie de l’inconscient.

La relation, consciente, de Jung à l’alchimie s’est faite d’une manière tardive.

C’est, une fois de plus, dans Ma vie, en particulier dans le chapitre intitulĂ© Genèse de l’oeuvre, qu’il a dĂ©crit son cheminement vers ce qu’il considère comme le pendant historique de la psychologie des profondeurs.

Nous pensons cependant que, comme pour sa relation avec Nietzsche, ce lien avec l’univers des alchimistes existait d’une manière latente. Il était déjà là, comme pour les rêves, bien avant les années trente, années où il commença un long travail de déchiffrage du sens des textes alchimiques, qui, dit-il,  « le tint en haleine plus de dix ans.« 

Pour nous, l’utilisation que fit Jung de toute sa connaissance de la symbolique alchimique, appliquée au cas du Rêveur dans Psychologie et alchimie fut déterminante. Elle a déclenché un désir de continuer les recherches, et fourni des outils propres à mettre en évidence, dans la série de la Rêveuse, la présence et la vitalité de cette symbolique.

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PubliĂ© initialement dans le cadre d’une thèse cette page a Ă©tĂ© adaptĂ©e par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.